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Après la catastrophe de Beyrouth

Nitrates d’ammonium : menace sur Saint Malo

19 août 2020 Article Entreprises

La destruction du port et d’une partie de la ville de Beyrouth à la suite de l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium dans un vieux cargo ancré depuis six ans pose le problème de la sécurité des zones portuaires où sont entreposées et transitent des quantités importantes de ce produit utilisé comme engrais. Toute la population malouine peut voir les gros sacs blancs rangés sur les quais en face du port de plaisance. Cette catastrophe a donc suscité une légitime inquiétude au sein de la population de Saint Malo. Ce sont en effet 50 000 à 60 000 tonnes de nitrate d’ammonium qui transitent chaque année par le port de la ville, peu éloigné de zones urbaines à forte densité de population. À ces produits s’ajoutent d’ailleurs les engrais fabriqués par l’usine Timac Agro [1]. Selon la direction, ils ne contiendraient pas de nitrate d’ammonium, ce qui expliquerait que le site ne soit pas classé Seveso. Mais on sait fort peu de choses sur la Timac où règne la loi du silence. L’entreprise ne compte qu’un unique syndicat maison. On sait seulement que les conditions de travail y sont particulièrement dures et malsaines en raison des poussières de produits chimiques qui imposent le port de masques pour les opérations de manutention. De leur côté, les riverains subissent les émanations d’ammoniac de cette entreprise, qui ont été mesurées. Un procès a d’ailleurs été engagé par un groupe d’habitants soutenus par des associations.

Imposer le contrôle ouvrier

On sait aussi très peu de choses sur les conditions de stockage, de déchargement et de chargement des stocks de nitrates d’ammonium qui viennent d’une usine située en Lituanie et sont destinés à des grossistes qui les revendent ensuite aux agriculteurs. L’importateur est la société Litfert, filiale du groupe lituanien Achema, très silencieux lui aussi. On peut s’interroger sur l’état des cargos et les dangers représentés par le transport routier.

Bien entendu, chaque fois qu’ils sont questionnés sur le sujet, non seulement les gestionnaires du port et de la Timac, mais le préfet et le maire tiennent des propos rassurants en affirmant que sont prises toutes les précautions nécessaires. La Timac a même obtenu le « Trophée des usines 2011 » du magazine patronal Usine nouvelle… pour l’élimination de la pollution ! Face à ces risques très inquiétants, la seule protection sérieuse serait un contrôle exercé par les travailleurs du port, ceux des entreprises du site et les riverains. Ca n’en prend pas le chemin : la société de manutention du port, dont la Timac est actionnaire, a entrepris de licencier 35 dockers dont le statut permettrait de participer à ce contrôle sans risquer de perdre immédiatement leur emploi. Mais la direction du port s’efforce de précariser davantage les emplois, alors que nombre de travailleurs du secteur sont déjà embauchés au jour le jour. Son objectif est d’ailleurs de réembaucher les dockers, dont l’expérience est indispensable, dans de nouvelles structures et des conditions inférieures. La lutte pour les garanties des salariés rejoint donc celle pour la protection de la population.

Gérard Delteil


Sites classés : quelle protection ?

Les sites industriels considérés comme dangereux sont en principe classés en diverses catégories et placés sous le contrôle des préfectures et des DRIRE [2] – Direction régionale de l’industrie, la recherche et l’environnement. Le classement le plus strict est le classement Seveso, du nom de la catastrophe qui s’est produite en 1976 dans cette ville italienne. Ce classement comprend lui-même deux niveaux, par exemple en fonction des quantités de produits dangereux stockés. Le classement Seveso impose une « étude de danger » tous les cinq ans, un plan d’intervention, l’information des CHSCT et leur consultation, l’information de la population. En principe, le stockage de 50 tonnes de produits dits « comburants », dont fait partie le nitrate d’ammonium suffit pour un classement Seveso de niveau bas et de 200 tonnes pour un classement de niveau haut. Or la zone portuaire de Saint Malo a toujours échappé à ce classement bien qu’il soit évident que des milliers de tonnes y sont présentes pendant des durées plus ou moins longues.


Les principaux accidents causés par le nitrate d’ammonium (NdA) en France

  • 28 juillet 1947 : explosion d’un cargo à Brest chargé de NdA. 33 morts. 1000 blessés.
  • 29 octobre 1987, à Nantes, 850 tonnes de NdA. Nuage toxique. 40 000 personnes évacuées.
  • 21 septembre 2001, à Toulouse, AZF : 300 à 400 tonnes de NdA. 31 morts. 2500 blessés.
  • 5 janvier 2017. Incendie et fuite d’acide sulfurique dans l’usine Timac de Sète qui utilise du NdA. Nuage toxique. Depuis sa reprise par le groupe Roullier, l’usine n’est plus classée Seveso car son patron s’est engagé à utiliser des procédés plus fiables…

Dans d’autres pays, avant la catastrophe de Beyrouth de nombreux autres accidents ont été liés à l’utilisation de NdA dont l’un des plus graves est celui d’Oppau en 1921 en Allemagne qui fit 561 morts et 2000 blessés.

Le danger représenté par la manutention et le stockage de nitrates d’ammonium est donc connu… depuis un siècle !


(image issue de Google Maps)


[1La Timac appartient au groupe Roullier, 30e fortune de France, qui compte 96 sites de production dans le monde et emploie 8 200 personnes. À Saint Malo et Dinard, Roullier compte 900 salariés.

[2En dix ans, les contrôles effectifs ont diminué de 35 % selon l’expert en risques industriels Pauk Poulain cité par FR3 le 17 aout 2020.

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