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Précarité : le péril jeune

25 février 2021 Article Politique

Les députés débattaient la semaine dernière d’une proposition de « minimum jeunesse ». Les débats ont tourné court. Pour la majorité, pas question de donner une allocation aux jeunes laissés sans revenus, même s’il ne s’agit que d’ouvrir de manière exceptionnelle aux moins de 25 ans un RSA bien insuffisant.

Faux débat sur le « RSA jeunes » et vraie urgence

Pour s’opposer à cet élargissement du RSA, les arguments se recyclent : « À 18 ans, ce qu’on veut, c’est un travail. On veut une rémunération de son travail, on ne veut pas une allocation » dixit Bruno Le Maire (ex-normalien). Sauf que du travail pour plus d’un million de jeunes, il n’y en a pas. Et pas question de donner un revenu aux jeunes, sauf pour les rendre disponibles à l’exploitation. La « rémunération du travail » sous forme d’indemnités de stage en est une bonne illustration. Pour les plus précaires, une aide équivalente au RSA est disponible pendant un an par la mission locale, mais sous condition d’un retour vers l’emploi et souvent des contrats courts et sous-payés.

Le gouvernement est plus généreux en aides avec le patronat. Son plan « un jeune une solution » se sert du prétexte de l’emploi des jeunes pour faire payer par l’État une partie des salaires des apprentis ou alternants, déjà bien rentables pour les patrons car payés en dessous du Smic et permettant de profiter d’une réduction de cotisations. L’embauche d’un jeune permet d’empocher jusqu’à 4 000 euros et qu’importe que le contrat signé soit un CDI ou un CDD de trois mois.

Face à une situation sanitaire qui broie des vies, il faut d’urgence un vrai revenu pour les jeunes, bien au-delà de l’aumône du RSA proposé par les parlementaires de gauche. Un revenu qui permette de se retourner et de ne pas tomber immédiatement sous la coupe de patrons à la recherche d’une main-d’œuvre malléable. Aujourd’hui, les montants et les critères d’attribution des bourses d’étude sont tellement insuffisants que plus d’un étudiant sur deux doit chercher à travailler pour financer sa scolarité. Sachant que les bourses ne peuvent pas toujours se cumuler avec un salaire ! Et les attaques récentes contre les aides au logement n’arrangent rien.

Contre la détresse de la jeunesse pauvre

Les jeunes aujourd’hui éligibles au RSA, ou qui en auraient grandement besoin, sont la partie la plus défavorisée de la jeunesse ouvrière. Les autres sont dans des situations à peine plus favorables. Certains ont commencé à travailler en 2019 ou en 2020 et se retrouvent face au mur du chômage et des petites payes, d’autres continuent leurs études alors que les restaurants ou les bars où ils travaillaient montrent porte close. Ils ne touchent pas forcément le chômage partiel ni le chômage tout court : Pôle emploi se fait tracassier avec ceux qui travaillent peu d’heures ou qui touchent une bourse !

Le fait que certains soient sur les bancs de la fac et d’autres au boulot résulte des méandres de la sélection scolaire mais aussi – en l’absence de bourses étudiantes aux montants corrects – de la possibilité, pour les parents, de financer ou non des études. 60 % des enfants d’ouvriers entre 18 et 24 ans reçoivent une aide financière de leurs parents, d’en moyenne 160 euros, contre 90 % des enfants de cadres, qui reçoivent autour de 400 euros [1]. Une augmentation des salaires et un partage du travail entre tous desserrerait l’étau financier sur les choix des jeunes d’origine ouvrière.

Pour eux, avant le bac se pose la question de l’apprentissage ou du lycée pro et ceux qui vont au lycée général commencent déjà les « petits boulots » comme livreurs Uber Eats. Après le bac, pour ceux qui continuent les études, c’est souvent direction l’IUT ou le BTS, si possible en alternance. Bref, des formations courtes, professionnalisantes et durant lesquelles un petit salaire – moins de la moitié du Smic pour la première année d’apprentissage par exemple – permet de compléter le soutien parental.

L’urgence serait de relever tous les salaires de ceux qui ont commencé à travailler. Celui des apprentis, des alternants, celui des étudiants à temps partiel qui touchent un Smic horaire – et pour tous ceux-là, une revalorisation réelle et une extension significative des bourses s’impose. Contre le chômage, il faut en finir avec les contrats courts et précaires et partager le travail entre tous en réduisant sa durée. Dans l’intervalle, il faut maintenir à 100 % le salaire des chômeurs en supprimant le couperet de « l’ouverture des droits ». Les revenus de la jeunesse ouvrière sont issus de l’exploitation de leur travail ou de celui de leurs proches. Pour combattre leur précarité, il faut prendre la voie de la lutte des classes !

Stéphane Pires et Bastien Thomas

(Article paru dans l’Anticapitaliste n°557)


[1D’après une étude de l’Insee portant sur 2014. La catégorie « ouvriers » est au sens de l’Insee et pas au sens du marxisme !

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