Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Autres archives > Les articles dans « Lutte de Classe » > 2006 > mai > 15

Réforme ou révolution... entre poire et fromage ?

15 mai 2006 Politique

Fin avril, Olivier Besancenot a publié en tribune dans le Monde une lettre à Marie-George (Buffet), José (Bové) et Arlette (Laguiller), à la pirouette finale plutôt sympathique : « On aurait besoin de se voir pour causer un peu. A bientôt dans les luttes, c’est sûr... mais pourquoi pas autour d’une bouffe à quatre ? C’est moi qui régale ! » Bien que Olivier ait promis que ce ne serait pas à la cantine des PTT, José vient de répondre en demandant de connaître d’abord le menu et de s’assurer qu’on ne boufferait pas du PS. Et Marie-George d’aller même jusqu’à pourfendre les détestables pratiques d’états majors tranchant en petits comités d’affaires concernant le peuple tout entier ! Comme si ledit PCF, dans les mois à venir de préparation des présidentielles et législatives de 2007, par-delà les appels aux citoyennes et citoyens pour un « rassemblement antilibéral » n’allait pas organiser moult réunions avec le PS (et d’autres), publiques ou moins, pour s’assurer le maximum de « circonscriptions gagnantes », un « groupe parlementaire », voire quelques ministres. Ces derniers en cas de succès de la gauche, évidemment.

Mais revenons à la « bouffe » proposée par Olivier Besancenot et invitons-nous à la table ! Si le menu du jour ne nous parait pas des meilleurs pour l’extrême gauche, pourrait-on au moins trouver bonheur à la carte ?

Premier service

Le plat de résistance, l’invitation faite en premier lieu au PCF (à José Bové et Arlette Laguiller accessoirement) de s’entendre pour les prochaines présidentielles sur une candidature unitaire, représentant une prétendue « gauche de la gauche » dite antilibérale ou anticapitaliste, qui ne serait pas la gauche gouvernementale dite sociale-libérale autour du Parti socialiste, sent le réchauffé : la proposition avait déjà été faite et refaite, et chaque fois renvoyée en cuisine par les invités, explicitement ou de façon détournée.

Au lendemain du référendum sur le traité constitutionnel européen qui aurait vu la « victoire du Non de gauche », Marie-George Buffet avait une première fois douché ses alliés de la LCR en affirmant qu’il n’y avait pas deux gauches mais une seule et unique, « la » gauche, qui devrait se faire avec et autour du Parti socialiste, dont ses partisans du Oui. Rien d’étonnant, mais sale coup pour certains à la LCR qui croyaient (ou laissaient croire ?) que cette coalition (électorale) du « non de gauche » appréciée comme une formidable « dynamique unitaire », déboucherait en 2007 sur son prolongement (toujours électoral) avec une nouvelle gauche et un candidat commun : Olivier Besancenot ou un autre, peu importait paraît-il le casting. La LCR l’avait baptisée « front social et politique », pour lui donner quelque couleur.

Dans la réalité, la campagne pour le référendum, par-delà l’intérêt que le milieu militant de gauche a cru devoir lui porter, n’a évidemment pas changé le rapport de forces. Elle s’est déroulée contre un gouvernement et un patronat à l’offensive dans un contexte de luttes défaites, isolées ou arrêtées par cette gauche elle-même avant d’avoir pu se développer. Car on ne peut ignorer que cette prétendue « bataille » pour le Non ait servi à ses partisans politiques et syndicaux de gauche d’ersatz d’une lutte qu’ils n’avaient pas pour perspective. Le mécontentement populaire était pourtant bien réel, comme l’avait montré le succès de la journée syndicale du 10 mars. Qu’à cela ne tienne, confédérations syndicales et dirigeants du PCF et du PS ont rangé les banderoles pour 8 mois ! Plus aucun appel à riposte dans les entreprises ou dans la rue. Rien même, après la prétendue victoire ouvrière du Non, contre les attaques du nouveau tandem Villepin/Sarkozy, CNE et campagne contre les immigrés. Pas étonnant, puisque les diverses tendances de la gauche avaient pour seul horizon 2007 et une possible victoire dans les urnes issue non d’un bon programme ou d’une politique offensive, mais du seul discrédit du gouvernement en place.

Attendre, donc. Et le PCF de se faire pardonner ses privautés avec la LCR en assurant le PS de sa fidélité foncière (et intéressée). Quant au PS, à son congrès du Mans en novembre 2005, il rabibochait ses oui et ses non dans une synthèse ! En guise de « social », ce petit monde s’accommodait de la journée d’action syndicale du 4 octobre, sans lendemain. Pas d’initiative lors des émeutes des banlieues, si ce n’est de pleurer sur le manque d’animateurs sociaux ou d’enseignants. Ou d’appeler les jeunes de banlieue à s’inscrire sur les listes électorales : « Allons jeunes et moins jeunes de la patrie », disait l’appel, « le jour de s’inscrire est arrivé »... pour une gloire de gauche en 2007 !

Deuxième tournée...

Le 10 janvier à Paris, à la veille de son congrès tenu à la fin janvier 2006, la LCR rencontrait le PCF. Rouge N° 2141 en fait un bilan clair : « Les deux délégations ont aussi [en plus d’actions éventuelles, évoquées de façon générale, contre les attaques du patronat et du gouvernement - NDR] abordé les problèmes de construction d’une alternative politique face au libéralisme. Les discussions sur cette question ont confirmé des différences d’approche, notamment dans les rapports à entretenir avec le Parti socialiste. Pour la direction du PCF, il s’agit de ¨battre la droite et de réussir à gauche¨, en discutant avec toutes les forces de gauche, dont le PS. Pour la LCR, il s’agit de combattre la droite et le gouvernement, mais aussi de construire une alternative au social-libéralisme représenté par la direction du PS. »

Dont acte de divergences a priori rédhibitoires.

Mais LCR et PCF n’en continuent pas moins dans le flou, ce dernier trouvant son intérêt, pour peser face à son grand allié du PS, à garder quelques satellites, y compris d’extrême gauche, et la LCR le sien à ménager quelques bonnes relations avec des militants du PCF. Dans diverses structures mises en place à gauche, de la Fondation Copernic aux collectifs du 29 mai, ou autres « groupes de travail » (qui se vident au fil des mois aux dires de leurs promoteurs), il s’en est effectivement trouvé pour écouter avec sympathie la LCR. Mais pas basculer pour autant.

Au congrès de la LCR de fin janvier, Alain Krivine reconnaissait qu’il fallait se rendre à l’évidence, qu’il n’y avait pas de candidature unitaire possible à la gauche de la gauche. Selon lui, les collectifs du 29 mai dans lesquels la LCR s’était investie, s’étaient plus ou moins vidés. Les forums du PC également étaient désertés. Bilan similaire en ce qui concerne les « lundis à Copernic ». Il concluait que les jeux étaient faits. Des militants du PC auraient bien continué quelque chose avec la LCR, mais l’appareil pas question, il ne voulait pas perdre ses milliers d’élus... qui ne peuvent avoir une chance de le rester que par l’alliance avec le PS.

Le congrès de la LCR décida néanmoins de faire comme si restait à l’ordre du jour une candidature commune de cette mythique gauche de la gauche (qui n’allait rassembler que 500 personnes au gymnase Japy le 1er février) et de remettre l’annonce de celle d’Olivier Besancenot à une conférence nationale de la fin juin. Pour ne pas apparaître comme les diviseurs de cette prétendue gauche de la gauche et en laisser la responsabilité au PCF... qui lui-même à son congrès de fin mars, pour des raisons similaires, a remis à plus tard ! C’est à qui, du PCF ou de la LCR, n’allait pas le premier tuer un fantôme !

Le facteur sonne toujours trois fois

Un nouvel épisode fantasque a suivi, quand la LCR refusa de se rendre à la rencontre de l’ancienne gauche plurielle (PS-PCF-Verts et quelques autres), le 8 février 2006, organisée initialement pour avancer vers un futur accord global de gouvernement. Il s’agissait bel et bien du rabibochage de la bonne vieille gauche plurielle et de la mise en route d’un partage de circonscriptions et accord de futurs gouvernants. La LCR ne mangeait pas de ce pain-là et c’est tant mieux !

Surtout que l’ampleur que commençaient à prendre les manifestations étudiantes contre le CPE bousculait les larrons de gauche. En plein démarrage du mouvement, au lendemain de la première journée réussie du 7 février, ces premiers conciliabules braqués sur 2007 tombaient mal, voire gênaient ladite gauche qui avait choisi, jusqu’à un certain point, de s’appuyer sur le mouvement (à défaut de vraiment l’appuyer). Le PCF surtout, tenait à se montrer dans le coup ! Et les participants à cette rencontre du 8 février de se recycler in extremis dans un vague appel commun contre le CPE.

A ce propos Alain Krivine, dans Rouge du 16 février dénonçait le « piège social-libéral pour ceux qui, à gauche, cherchent une alternative », même s’il jugeait positif le lancement par la réunion de la gauche d’une pétition pour le retrait du CPE. Ce qui servit d’argument aux partisans, dans la LCR, de la participation à cette rencontre de la gauche pour dénoncer un « faux pas ». On peut lire dans le même numéro de l’hebdomadaire, sous la plume de Léonce Aguirre et Christian Picquet : « alors que s’annonce peut-être un mouvement social [...], nous nous sommes retrouvés hors d’un cadre ayant décidé d’action unitaires sur cette question. Pire, nous avons été contraints piteusement à demander de le rejoindre après-coup ! ». La LCR venait effectivement d’opérer un genre de volte-face en s’invitant in extremis à « une structure de liaison souple et ouverte » créée par lesdits partis de gauche pour « riposter à la droite ». Motif invoqué : on passait sur le terrain de la lutte. Vraiment ? Et était-ce l’état-major dont le mouvement avait besoin ?

Patate chaude

Le feuilleton de la recherche d’une gauche de la gauche a pourtant continué, indépendamment de la lutte sociale. A la veille du congrès du Parti communiste (qui se tenait fin mars), en plein mouvement contre le CPE, la LCR soulignait pour s’en féliciter, dans une lettre au PCF, ses convergences avec lui dans la lutte, tout en constatant néanmoins : « ...des obstacles se présentent malheureusement dans cette voie unitaire. Et ceci, en particulier, avec votre souhait de rassembler la gauche du « oui » et celle du « non » sur un programme antilibéral, alors même que le PS vient de réaliser sa synthèse, sous la houlette d’une direction acquise au social-libéralisme. La lutte pour un rassemblement antilibéral et anticapitaliste est incompatible avec la recherche d’accords gouvernementaux ou parlementaires sur une telle orientation. Il y a vraiment deux gauches, deux orientations inconciliables, l’une de soumission aux intérêts capitalistes, l’autre de résistance. »

Mais le congrès du PCF n’en eut que faire. Ni sur le fond : pas d’autre perspective pour le PCF que l’alliance avec le Parti socialiste. Ni sur le calendrier : la décision de présenter Marie-George Buffet comme candidate à l’élection présidentielle était repoussée à octobre. Question de donner du temps aux marchandages avec le PS et accessoirement de continuer à faire figure de pivot de cette fameuse gauche de la gauche - pour 2007.

Du coup la LCR, qui avait elle-même repoussé à juin prochain la décision définitive de présenter Olivier Besancenot, va devoir dégainer la première et porter le coup fatal au mythe de la « candidature unitaire anti-capitaliste » ? A moins de repousser encore la date de la décision... et avec elle les limites du ridicule ?

La LCR estime peut-être avoir bien joué par sa campagne en faveur d’une « deuxième » gauche, avoir ainsi trouvé l’oreille d’un électorat potentiel conséquent, au moins pour un premier tour, de gens échaudés par les sales coups passés de la gauche. En admettant qu’en rabattre sur le programme permette de ratisser plus large et réaliser un meilleur score, ce qui n’est pas toujours le cas et est affaire de climat politique. Mais quoi qu’il en soit, dans quel but ? Le flou maintenu, par la force des choses, entre gauche et gauche, n’aide pas la classe ouvrière à trouver son identité et sa conscience de classe. Mais aide en revanche bien trop nos adversaires politiques.

A s’être embarquée avec les hautes sphères du PCF et d’une partie du PS dans cette campagne du Non au référendum et ses suites, à s’afficher durablement avec eux en vue des seules aventures électorales, la LCR a contribué à les faire passer pour plus présentables qu’ils ne sont. Les appareils du PCF ou du PRS de Mélenchon, et par alliance Fabius, qui ont eu des ministres et ne militent que pour ça, ont largement utilisé la posture du Non et la fréquentation de la LCR pour se donner allure d’opposants, et mieux négocier leur retour dans les écuries de gauche pour les courses électorales.

Sauce aigre-douce

La LCR prétend évidemment avoir une politique subtile : un coup je participe, un coup je ne participe pas. Mais n’est-elle pas surtout ambiguë politiquement ? Opportuniste à l’égard de courants réformistes bien rôdés à se jouer du manque de fermeté des révolutionnaires et aidés en cela par une situation où la classe ouvrière n’est pas à l’offensive ?

Rien n’est simple, certes. Dans le cas précédemment évoqué de la rencontre du 8 février à laquelle la LCR a d’abord refusé d’aller, pour faire amende honorable et le lendemain s’y inviter, que fallait-il faire ? A l’ordre du jour, il y avait paraît-il trois points : « - La riposte commune face aux propositions en matière d’emploi du gouvernement, et en particulier du CPE ; - L’organisation de la riposte à la droite de manière permanente ; - L’organisation, ensemble, avec la population, de débats sur les propositions alternatives pour 2007. » Ne pouvait-on accepter sans se compromettre les deux premiers, demandent Aguirre et Picquet ? Et pourquoi refuser le troisième, sur la base d’une « interprétation possible » qui serait un préjugé ? Sauf que le but de la rencontre était précisément le troisième point. Même si le PS et le PCF n’ont pas été assez idiots pour ne pas inscrire les deux premiers !

On ne peut entrer dans le détail des multiples choix tactiques, ni trancher dans l’abstrait où s’arrête la tactique pour laisser la place au dérapage politique... C’est assurément affaire de circonstances. Mais à prétendre être en prise avec la réalité et ses prétendus « acteurs », à savoir aujourd’hui le milieu réformiste du PS, du PC ou d’appareils syndicaux sclérosés, les militants de la LCR ont pris le risque d’apparaître comme leurs flancs-gardes.

Ce fut tout particulièrement le cas l’an dernier dans cette campagne référendaire du Non, où la LCR a fait figure d’alliée durable des Marie-George Buffet, Jean-Luc Mélenchon, voire Laurent Fabius qui ne s’étaient pourtant pas métamorphosés, par la vertu de ce Non, en révolutionnaires prolétariens ! Certes, ne pas se couper d’un certain milieu militant, qui penchait vers le Non pour de bonnes raisons mais souvent aussi de mauvaises, a été également la préoccupation de Lutte Ouvrière. Pas sans écueil non plus, car chaque choix tactique (et à la Fraction de Lutte Ouvrière nous n’approuvions pas celui-là) a son revers. Mais la LCR se réfère encore aujourd’hui à ce vote du 29 mai en faveur du Non, comme s’il était une référence en matière de lutte sociale, voire un critère de classe, en tout cas un point de rupture au sein de la gauche : ceux qui ont voté Non seraient des anticapitalistes ou antilibéraux, tandis que ceux qui ont voté Oui seraient des sociaux-libéraux !

Aucun des porte-parole du Non, ni Fabius ni Buffet ni Bové, n’y voit une telle rupture. Et le coup de chapeau de la gauche réunie au mouvement contre le CPE n’était qu’affaire de calculs électoraux communs. On constate aujourd’hui comment, le mouvement passé, ce petit monde politicien se satisfait de l’ « ordre » enfin retrouvé. Et surtout s’est satisfait de la manière abrupte dont les confédérations syndicales ont su arrêter le mouvement.

Trou normand

Devons-nous, nous aussi, rentrer dans l’ordre ? C’est pourtant presque en incidente que le mouvement contre le CPE est évoqué dans la lettre d’Olivier Besancenot à « Marie-George, Arlette, José ». Il a droit à un paragraphe, un genre de trou normand entre deux mets. Mais le plat de résistance, en résumé, c’est : maintenant qu’on a battu la droite et l’ultra-libéralisme sur le terrain référendaire en mai 2005, sur le terrain des luttes en avril 2006, il est temps de faire gagner la gauche, une vraie gauche, en 2007. Et de préciser que « entre huit candidatures à gauche le 21 avril 2002 et une seule en 2007, il doit y avoir un juste milieu ». Olivier Besancenot tient à sa formule puisqu’il l’a répétée à l’émission de Karl Zéro. Mais depuis quand des révolutionnaires sont-ils partisans « du juste milieu » ? Et y aurait-il entre le Parti socialiste et nous un continuum ? Qui implique on ne sait trop quel accord implicite (on n’ose pas penser explicite) sur le nombre et le choix des candidatures ? Pour mieux « battre la droite » ?

Passons rapidement sur le passage concernant « les institutions de la V° République qui empêchent le suffrage universel d’avoir une portée sur les décisions économiques qui touchent à nos vies quotidiennes... » Comme si les institutions de la IV° République avaient été meilleures, à l’époque des massacres colonialistes, tant en 1945 qu’en 1956, voire de massacres d’ouvriers en 1948, sous des gouvernements « de gauche » ? Quel intérêt de reprendre ces critiques de la V° République, si ce n’est de se rapprocher de politiciens de gauche partisans d’une VI° ?

Des perspectives pour les révolutionnaires

On sort à peine d’un mouvement de la jeunesse qui a trouvé des sympathies actives dans le mouvement ouvrier, incité les confédérations syndicales à le soutenir (au moins pendant deux mois) par l’appel à des journées de manifestations et grève allant crescendo, recalé le gouvernement et son CPE. On sort à peine d’un mouvement massif, qui donne quelque preuve réconfortante que la lutte peut payer (ce qu’on n’avait pas vu depuis longtemps). On sort à peine d’un mouvement dans lequel l’extrême gauche s’est largement engagée. Par-delà des divergences tactiques, les militants des courants révolutionnaires se sont retrouvés au coude à coude, pour s’efforcer de le développer, de l’étendre, d’y gagner des travailleurs dans les entreprises. Pendant près de trois mois, la vie militante a été marquée par cette participation active. Avec la satisfaction d’avoir gagné une belle manche contre le gouvernement et sa politique patronale de précarisation. Faudrait-il que les révolutionnaires l’apprécient sous le seul angle des meilleures chances qu’il peut donner à la gauche (ou gauche de la gauche) en 2007 ?

Nous savons bien que les militants de la LCR et de la JCR ont largement privilégié ce qui s’est passé sur le terrain des luttes. Mais des révolutionnaires ne peuvent pas sans dommages mener cette double vie de la LCR, avec un pied dans le « mouvement social » mais un autre bien pris dans la gadoue de la gauche bourgeoise. La LCR invoquera que des révolutionnaires dignes de ce nom ne peuvent pas faire l’impasse sur la « politique », que les luttes doivent chercher sur ce terrain leur « débouché ». Certes. Mais sont-ils un débouché pour les luttes, tous ces partis qui se situent sur le terrain des institutions bourgeoises, dont la politique ne dépasse pas l’horizon bouché des présidentielles et législatives de 2007 et la perspective de nous refaire une nouvelle mouture d’un gouvernement Mitterrand ou Jospin ? Ou plutôt une impasse, dans laquelle nous ne devons surtout prendre aucune responsabilité d’entraîner une nouvelle fois l’électorat populaire ?

S’il est important de faire front avec d’autres, y compris des réformistes politiques ou syndicaux dans des luttes, pour le succès de celles-ci, et s’il est possible et même nécessaire pour des groupes comme la LCR ou Lutte Ouvrière de proposer eux-mêmes auxdits réformistes des interventions et ripostes communes, il n’est pas moins nécessaire d’affirmer dans le même temps son propre programme et ses propres perspectives. Et surtout, de ne pas confondre ce front commun dans des luttes sociales ou politiques, avec une quelconque coalition électorale avec des dirigeants réformistes qui offrent à la bourgeoisie une carte politique pour tromper les travailleurs. Confusion que la LCR théorise avec sa quête d’un « front politique et social ».

Pour l’année qui vient, deux scénarios sont envisageables, écrit Olivier Besancenot. « Un s’est ouvert par la campagne du référendum européen, se poursuit par le soutien aux luttes sociales, déroule un plan de mesures d’urgences pour les classes populaires et la jeunesse, et débouche sur un rassemblement des forces antilibérales et anticapitalistes, internationalistes, féministes et écologistes. L’autre se conclut par la caution de gauche à une nouvelle alternance sous l’aile du PS. Nous ne serons pas du second. ».

Et pourquoi pas un troisième scénario ?

Dès aujourd’hui l’extrême gauche devrait s’atteler à l’agitation sur les revendications de la classe ouvrière, contre la précarité, le chômage et les licenciements, pour l’augmentation générale des salaires, pour l’embauche massive dans les services publics et leur amélioration.

Dès aujourd’hui, l’extrême gauche devrait s’atteler à l’agitation sur la nécessaire lutte d’ensemble. Le recul du gouvernement sur le CPE, parce que quelques dizaines de milliers d’étudiants et de lycéens se sont entêtés, permet d’espérer des reculs d’une autre importance, quand des millions de travailleurs s’y mettront.

Et pourquoi pas avant mars 2007 ?

Voilà ce que nous pourrions dire et faire ensemble. Qui, soit dit en passant, donnerait un peu de sel à nos candidatures, unique ou double (mieux vaudrait unique si c’était vraiment sur cette base), puisque péripétie électorale il y aura. Bref, si on causait, mais pour voir ensemble comment les travailleurs pourraient « bouffer » du bourgeois ?

Vendredi 12 mai.

Mots-clés : | | |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article