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Ohio, un premier roman polyphonique de Stephen Markley

20 novembre 2020 Article Culture

Édition française parue en août 2020 chez Albin Michel – 541 pages – 22,90 euros.

L’histoire se déroule à New Canaan, une petite ville de 15 000 habitants du « nord profond » des États-Unis. Les funérailles de Rick Brinklan, mort « pour la patrie », permettent au jeune romancier, en ouverture, de dépeindre un espace frappé par la désindustrialisation : chômage, trafics de drogue, désespoirs, nationalisme... On lira avec avidité ces pages denses qui servent de prélude à un roman protéiforme . Quatre personnages : « Chacun d’eux avait ses raisons d’être absent » aux funérailles. Puis, au fil des pages, comme quatre romans dans le roman, chacun nous fait découvrir un bout d’Amérique. Leurs trajectoires sociales, très différentes, convergent vers un mystérieux assassinat.

En ouverture, Bill Ashcraft : il s’est opposé publiquement au chauvinisme qui a happé son ami Rick. Vêtu d’un T-shirt désignant Bush comme le terroriste mondial, à la veille de l’intervention en Irak, il détonne. Militant du mouvement Occupy Wall Street puis salarié pour la campagne d’Obama de 2008, il incarne une jeunesse haïssant le capitalisme… et les contradictions de cette jeunesse. Deuxième parcours, celui de Stacey Moore, connue au lycée. Cette intellectuelle, qui a soutenu une thèse en littérature, a souffert de son homosexualité contrariée par le poids d’une morale très bigote. Elle mène l’enquête sur l’énigme de la disparition de Lou-Ann, l’ancienne copine d’Ashcraft.

Le poids de l’homophobie et, plus généralement, du patriarcat, rapporté de manière très authentique par le romancier, pèse également sur les personnages masculins. Troisième personnage, Dan Eaton. C’est un bibliophile passionné de l’histoire de l’Ohio. Complexé par son prétendu manque de virilité, il cède aux sirènes de l’armée américaine dont les campagnes de recrutements s’étendent jusqu’aux lycées. On voit comment la machine d’embrigadement conduit un élève timide… à massacrer des enfants sur le théâtre des opérations.

À mesure qu’avance l’histoire, on glisse dans la brutalité des rapports sociaux, doublée d’un terrible mystère, à élucider. Aux morts tombés au front suivent les morts de la drogue et les assassinats commis sur le territoire. Quatrième épisode : l’histoire s’emballe avec la terrible destinée de Tina Ross dont l’idylle tourne au cauchemar.

Un roman noir doublé d’un roman social où la violence démolit les existences. L’auteur ne lésine pas sur les longues pages de descriptions, parfois redondantes, pour finir soudainement sur la résolution de l’intrigue. Au bout des 500 pages, on aurait aimé malgré tout prolonger le suspens, véritablement haletant de la résolution de l’énigme.

Malgré quelques longueurs et l’enchevêtrement des épisodes temporels, cette première œuvre de Markley offre un plongeon dans l’univers de la jeunesse post-11 septembre. Si la partie la plus politique (dont certaines formulations anti-guerre sont mémorables) est certainement celle de Bill Ashcraft, la plus sombre est celle de Tina Ross ; mais chaque partie peut se lire de manière relativement autonome et s’axe autour de thématiques spécifiques. Un petit effort de lecture qu’on ne regrette pas.

Louis Dracon

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