Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Les articles du site

R.M.N., film de Christian Mungiu

2022, 2 heures 05, en salle

21 octobre 2022 Article Culture

Immigrés de tous les pays, unissez-vous !

Ce film du réalisateur roumain commence dans un abattoir en Allemagne. Une nuit, Matthias, un ouvrier immigré roumain d’une ethnie germanophone, se fait traiter de « sale gitan » par un contremaître d’origine turque. Un cou(p) de bélier plus tard, il est sur la route du retour vers son village de Transylvanie, dans une zone où se mêlent des communautés hongroises et roumaines.

Les adeptes des identités bien tranchées passeront leur chemin, car ici tout se mélange ! Là-bas, on parle roumain, hongrois, allemand, anglais et même un peu français. Un métissage linguistique qui va de pair avec la trajectoire des personnages de ce petit village reculé… mais totalement connecté au reste du monde, que ce soit par les smartphones, les subventions de l’Union européenne ou les migrations plus ou moins définitives des habitants, qui tentent leur chance à l’autre bout de l’Europe. Car justement, du boulot, il n’y en a pas. Enfin si, un peu ; mais vraiment mal payé. Plutôt que d’augmenter les salaires, la gérante d’une boulangerie industrielle fait appel à un prestataire qui lui envoie deux, puis trois ouvriers sri-lankais, dont l’arrivée déclenche une vague de xénophobie. D’abord en ligne, puis la violence monte d’un cran.

Les petits notables locaux laissent faire, tandis que la gérante de l’usine tente de calmer les tensions… tout en se réfugiant dans le vin local et les bras de Matthias, qui, en plus d’un père malade retrouve son jeune fils Rudi, mutique – traumatisé après avoir aperçu une silhouette mystérieuse sur le chemin forestier qui mène à l’école. Le garçon est terrorisé, malgré les efforts du père pour examiner le chemin escarpé et tenter de lui inculquer quelques rudiments de survie en milieu hostile.

Et hostile, elle l’est clairement, cette Transylvanie où les bêtes sauvages côtoient les humains… voire s’y mêlent dans des rituels inexplicables et des rivalités ancestrales. Avec cette étrange vision enfantine qui se mêle aux autres intrigues, le réalisateur ajoute une touche fantastique, qui s’exprime notamment dans les dernières minutes. Elle n’enlève rien à la portée du film, qui expose méticuleusement tous les problèmes de cette petite société multiethnique plongée dans la mondialisation capitaliste et ses enjeux. Les personnages se confrontent les uns aux autres dans des langues qui alternent en permanence et évoquent bien des problèmes sociaux et politiques, mais sans jamais trouver d’issue, comme lors de cette extraordinaire assemblée municipale au cours de laquelle les villageois débattent de l’expulsion des ouvriers sri-lankais. Un sacré moment de cinéma, filmé en plan fixe, avec la sobriété d’un documentaire… ou d’une radiographie. D’ailleurs le titre, R.M.N., n’est pas qu’une référence au nom du pays, ça signifie IRM. Charge aux spectateurs d’en tirer un diagnostic. Et des perspectives !

Hugo Weil

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article

Mots-clés