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Pour une extrême gauche de combat !

3 août 2022 Article Politique

L’envahissement de la résidence et du secrétariat présidentiels au Sri Lanka, la grève générale en préparation au Panama, deux événements de la seule journée du 9 juillet, viennent nous rappeler que les chocs sociaux sont loin d’avoir été étouffés sur le globe, malgré deux ans de pandémie, en particulier depuis les révolutions arabes de 2011, elles-mêmes rejetons de la crise financière globale de 2008. Quel parti et comment le construire, pour les révolutionnaires ? C’est dans l’anticipation et la préparation de tels événements que la question se pose selon nous. Celle de la construction de l’outil indispensable pour que les explosions révolutionnaires aient une chance de ne pas être dévoyées ou simplement réprimées, mais en vue du futur pouvoir des exploités.

Objectif ambitieux certes, qui dépend d’une situation objective qu’on ne peut pas prévoir, mais aussi d’un volontarisme militant anticipateur. Combien de révoltes récentes ont-elles tourné court, détournées et enterrées par des politiciens dits démocrates dont de gauche, ou par une extrême droite (islamiste par exemple après le Printemps arabe), faute d’une organisation et d’une politique indépendantes, de classe, du prolétariat ?

Des affrontements sociaux majeurs sont devant nous en France, mais pas loin, non seulement parce que la situation s’y aggrave pour les classes populaires, mais parce que notre situation est étroitement liée à celle du reste du monde. La bourgeoisie sait qu’il lui faudra affronter le monde du travail, même si elle compte probablement encore sur son arsenal de partis qui tentent d’endormir les travailleurs.

Face à l’extrême droite, des raccourcis ?

L’abstention toujours plus massive dans les quartiers populaires et la jeunesse nous rappelle que le thermomètre électoral est sévèrement déformé, mais le constat demeure, alarmant, de la prévalence des bulletins de vote en faveur du RN, plus largement de partis et figures réactionnaires dans certaines couches de la classe ouvrière. Et nous ne pouvons pas perdre de vue que la responsabilité politique en revient en grande partie à la gauche institutionnelle (dont Macron lui-même est issu), à l’écœurement que sa politique anti ouvrière a provoqué et qui a marqué les consciences.

Les recompositions en cours entre la droite extrême et l’extrême droite sont un des symptômes d’une possible arrivée au pouvoir de l’extrême droite, même « aseptisée »… si la bourgeoisie en sentait le besoin. Face à ce danger dont nous voyons aujourd’hui de timides prémices, il s’agirait de regrouper le plus largement les forces politiques et syndicales prêtes à réagir contre toute menace de type pré-fasciste. Cette exigence de front unique n’est pas obsolète.

Mais l’essentiel du combat contre l’extrême droite telle qu’elle est aujourd’hui n’est pas là. Nous ne sommes pas encore face à des forces militantes organisées. Tout reste bien instable pour cette extrême droite… comme pour nous ! La spectaculaire bascule, à la Guadeloupe par exemple, entre la majorité pour Mélenchon au premier tour de la présidentielle et celle pour Le Pen au second, en est une illustration. L’enjeu est d’arracher des fractions des classes populaires à cette influence politique. Très sincèrement, le folklore antifa n’y pourra rien. Nous ne serons pas davantage sauvés par une gauche nationaliste, dont le souverainisme et le « produisons français » font au contraire le lit de l’extrême droite.

Il s’agit donc de mener une lutte politique pour démontrer la proximité du RN avec les intérêts patronaux – sans lober la dénonciation du racisme qui structure sa propagande. Mais pas seulement.

Notre force, celle de nos perspectives révolutionnaires !

C’est en positif que les révolutionnaires doivent tenter d’offrir une voie de classe, par l’affirmation d’une perspective politique de renversement du système capitaliste. Impossible ? Hors-sol ? Inimaginable sans passer par on ne sait quelle médiation d’un « parti large » ou « unitaire » par regroupement avec des formations dites de « gauche de combat » ? Mais où sont-elles ? Ne sont-elles pas totalement fantasmées ? Les tentatives récentes (prenons l’exemple de la GA en 2012) ont abouti à des formations bien plus étroites et inefficaces que les partis révolutionnaires existants (Le NPA ou Lutte ouvrière), ou ont conduit une partie de leurs membres à grossir les flancs ou les rangs de la gauche dite réformiste. Et pourquoi renoncer à l’affirmation d’une politique révolutionnaire, c’est-à-dire subversive, alors que la campagne présidentielle de Philippe Poutou a su l’incarner avec quelque succès auprès de jeunes et de travailleurs ? Ce n’était qu’une campagne électorale, mais campagne politique néanmoins. En rupture affichée avec toutes les solutions bourgeoises, dont de gauche ! Est-ce qu’un simple petit score, ou un simple coup de vent éphémère en faveur de Mélenchon au premier tour de la présidentielle, ont pu faire s’envoler la conviction qu’il fallait persévérer dans ce sens ? Jusqu’à faire volte-face et tenter de s’engager avec la Nupes ? Et à défaut d’y être admis, la soutenir, parler à l’occasion d’un « vote de classe » et laisser miroiter un regroupement du côté du mythe d’une « gauche de combat » ? (Quelle gauche aujourd’hui propose un combat, si ce n’est sous les lambris du palais Bourbon ou à la présidence de la Commission des finances ?)

Il faudrait redonner un peu d’espoir, dans le but de « mettre en mouvement », nous disent les camarades de la majorité. Mais la volonté de la FI n’est pas de « mettre en mouvement ». Au contraire même : lorsqu’elle s’adresse à un milieu syndical démoralisé, c’est pour lui promettre « d’économiser des kilomètres de manifestations ». Il faudrait « peser sur les recompositions à gauche » nous dit-on encore. Le NPA serait trop faible pour jouer le moindre rôle dans la lutte des classes, mais assez fort pour espérer peser sur les appareils de la gauche ragaillardis par leurs (très) relatifs succès électoraux ? Par quel miracle, sans rapport de force, en abdiquant précisément les perspectives révolutionnaires qui font notre force ? Perspectives qu’un Mélenchon et tous les siens précisément tentent de miner, ce qui ne pourra pas longtemps faire illusion.

Les résultats de Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle ont certes montré qu’il existe un milieu large qui formule un rejet de Macron sur la gauche. C’est la bonne nouvelle de ce scrutin. Il était donc juste d’engager un dialogue avec ce milieu, mais certainement pas en se laissant enfermer dans le cadre volontairement verrouillé par la FI autour des seules législatives – qui n’a débouché sur aucune dynamique, même simplement électorale après l’échec prévisible de la farce « Mélenchon Premier ministre ».

Un parti révolutionnaire, ce sera autour d’un programme pour les luttes sociales et politiques

Nous pouvons et devons miser sur les luttes et explosions sociales qui nous attendent. Pas seulement parce que des mouvements en soi nous seraient favorables. Ils pourraient l’être jusqu’à un certain point à l’extrême droite (comme elle a tenté de surfer sur celui des Gilets jaunes), ou rester entre les mains de directions syndicales qui tenteraient d’en détruire tous les ferments révolutionnaires (comme en juin 36). Nous devons avoir la perspective de luttes qui deviennent un fait politique, par leur contagion et extension nationale, mais aussi et surtout par la capacité des travailleurs de les diriger eux-mêmes. Les organes de direction des luttes, comités de grève, coordinations de ceux-ci ou autres formes issues des luttes elles-mêmes, devenant des organes de double-pouvoir contestant celui de la bourgeoisie. C’est cette politique offensive qui pourrait rallier, dans un contexte de montée et de politisation des luttes, tous les déçus du réformisme politique et syndical.

Les syndicats sont des organismes de temps de paix sociale, où palabres et négociations prétendent marchander le salaire et les conditions de travail. Il n’est certes pas question pour les militants révolutionnaires de les déserter. Mais c’est d’une autre façon qu’il faut préparer le temps de guerre sociale. Il faut saisir ce qui, dans l’air du temps, coïncide avec ces perspectives qui sont les nôtres : ces formes d’organisation à la base qui ont surgi comme fruit du rejet des organisations constituées. Occupation des places, « Nuits debout », ronds-points des Gilets jaunes, Collectif inter-urgences puis inter-hôpitaux, coordinations de cheminots : la période depuis 2016 a été riche en formes d’organisation en dehors des appareils. Si la méfiance qu’elles traduisent n’épargne pas les organisations révolutionnaires, elle ouvre néanmoins des possibilités, en cas de mouvement, pour renouer avec les traditions trotskistes de « comités de grève », centrales dans le Programme de transition.

Ce genre d’initiatives et leur nécessaire coordination pour qu’elles deviennent un fait politique national ne relèvent pas de la spontanéité des luttes. Elles ne peuvent être que l’aboutissement d’une politique volontariste et coordonnée d’un parti qui en fait son objectif principal et qui, pour ce faire, se donne les moyens d’une implantation dans le monde du travail.

L’extrême gauche, la seule de combat !

Un courant qui existe, une campagne Poutou qui a attiré des milliers de jeunes, la permanence d’un électorat non négligeable de Lutte ouvrière aux législatives, des porte-paroles reconnus, une présence dans des combats sociaux et politiques… On ne part pas de rien. À l’actif de l’extrême gauche, il y a aussi ces choix politiques sur lesquels ses différents courants se sont retrouvés : contre l’union nationale à l’occasion des attentats de 2015, en défense des migrants et réfugiés, en soutien à la Palestine, en dénonciation de la gestion bourgeoise de la crise sanitaire, contre le racisme d’État, contre la guerre en Ukraine et ce qu’elle véhicule de militarisation impérialiste. Autant d’épisodes politiques dans lesquels LO et le NPA (et quelques autres groupes révolutionnaires) se sont distingués de la « gauche » plus ou moins radicale, à juste titre et dans le bon sens. Et aujourd’hui s’amorce une situation sociale qui ne sera pas de tout repos pour la bourgeoisie. Les grèves se multiplient sur les salaires, des formes d’organisations bien plus radicales que les assemblées populaires de la FI institutionnelle devraient être à notre ordre du jour : comités de grève pour les 400 ou 500 euros, comités de quartier contre la vie chère, etc. À condition que nous sachions saisir les possibilités réelles. À condition que toutes ensemble, les fractions du futur parti révolutionnaire à construire (dont celles du NPA), nous sachions avancer dans le même sens et conjuguer nos talents.

Ce capital commun ne fait pas un parti à lui seul. La simple juxtaposition de nos forces militantes actuelles est loin d’être suffisante. Le dépassement – ou plutôt le surpassement – nécessaire du NPA réside dans le choix de ce cap résolument révolutionnaire pour une extrême gauche de combat. Pour ce faire, il va falloir concrétiser notre programme et lui trouver des formulations populaires (travail entamé dans le bon sens par « Poutou 2022 »), gagner aux idées communistes une jeunesse politisée par les combats féministes, antiracistes, écologistes en approfondissant nos analyses sur ces questions, et surtout nous implanter dans le monde du travail à la faveur de tout événement qui le facilite – comme la vague de grèves actuelles sur les salaires, certes dispersées mais nombreuses.

Un plan de travail peut-être exigeant mais éminemment politique.

Raphaël Preston, pour la Fraction l’Étincelle du NPA, le 10 juillet 2022

(Paru dans la revue l’Anticapitaliste no 137)

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