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Les élections sont passées, mais la campagne politique LO-LCR doit continuer

1er juillet 1999 Politique

Les résultats des dernières élections européennes n’ont pas reflété de radicalisation particulière ni de poussée à gauche de l’électorat populaire, ni sanctionné la politique du gouvernement Jospin. Mais comme le disait Arlette Laguiller au meeting de bilan du Palais des Sports, le score LO-LCR n’en est que plus remarquable. Celui-ci, en effet, a confirmé le nouveau crédit politique dont bénéficie l’extrême gauche depuis les présidentielles de 1995 et les dernières régionales. L’alliance LO-LCR, qui a marqué ses meilleurs scores dans l’électorat prolétarien, est apparue comme une nouvelle force politique potentielle.

C’est l’élément nouveau de la vie politique. Il est désormais clair dans la conscience des travailleurs qu’un courant politique s’étant présenté sur un programme de classe, est aujourd’hui susceptible de contester effectivement la gauche gouvernementale. Tout le problème, dorénavant, est que ce nouvel espoir qui s’est exprimé nettement au sein de l’électorat ouvrier ne reste pas cantonné au terrain électoral, mais se concrétise sur le terrain de la lutte de classe et change la donne au sein du mouvement ouvrier.

Tout le problème est de savoir si le mouvement trotskyste sera capable de faire en sorte que la gauche au gouvernement ne parvienne pas, comme dans les années 80, à démobiliser et démoraliser les travailleurs par les différents canaux dont elle dispose au sein des appareils réformistes. Si nous serons capables de mener une politique permettant aux travailleurs et aux militants les plus combatifs, les plus conscients, de reconstituer leurs propres canaux mobilisateurs et de ne plus s’en remettre aux directions des appareils traditionnels pour se préparer à la contre offensive indispensable contre le patronat et la bourgeoisie. Si le tandem de l’extrême gauche saura regrouper des travailleurs autour de son programme, celui-là même que nous avons défendu ensemble lors de la campagne électorale, au-delà de la seule influence militante de nos deux organisations.

Pour ce faire, LO comme la LCR en sont déjà convaincues, il ne suffirait pas de proclamer un nouveau parti. Ni même une forme de « fusion » de nos deux organisations. Le thermomètre électoral, justement, n’a pas montré cette radicalisation de l’opinion de l’électorat populaire qui aurait exigé de LO et la LCR d’offrir un cadre commun pour accueillir au sein d’une même organisation constituée des deux tendances, voire d’autres, les centaines ou milliers de nouveaux militants désireux de venir à nous. La situation n’en est pas là. L’addition des seules forces de l’extrême gauche n’est pas la réponse aux tâches de l’heure. En la circonstance, nous ne pouvons nous contenter de compter sur un afflux spontané de militants vers nous que nous offrions ou pas un cadre organisationnel commun.

Dans le même ordre d’idées, nous ne pouvons pas non plus nous contenter, à la suite du succès de notre campagne électorale, d’offrir l’image de bonnes relations entre nos deux organisations, ni de nous féliciter de notre complémentarité, en affirmant notre socle commun sans cacher ce qui nous sépare. Cela, c’est le minimum. C’est le fait acquis de cette année, de notre campagne commune et de son succès.

Il ne nous suffira pas non plus de constater le hiatus entre nos forces réelles et notre score électoral, ni de déplorer la faiblesse de nos forces militantes par rapport à ce que serait un véritable parti communiste révolutionnaire. A moins de penser que la situation ne nous autorise qu’à rester ce que nous sommes, et que le moins risqué est encore de se résigner à rester de petites organisations propagandistes, l’une se contentant de son indépendance quand l’autre est régulièrement tentée de servir de force d’appoint à des courants pas particulièrement révolutionnaires. Ce qui n’est pas exactement la complémentarité dont nous nous félicitons.

La tâche de l’heure, au-delà de ce qui nous sépare dans la façon de concevoir le futur parti révolutionnaire et les étapes de sa construction, est de continuer à mener une véritable politique commune qui, à court terme, permette au courant révolutionnaire de prendre toute sa place au sein du mouvement ouvrier et d’avoir prise sur les luttes à venir et leur préparation. C’est là où nous serons susceptibles d’acquérir un crédit qui dépasse cette fois l’impact de nos scores électoraux. C’est là où nous aurons la possibilité de constituer un véritable pôle politique et de vérifier réellement nos conceptions respectives quand elles divergent.

Le contenu de cette politique commune, il existe déjà : c’est celui que nous avons défendu en commun pendant la campagne électorale.

II s’agissait non d’un simple programme électoral, mais d’un programme destiné à définir les objectifs à mettre en avant dans les luttes à venir de la classe ouvrière, les mesures d’urgences qu’il faudra imposer pour enrayer la progression du chômage et de la misère, pour mettre un coup d’arrêt à l’offensive patronale.

Pour le défendre avec le plus de poids possible, il ne s’agit pas seulement d’en parler de façon propagandiste, chacune des deux organisations de son côté, dans le cadre de nos activités habituelles respectives. Ce serait en dessous des possibilités que l’audience de la campagne électorale et notre score nous ont données.

Il s’agit de continuer à mener ensemble une campagne politique, hors élections, s’adressant à l’ensemble du monde du travail, sur ses problèmes immédiats et pressants, sur l’actualité du « plan d’urgence » et la nécessité de préparer le mouvement d’ensemble susceptible d’imposer ces mesures l’urgence.

Des échéances immédiates pour la classe ouvrière, il y en a déjà, contre les plans de licenciements qui n’arrêtent pas de tomber, contre la seconde loi Aubry qui doit être présentée au parlement cet automne, les attaques contre les retraites, etc. Cette seconde loi Aubry sur les 35 heures a fait momentanément grincer des dents aux dirigeants de la CGT, parce que, se plaignent-ils, Martine Aubry ne les a pas consultés sur le SMIC, sur l’abaissement du taux d’indemnisation des heures supplémentaires, sur les délais supplémentaires prévus pour les patrons, et qu’elle a annoncé directement le contenu de son projet de loi à la presse. Ils s’y rallieront probablement bien vite, comme ils se sont ralliés à la première, alliance gouvernementale exige. Mais le mécontentement de nombre de militants syndicaux va sans doute encore grandir. Les réactions locales à la mise en application des mesures de flexibilité prévues par les accords signés par les directions syndicales dans le cadre de la première loi vont continuer et sans doute se multiplier : à la SNCF, à la Poste, dans l’automobile ou ailleurs. Les occasions pour les militants révolutionnaires d’intervenir, dans et hors des syndicats, de se concerter, d’organiser des ripostes communes avec les autres militants de toute appartenance syndicales ou politiques, ne manqueront pas. Les interventions ponctuelles et locales de nos militants gagneront forcément à être relayées, renforcées par une campagne politique commune au niveau national.

Il nous faudra mener une campagne sur la nécessité de faire converger les luttes, de préparer une lutte d’ensemble afin de créer un rapport de forces pouvant imposer au gouvernement la création massive d’emplois dans les services publics au lieu de subventionner le patronat, l’interdiction des licenciements, la levée du secret commercial et bancaire, et toutes les mesures d’urgence nécessaire à la sauvegarde des travailleurs.

Une telle campagne politique pourrait se mener à différents niveaux et dans plusieurs directions :

  • Conduite d’une campagne politique classique avec meetings, réunions publiques, tracts, affiches, brochures des deux organisations ;
  • organisation de rencontres militantes ouvertes à tous les militants et sympathisants révolutionnaires, communistes, socialistes, syndicalistes, travailleurs combatifs sans étiquette politique ou syndicale, qui ressentent la nécessité de trouver les moyens et les objectifs d’une éventuelle riposte de classe ; rencontres qui pourraient être organisées, en fonction de nos forces, à l’échelle de l’entreprise, de la localité, comme de la région ou de la branche, voire à l’échelle nationale ; rencontres à l’organisation desquelles d’autres groupes ou militants révolutionnaires pourraient être associés, là où ils existent, notamment ceux qui ont fait campagne pour la liste en affirmant leur accord avec les grandes lignes du « plan d’urgence » ;
  • adresse aux organisations se réclamant du mouvement ouvrier et de la défense des exploités, partis, notamment le PCF, syndicats et associations pour les inviter à prendre part à et développer cette campagne pour le plan d’urgence et la riposte d’ensemble.
  • organe de presse commun éventuel servant de support à cette campagne

Ces différents points résument le contenu et le cadre commun d’une telle campagne politique. Son succès n’est pas garanti, bien sûr, et il est encore moins possible d’en prévoir les différents développements. Mais certaines conditions sont aujourd’hui réunies pour qu’elle nécessite d’être tentée : notre audience électorale et l’attente qu’elle suscite chez les travailleurs qui n’ont plus confiance en la gauche traditionnelle ; la quête de perspectives chez les militants ouvriers qui veulent combattre les mesures gouvernementale et n’entendent plus se laisser démobiliser par les appareils bureaucratiques ; la nécessité objective de préparer le mouvement ouvrier à une riposte d’ensemble de la classe ouvrière sous peine de connaître une nouvelle phase de démoralisation politique.

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