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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 30, novembre-décembre 2003 > DOSSIER : Gouvernement et patrons à l’assaut de la Sécurité sociale

Pour une vraie sécurité sociale

8 novembre 2003 Convergences Politique

Le bon docteur Mattei nous concocte une nouvelle réforme de la Sécu, un de ces remèdes de cheval faits pour vider et tuer le malade. Il faudra une nouvelle fois tout faire pour défendre la protection sociale contre ces mesures réactionnaires.

Pourtant, le système de Sécurité sociale créé en 1945 n’a rien d’idyllique. Certes, il fut un progrès incontestable pour les travailleurs : unifiant et généralisant les assurances déjà existantes, il permit au plus grand nombre un meilleur accès aux soins... quand ce n’était pas, enfin, l’accès aux soins tout court. Et ainsi de pouvoir bénéficier plus ou moins des progrès médicaux qui depuis cinquante ans ont été fulgurants dans notre société. Le résultat est là d’ailleurs : entre 1931 et 1991, nous avons gagné 20 ans de vie en plus en moyenne.

A la santé du capitalisme

Pourtant le cadeau n’allait pas sans contreparties. En fait c’était aussi une sorte d’investissement pour les classes possédantes dont elles espéraient bien des retours, aussi bien politiques qu’économiques.

Et d’abord était ce vraiment un cadeau ? Bien sûr, à côté de la part salariale, les caisses sont alimentées par une part patronale. Mais d’où provient celle ci en dernière analyse sinon, comme tous les profits du capital, des richesses produites par le travail ? Qu’est ce sinon du salaire différé, versé à la Sécu au lieu d’être donné directement aux travailleurs ? Le système est donc en fin de compte intégralement financé par ceux ci. La solidarité sociale incarnée par la Sécu n’est qu’une solidarité entre les salariés, pas un mécanisme de transfert des richesses du capital vers le monde du travail.

Ensuite la Sécu a été conçu comme un instrument politique pour amadouer la classe ouvrière. A l’issue de la guerre, la bourgeoisie devait acheter la paix sociale. Elle le fit, entre autre, en créant la Sécu et en donnant une large place aux syndicats dans la gestion des caisses de protection sociale. Le premier directeur de la Sécu, Pierre Laroque, le rappelait sans ambages : « Le but était d’assurer à la masse des travailleurs (...) une sécurité véritable du lendemain. (...) L’effort qu’on leur demandait pour la remise en marche de l’économie devait avoir une contrepartie. La mise en place de la protection sociale n’a pas nui à la reconstruction du pays. Elle l’a même favorisée car on a pu demander des efforts considérables aux travailleurs. »

Enfin, au fil des décennies, la Sécu s’est avérée une véritable mine d’or pour toute une partie de la bourgeoisie, et pas seulement pharmaciens et médecins. En assurant les dépenses de santé de la population, elle assurait en même temps le chiffre d’affaires et les profits de tous ceux qui de près ou de loin touchent à l’industrie de la santé, fournissent les médicaments, créent les infrastructures et les font fonctionner : trusts pharmaceutiques, fabricants de matériels, cliniques privées... mais aussi bien d’autres comme, par exemple, les entreprises du bâtiment.

La Sécu n’était pas destinée à corriger les inégalités entre les classes. Mais, au sein de cette société ci, elle ne pouvait même pas effacer les inégalités devant la maladie ou la mort, fondamentalement dues aux différences de conditions de travail, de logement, d’alimentation, de vie en un mot. Cinquante ans plus tard, la santé des classes populaires laisse toujours globalement plus à désirer que celles des classes dites supérieures. Par exemple, l’espérance de vie à l’âge de 35 ans est aujourd’hui de 44,5 ans pour les cadres et professions libérales, contre 38 ans pour les ouvriers. 7 ans d’écart !

Et inévitablement à partir de la crise des années 1970, le capitalisme aggravant les différences sociales et poussant toujours plus dans la précarité, le chômage, la misère la couche la plus exploitée, pour celle ci les carences en matière de santé n’ont fait que s’aggraver aussi. Le filet de protection qu’était censée tendre la Sécu pour eux a tout aussi inévitablement connu des trous de plus en plus grands. D’autant plus évidemment que tous les réformateurs de gauche et de droite y multipliaient les coups de couteau, forfaits hospitaliers, hausses des cotisations, déremboursements, rationnement des hôpitaux ! Aujourd’hui, nous avons toujours ce qui était promis à disparition il y a plus de 50 ans : des millions de personnes qui renoncent périodiquement aux soins, même les plus élémentaires.

Gratuité...

Alors, défendre la Sécu contre ceux qui veulent l’amputer encore un peu plus, oui bien sûr ! Mais pas pour l’encenser ! Elle a plutôt besoin d’un sacré toilettage. La société française est infiniment plus riche et productive qu’en 1945. La gratuité intégrale des soins, assortie d’un effort massif, en moyens et en effectifs, de développement du secteur hospitalier public, serait parfaitement possible. Personne ne devrait aujourd’hui éviter le médecin pour plaie d’argent.

Passons sur l’argument que cela signifierait automatiquement une folle inflation des dépenses de santé. Comme si nous étions tous des malades imaginaires, des forcenés de la consultation, du médicament et de l’hospitalisation. Même gratuite, la médecine reste tout de même un peu déplaisante !

Un contrôle des dépenses de santé serait quand même nécessaire ? A condition d’abord qu’il ne prépare pas simplement un délit de portefeuille vide, mais au contraire vise à faire disparaître nombre de gaspillages et concentrer les efforts vers les besoins réels et urgents de toute la société. Mais alors le premier des contrôles ne devrait il pas être de socialiser les cliniques privées et les trusts pharmaceutiques, et les mettre sous celui de la population ?

Les plus pauvres, nous dit on encore, entrent plus souvent à l’hôpital, et surtout y restent plus longtemps que les riches. Oui, mais ils bénéficient de moins de pratiques préventives, vont voir moins souvent le médecin. C’est donc un privilège dont ils se passeraient bien volontiers... La prévention ne représentait que 2,4 % de la dépense courante de santé en 2001, et elle est fort inégalement répartie. La systématiser coûterait il plus cher à la société que l’irruption des assureurs privés pour prendre une part du gâteau de la Sécu ?

Tout ce dossier montre amplement que les possibilités de financer non seulement le « trou » de la Sécu mais un système de santé autrement performant et couvrant réellement toute la population existent bien dans ce pays. D’ailleurs le véritable objectif des gouvernants et des patrons n’est pas la limitation des dépenses de santé, mais la limitation des dépenses socialisées, et l’augmentation des dépenses qui iront au profit privé. Ça ne s’oppose pas. Le système américain a bien le record des dépenses de santé par rapport au PIB (14 % contre 9,5 % en France). Et pourquoi la part des dépenses de la santé dans la richesse créée devrait elle être spécialement limitée ? Pourquoi plus que la part des loisirs, des vêtements ou du luxe (ou pire des dépenses militaires), toutes choses croissant justement avec cette richesse ?

...et socialisme

Bien sûr pour assurer tous les soins nécessaires et gratuits pour tous, il serait sans doute nécessaire de ponctionner sérieusement les profits de la bourgeoisie. Mais saignée pour saignée, celle ci ne serait elle pas plus salutaire et moins folle que celle qui consiste à refuser, à l’époque de l’accélération stupéfiante des innovations biotechnologiques, des médicaments contre le rhumatisme ou des soins dentaires aux plus pauvres ?

On sait que même le relèvement des revenus de la Sécu dans le cadre actuel, en en restant à un financement par les cotisations des salariés, passe par la lutte contre les licenciements, le chômage, les bas salaires, le travail précaire (100 000 chômeurs représentent environ 1,3 milliard d’euros de ressources en moins pour la protection sociale, dont un tiers pour l’assurance maladie ; une augmentation de 1 % de la masse salariale lui apporterait 3 milliards d’euros supplémentaires).

De même pour mettre fin au parasitisme de la Sécu par les profits privés, il faudrait commencer par socialiser l’industrie privé de la santé, en particulier la richissime industrie pharmaceutique (sans souci pour la recherche, puisque les trois quarts de la recherche médicale et pharmaceutique sont financés... par la Sécu).

Un programme révolutionnaire ? Eh, oui, la révolution est nécessaire pour la santé, celle de la société et celle de chacun de nous.

Bernard RUDELLI

Note : l’essentiel des chiffres cités sont tirés de Main basse sur l’assurance maladie (Fondation Copernic).


La santé, c’est aussi le repos !

Parmi les postes de dépenses de l’assurance-maladie, Mattei pointe les arrêts maladie. En sous-entendant que certains abuseraient en prenant des arrêts injustifiés. Au programme, il y a donc le renforcement des contrôles. Déjà depuis 2000, les médecins doivent indiquer sur le volet du formulaire destiné à la Sécu la raison médicale de l’arrêt ! Maintenant, les contrôles vont être multipliés. La Sécu va faire la police et renvoyer au boulot certains travailleurs. Jusqu’ici on avait tendance à penser que la Sécu servait à remettre sur pied en aidant à guérir, maintenant on sait que c’est en forçant à oublier qu’on est malade.

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