Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 106, juin-juillet-août 2016 > Dans le monde

Lisbonne : La grève des dockers fait reculer les patrons du secteur

29 juin 2016 Convergences Monde

Après un mois et demi de grève, les dockers de Lisbonne ont repris le travail le lundi 30 mai en ayant obtenu gain de cause, notamment l’embauche de 15 intérimaires et d’autres travailleurs précaires en CDI. Cela fait quatre ans que dure le bras de fer, pas seulement à Lisbonne mais dans d’autres ports du pays car les concessionnaires privés, soutenus par les administrations des ports, ont imposé une augmentation du temps de travail — pas rare qu’ils fassent 16 heures par jour ou plus —, des baisses de salaire et une plus grande précarité à travers des recrutements de travailleurs journaliers payés au lance-pierre.

Depuis 2012, donc, on assiste à un développement de la précarité dans les activités portuaires. En 2013, 47 dockers avaient été licenciés par la principale entreprise pourvoyeuse de main-d’œuvre du port de Lisbonne, l’AETPL (groupe ETE), puis 29 d’entre eux avaient été réembauchés mais sous un statut précaire. Cette année-là, une nouvelle loi régissant le travail dans les ports et docks stipulait que les contrats inférieurs à 6 mois pouvaient être renouvelés sans limite, les journées de travail rallongées, ainsi que le nombre d’heures supplémentaires annuelles. La loi entérinait aussi l’ouverture à la concurrence, une agence d’intérim (Porlis) appartenant à un autre groupe capitaliste portugais, Mota Engil, fut créée en septembre 2013. Actuellement, sur 320 dockers à Lisbonne, un peu plus d’une centaine sont recrutés par la Porlis, une cinquantaine d’autres sont des journaliers.

Surenchère patronale

A l’automne 2015, un « accord » entre trois associations patronales du secteur, le syndicat des dockers et les autorités du port prévoyait que 23 travailleurs intérimaires de la Porlis seraient titularisés à l’AETPL et 26 journaliers embauchés en CDI. Non seulement les employeurs n’ont pas respecté l’accord — non contents d’avoir déjà réussi à imposer des baisses de salaires de 20 à 40 % pour les nouveaux embauchés ! — mais ils ont mené une guerre permanente aux dockers. Salaires impayés depuis décembre au prétexte de manque de liquidités (alors que les volumes de marchandises n’ont fait que croître ces dernières années comme dans tous les grands ports européens d’ailleurs), menaces de licenciement ou de sanctions au moindre refus de faire des heures supplémentaires ou des doubles vacations. Toute embauche étant bloquée, beaucoup de dockers cumulaient déjà en avril de cette année plus de 250 heures supplémentaires la plupart du temps impayées. Ils pouvaient travailler jusqu’à 14 heures sur les machines et les grues, finir leur journée à 1 heure du matin pour réembaucher à 8 heures le jour même !

Une seule solution, la grève !

Alors en mars ce fut l’exaspération. Des débrayages d’une heure ou deux puis la grève des heures supplémentaires, des week-ends et des jours fériés a été décidée à l’appel de leur syndicat, le SETC. Du côté patronal, toute une campagne diffamatoire a été menée, bien relayée par les médias : les dockers feraient perdre 300 000 euros par jour aux armateurs et mettraient à mal la relance de l’économie nationale. Ils gagneraient 5000 euros par mois (le salaire minimum au Portugal est de 500 euros), alors de quoi se plaignaient-ils ? Sur un blog créé par des femmes de dockers — Hà flores no cais (Des fleurs sur les quais) —, elles révélaient les vrais revenus de leurs compagnons : 1200 euros par mois pour les titulaires, 500 euros en moyenne pour les précaires (700 euros dans les « bons mois », moins de 200 euros bien souvent). Convoqués par SMS une heure avant la prise de service, payés 50 euros la journée de 8 heures, payés 8 euros de plus la vacation s’ils acceptaient de la doubler.

Pressions et manœuvres des associations patronales sont allées de pair avec cette campagne mensongère : tentatives de casser la grève grâce à la Porlis et à un syndicat jaune créé de toutes pièces en novembre 2015 avec des adhérents fantômes, annonce d’un licenciement collectif le 23 mai puis le 24 mai, intervention des forces de l’ordre pour évacuer des containers bloqués sur le port. Mais les dockers ont tenu bon et un préavis de grève totale était déposé pour le 27 mai, une manifestation commune avec les dockers des ports de Setubal et Figueira da Foz programmée pour le 16 juin.

Franche reculade des autorités et des associations patronales

Le gouvernement a donc été forcé de convoquer une négociation en urgence. Malgré un discours assez corporatiste du syndicat des dockers sur le manque de formation des travailleurs précaires, l’exigence de les embaucher et titulariser était bien l’une des principales revendications.

La menace de licenciement collectif a été levée, un nouveau contrat collectif de 6 ans négocié pour les titulaires avec des augmentations pour les plus petits salaires, 15 dockers de la société d’intérim Porlis devraient être embauchés en CDI à l’AETPL ainsi que 23 autres travailleurs précaires dans les six mois et 50 autres dans les deux ans. Les travailleurs pourront également refuser les heures supplémentaires qu’on leur imposait sous la menace.

Cette victoire inspire désormais des travailleurs d’autres secteurs touchés par la précarisation croissante du travail, ceux des centres d’appel, des banques, de l’aéroport et même des assistants sociaux dont les syndicats ont appelé à se joindre à la manifestation du 16 juin si elle est maintenue. Avec comme mot d’ordre la lutte contre la précarité.

6 juin 2016, Anne HANSEN

Principales sources : articles d’avril et mai des journaux O Publico, Avante, blogs du syndicat des dockers « O estivador » et de leurs compagnes « Hà flores no cais ».

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article