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Les damnés de la rue

29 décembre 2020 Article Politique

« Plus de femmes et d’hommes dans les rues » d’ici la fin 2017 avait promis Macron… dans le monde d’avant ! Il s’était repris ensuite en expliquant qu’il parlait à l’époque des demandeurs d’asile. Mais en cette fin d’année 2020, des centaines de migrants dorment encore dehors en Île-de-France, avec les milliers de sans-abris qui subissent le froid hivernal.

« Personne à la rue » ?

Le préfet de Paris, Didier Lallement, a bien compris le message présidentiel : dès que des migrants posent leur tente ou leur sac de couchage dans les rues de la capitale, il envoie ses flics détruire les campements. C’est ainsi qu’ils ont brutalement évacué les centaines de migrants qui dénonçaient leur abandon en occupant symboliquement la place de la République, le 23 novembre dernier. Ces flics n’hésitent pas à se montrer violents lorsqu’ils sévissent devant des journalistes, on imagine de quelle brutalité ils font preuve pour chasser les migrants des rues parisiennes quand celles-ci sont vidées par le couvre-feu.

Alors que la région Île-de-France accueille la moitié des demandeurs d’asile du pays et que la moitié à peine ont accès à un hébergement, l’État prévoit seulement de les envoyer en province. Les promesses de quelques moyens supplémentaires pour l’hébergement d’urgence, annoncées sous la pression des associations qui assistent au quotidien ces damnés de la rue, ne sont prévues que pour le deuxième trimestre 2021 ! Il faudra patienter de longs mois avant que certains puissent espérer en bénéficier, et parvenir à passer l’hiver.

Invisibiliser, pourchasser, dissuader

En attendant, Didier Lallement et ses brutes s’acharnent à rendre les migrants invisibles en les chassant toujours plus loin en banlieue. Loin des caméras des journalistes, loin de leurs proches, loin des structures d’aides et des administrations où ils doivent effectuer des démarches. Dans des conditions toujours plus difficiles. Car l’objectif du gouvernement n’est pas seulement de « cacher la misère ».

En harcelant ainsi les demandeurs d’asile, ils veulent aussi faire passer un message à ceux qui risquent leur vie en quittant leur pays en quête d’un avenir meilleur : ils ne sont pas les bienvenus dans la France de Macron et de Lallement. D’après le ministère de l’Intérieur, un demandeur d’asile sur trois bénéficie des dispositifs d’accueil – et avant tout d’un toit. Les camps dans lesquels se regroupent les migrants pour survivre résultent donc d’une politique délibérée qui consiste à sous-doter les structures censées les héberger, pour les pousser à la rue et les en chasser régulièrement. Une manière parmi d’autres de fermer les frontières, en rendant la vie impossible aux immigrés.

Pauvres d’ici et d’ailleurs, même combat

Pourtant il y aurait largement de quoi héberger dignement tous ceux qui se retrouvent à la rue, qu’ils soient immigrés ou pas. D’abord en réquisitionnant les logements vides, destinés à la spéculation immobilière ou aux locations de luxe de type « Airbnb », qui pullulent à Paris. Mais aussi les immeubles de bureaux, dont les constructions sont dopées par les aides dont bénéficient les promoteurs et par la hausse continue du prix de l’immobilier, mais qui restent désespérément vides eux aussi, mais facilement réaménageables.

Au-delà de l’urgence, les moyens existent pour mettre un terme au mal-logement, cette plaie historique du capitalisme. Ils supposent d’arracher l’immobilier aux griffes du marché. Alors la société pourrait décider d’allouer les milliards nécessaires à la construction de logements collectifs, fonctionnels et économes en énergie. Pendant que l’État arrose le patronat de centaines de milliards sous couvert de plans de relance, rien n’est prévu pour les plus démunis, alors que le chômage et la pauvreté explosent avec la vague actuelle de licenciements.

Dans la sixième puissance économique mondiale, où les capitalistes se gavent de dividendes, il y a neuf millions de pauvres, deux millions de bénéficiaires du RSA et près de 300 000 personnes sans-abri. Pour Macron, la richesse ruisselle… vers le haut ! Et tant pis pour ceux d’en bas.

Le combat pour un logement digne ne pourra être mené que s’il l’est par toutes et tous, sans distinction de nationalité. Français ou immigrés, l’épée de Damoclès du mal-logement menace tous les travailleurs, au moindre accident de la vie. Pour le logement comme pour tous les besoins essentiels, les ressources existent. Elles sont aujourd’hui accaparées, dans les caisses du patronat. C’est là qu’on les prendra.

Rendez-vous le 2 janvier à la Marche des réquisitions, à Paris ! (14h30, Métro Rue du bac)

Hugo Weil

(Photo : copyright : Photothèque Rouge /Martin Noda / Hans Lucas.)

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