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Où sont les gens du voyage ? Inventaire critique des aires d’accueil, de William Acker

Éditions du commun, 224 p. + 200 p. environ de fiches techniques, 18 €, mars 2021

1er juillet 2021 Article Culture

Lorsque le 26 septembre 2019 l’usine Lubrizol, à Rouen, partit en fumées toxiques (elle était classée Seveso seuil haut, c’est-à-dire à haut risque), ses riverains immédiats étaient les habitants de l’aire d’accueil des gens du voyage du Petit Quevilly qui ne furent pas évacués.

En partant de cet exemple William Acker, un juriste issu de cette communauté (dont les membres se qualifient entre eux de « Voyageurs »), a entrepris de dresser l’inventaire complet de toutes les aires d’accueil existant dans l’Hexagone, en les classant par département mais également en indiquant leur situation géographique, leur proximité de la mairie de la commune concernée mais aussi les nuisances multiples qui les entourent.

Et cet inventaire, qui constitue la seconde partie de l’ouvrage, est édifiant. Sur les 1 358 aires répertoriées, 51 % connaissent des pollutions diverses, 70 % sont isolées de l’agglomération, et 3 % sont en zone classée Seveso. Au total seules 19 % d’entre elles ne subissent ni pollution, ni effet de relégation. Ce qui faire dire à l’auteur qu’il s’agit d’une forme de racisme environnemental.

Le non respect systématique de la loi

De plus, la majorité des communes de plus de 5 000 habitants ne se plie pas à la loi Besson de juillet 2000 qui leur faisait obligation de prévoir des emplacements de séjour pour les nomades. Sur les 5 574 communes concernées, seules 1 255 d’entre elles (un peu plus de 20 %) sont en conformité. Mais comme aucune sanction n’était prévue en cas de non-respect de ce texte législatif, la plupart des communes se sont assises dessus. Bien mieux, la loi sur la sécurité intérieure de mars 2003 et celle sur la prévention de la délinquance de mars 2007 ont réduit considérablement les obligations municipales. Et bien souvent ces aires d’accueil se réduisent à un parking sans arbre, parfois entouré de barbelés, avec le strict minimum en matière de sanitaires, d’alimentation en eau ou en électricité. Payantes, elles sont placées sous la surveillance constante de gardiens chargés de maintenir l’ordre. Bref, ces gens du voyage, hier qualifiés de « voleurs de poule », sont toujours aussi mal vus aujourd’hui et considérés a priori comme des fauteurs de troubles ou des délinquants potentiels.

Une histoire douloureuse

Toute la première partie du livre est consacrée à une brève histoire des Gitans, Roms, Manouches, Sinté, Romanichels et autres Tziganes, ainsi qu’aux brimades dont ils sont l’objet depuis des siècles en France. Depuis le passeport intérieur dont ils doivent se munir dès 1795 jusqu’à l’interdiction de circuler imposée en 1940 par Albert Lebrun, le dernier Président de la IIIe République, en passant par leur internement dans des camps puis leur envoi dans les chambres à gaz nazies à partir de 1942, Acker dresse une liste minutieuse des persécutions qu’ils ont endurées. La nationalité française de la plupart d’entre eux ne les a guère protégés des déportations tout comme les Juifs, qui étaient dans la même situation.

Il rappelle qu’à une époque, on alla même jusqu’à leur imposer de munir leurs véhicules automobiles de plaques d’immatriculation de couleur bleue pour que la gendarmerie et la police puissent les repérer plus facilement.

Car leur mode de vie dérange. D’où les efforts faits par l’administration de les sédentariser, de gré ou de force. Généralement sans aucun accompagnement.

Comble de l’hypocrisie, comme toute mention de l’origine ethnique sur les papiers d’identité ou les documents administratifs est interdite en France, la bureaucratie administrative a trouvé la parade en les baptisant « gens du voyage ». Et dans les conflits qui les opposent parfois à la police, à la gendarmerie, aux municipalités ou à leurs voisins, on les montre du doigt non comme Gitans, Tziganes ou Roms – ce qui serait une forme de racisme éventuellement punissable par la loi – mais comme « gens du voyage », voire « forains », en mettant ainsi en cause non leur origine ethnique ou culturelle mais leur mode de vie ou leur métier. Ce n’est plus du racisme, c’est un simple « point de vue ».

Un livre éclairant sur la responsabilité écrasante de l’État et de ses représentants, à tous les niveaux, dans la persistance, voire l’aggravation, de l’antitziganisme dans ce pays.

Jean Liévin


On pourra aussi écouter les interviews très instructive sur France Inter de l’auteur de ce livre, William Acker, les 16 et 17 juin dans Le reportage de la terre au carré.

À retrouver ici : l’émission du 16 juin et du 17 juin.

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