Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Les articles du site

Pénurie de semi-conducteurs et chômage pour les salariés de l’automobile : conséquence du « stock zéro » et de la guerre des prix

22 février 2021 Article Entreprises

En ce début d’année 2021, plusieurs usines automobiles dans le monde se sont retrouvées en chômage technique. En Allemagne, 10 000 ouvriers des usines Audi ont été mis au chômage jusqu’au 29 janvier dernier, 6 000 salariés de Ford Sarrelouis ont vu la production s’arrêter un mois entier, plusieurs jours pour les ouvriers de Volkswagen et d’Opel, et la production est réduite dans les usines Daimler. Aux États-Unis, des usines Ford, General Motors, Nissan, Toyota ont fermé de quelques jours à plusieurs semaines. Seat et Opel en Espagne, Ssangyong en Corée du Sud, Honda au Royaume-Uni, Mazda et Subaru au Japon, et d’autres. En France, l’usine Renault de Sandouville a fermé les 8, 9 et 13 février, ainsi que celle de Flins ; les sites de l’équipementier Faurecia à Montbéliard ont été arrêtés plusieurs semaines ; et PSA a mis en place un « pilotage journalier » dans ses usines dont la production est déjà affectée à Mulhouse, Rennes, Sochaux et Poissy.

La faute au Covid, à l’hiver, à la chute des marchés ? Non, c’est juste une affaire de puces qui enrayent la machine. Ou plutôt une affaire de gros sous, comme d’habitude.

Plus précisément, c’est une pénurie mondiale de semi-conducteurs qui impacte la chaîne de production automobile à travers le monde depuis janvier. Car aujourd’hui, dans les voitures, une myriade de puces électroniques est nécessaire pour la fabrication des circuits imprimés, composants électroniques qui font fonctionner les ABS, l’ordinateur de bord, les airbags, le GPS… Sans lesquels beaucoup de voitures ne peuvent être produites. Le manque à produire entraîné par cette pénurie de semi-conducteurs serait compris entre 672 000 et 964 000 véhicules au niveau mondial [1] pour 2021, sur une production de 94 millions de véhicules. Et la perte est estimée à 50 milliards d’euros pour les constructeurs automobiles.

Nul doute que les constructeurs entendront rattraper au maximum ce retard dans la production dès que les approvisionnements le permettront (certains experts parlent d’un retour à la normale en octobre seulement), et essaieront de faire peser une charge de travail accrue sur les ouvriers.

Chez PSA en France, les remous dans la production se font sous menace de chômage partiel, pertes de salaire à la clé. On reconnaîtra ces mêmes larmes de crocodile versées au printemps 2020, et qui ont servi à licencier des milliers d’intérimaires et à sous-payer les salariés aux frais de l’État… jusqu’à la miraculeuse remontada du marché de l’automobile à l’été 2020, qui amenait Les Échos à titrer dès août « Pandémie de Covid-19 : l’industrie automobile européenne a échappé au pire » [2]. Les salariés aimeraient pouvoir en dire autant.

Effet papillon

La récession du marché automobile semblait donc, à en croire la presse économique, davantage une suspension temporaire qu’un choc à long terme. Sauf que la chute brutale de la demande au printemps 2020 a amené les équipementiers à revoir à la baisse leurs commandes de semi-conducteurs. C’est la politique du flux tendu pour réduire les coûts de stockage. Les fournisseurs de semi-conducteurs ont suivi le rythme et ils se sont trouvés dans l’impossibilité de fournir ces composants du jour au lendemain avec la reprise. D’autant que les constructeurs automobiles en avaient rajouté sur les prédictions trop pessimistes pour que les États viennent subventionner les prétendues pertes.

Pas de chance : le secteur des semi-conducteurs est hyper-concentré. Car la production de micro-processeurs requiert outillages, formations et logiciels spécifiques, dont le coût n’est rentable qu’en produisant à très large échelle. Ainsi l’entreprise taïwanaise TSMC produit à elle seule 70 % des circuits intégrés de toute l’industrie automobile, et pas plus tard que le mois dernier, l’entreprise américaine Intel annonçait qu’elle comptait également elle aussi sous-traiter sa production… Et pour TSMC le secteur automobile ne représente que 4 % de ses activités, contre 49 % pour les smartphones, 30 % pour le calcul à haute performance et 8 % pour les objets connectés [3]. La production de semi-conducteurs a donc très vite été recentrée sur ces marchés impactés, eux, positivement par la crise, et les puces avaient sauté vers d’autres marchés quand l’automobile en a redemandé.

La guerre des puces

Ajoutons à ça que cette affaire de semi-conducteurs est un enjeu de la guerre économique entre la Chine et les États-Unis. La part des États-Unis sur le marché mondial des semi-conducteurs, même si elle s’est considérablement réduite en vingt ans, est aujourd’hui de 48 %. En 2020, la Chine a importé pour 350 milliards de dollars de semi-conducteurs, en grande partie des États-Unis. Parce que son industrie technologique en dépend, le gouvernement chinois investit depuis six ans dans la mise en place d’une production maison de semi-conducteurs. Mais elle reste pénalisée par un retard dans l’accès aux compétences industrielles nécessaires et les États-Unis, de leur côté, ont récemment durci leur contrôle à l’exportation, particulièrement vers la Chine, officiellement par crainte de fournir des moyens à l’armée chinoise. Entre les deux, la firme taïwanaise TSMC fournit à la fois aux entreprises américaines et chinoises, Apple, Qualcomm, Xilinux, Nvidia ou Broadcom. Mais, là aussi, en ce qui concerne la compagnie chinoise Huawei (télécommunication et informatique), voilà qu’en mai dernier le secrétaire au Commerce américain décide la restriction des ventes de la part des entreprises utilisant des équipements de fabrication d’origine américaine, ce qui est le cas du taïwanais TSMC. Et le tour était joué. Pendant que les États-Unis prévoyaient de leur côté de subventionner à 25 et 17 milliards la construction et la recherche dans les semi-conducteurs et la micro-électronique « relocalisés ».

Néanmoins, réorganiser la chaîne de production lorsque celle-ci est mondiale ne se fait pas en un jour… Les composants d’une puce électronique peuvent voyager sur plus de 40 000 kilomètres, et traverser 70 fois des frontières avant que le produit fini ne soit livré à bon port, et le marché des puces n’a pas fini de faire des rebonds.

En attendant, chômage partiel sur les chaines automobiles, aux frais des salariés.

Val Romero


Source : https://www.counterpointresearch.com/semiconductor-component-shortage-hits-automobile-industry/


[1Prévisions réalisées par IHS Market et AutoForecast, reprises dans un article.

[2Les Échos du mercredi 19 août 2020.

[3TSMC, Annual report 2019.

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article