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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 126, mai 2019 > Leur monde merveilleux : licencier pour faire travailler plus

Leur monde merveilleux : licencier pour faire travailler plus

« Mais quelle idée de faire discuter en ce moment des licenciements. Au moment même où le gouvernement nous dit que la croissance repart, que la France est le pays qui reçoit le plus d’investissements étrangers industriels. Imaginez-vous, le chômage est passé de 9,6 % en juillet 2017 à 8,8 % en janvier 2019. Vous vouliez de l’inversion de la courbe du chômage : vous l’avez eue !

Et puis tout cela ne tombe pas du ciel, c’est grâce à la flexibilisation du marché du travail. Aux lois El Khomri, aux ordonnances Macron, qui ont permis de libérer les entreprises du carcan des contrats de travail trop rigides, des conseils de prud’hommes trop sévères et des règles liberticides empêchant les patrons de licencier. »

Ces discours passent en boucle sur les plateaux télé. Des économistes, des experts, des ex-ministres, tous nous ressortent leurs vieilles salades, depuis plus de 30 ans.

Restructurations, fermetures d’usines et autres vagues de licenciements

Pourtant une nouvelle vague de licenciements se profile. L’automobile est un des secteurs les plus touchés. Il y avait déjà eu ces dernières années l’usine de pneus de Continental, puis celle de Goodyear, l’usine PSA d’Aulnay, etc...

Il y a maintenant l’usine de boîtes de vitesses Ford Blanquefort, les sites PSA de Saint-Ouen et Hérimoncourt, menacés de fermeture, ainsi que des menaces de suppressions d’emplois aux fonderies du Poitou, à l’usine Bosch de Rodez, à l’usine Delphi de Blois. Mais également dans d’autres secteurs industriels : le fabricant de papier Arjowiggins, la fonderie Ascoval, l’usine de General Electric à Belfort. Et de nombreuses menaces dans le commerce : Castorama et Conforama (2 800 emplois supprimés), restructurations chez Carrefour, fermetures de magasins Leader Price ou la cession de Casino.

Nous n’en sommes pas à la situation de 2009 où la chute des ventes automobiles avaient permis au patronat de justifier 50 000 suppressions de postes mais la situation ressemble à celle de 2013, année de l’annonce de la fermeture de PSA Aulnay.

C’est donc cela le monde merveilleux du plein-emploi selon Emmanuel Macron.

Avant de prétendre inverser la courbe du chômage, ils avaient déjà inversé le sens des mots : un plan de sauvegarde de l’emploi pour licencier, une gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC) pour supprimer des milliers de postes chaque année, un crédit d’impôts compétitivité-emploi sans aucune contrepartie en termes d’embauches… Au contraire : Carrefour, Casino et Auchan ont touché 522 millions d’euros d’aides en 2018 (dont CICE), alors qu’ils supprimaient dans le même temps plus de 10 000 emplois.

Mais il ne suffit plus de tordre la sémantique, il faut aussi inverser la logique. Leur mot d’ordre : « pour baisser le chômage, il faut pouvoir licencier plus facilement ». Des balivernes qui ne trompent aucun travailleur à l’emploi menacé.

Les salariés qui se battent contre ces plans n’ont pas seulement à se méfier de ceux qui les licencient. Ils doivent aussi se méfier de ceux qui disent les défendre mais qui tentent de trouver d’autres coupables que les capitalistes : « la faute des travailleurs détachés qui arrachent le pain de la bouche des Français, la faute des ouvriers chinois qui volent nos emplois, la faute des écologistes qui veulent tuer la filière Diesel… ». Comme si les travailleurs devaient s’allier à leurs patrons français pour sauver leurs emplois, s’associer aux industriels de l’automobile pour freiner les normes de dépollution, voter pour les politiciens xénophobes pour se protéger de la concurrence étrangère.

Il n’y a rien à attendre de ces solutions mensongères, sinon la division de notre propre camp social. Les travailleurs ne doivent compter que sur leurs propres forces pour imposer un programme de luttes. L’exemple de la « crise » du Diesel est à ce titre symptomatique (comme celui de Ford-Blanquefort).

Lucien Massa

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