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« Le temps des ouvriers – Une histoire des ouvriers européens »

Documentaire de Stan Neumann

26 avril 2020 Article Culture

« Le temps des ouvriers – Une histoire des ouvriers européens », de Stan Neumann

Documentaire en 4 épisodes de 55 minutes

Diffusion sur Arte le 28 avril à 21 h et en replay jusqu’au 26 juin 2020.


Résumer plus de trois siècles d’une histoire d’autant plus vaste qu’elle s’efforce de couvrir l’ensemble de l’Europe en « seulement » quatre heures : Stan Neumann s’est donné un défi pour le moins audacieux. Et l’on peut dire que son film se montre à la hauteur des attentes.

D’abord par la richesse et la variété des sources utilisées : des vieux chants de lutte, de différents pays, et superbement interprétés, des témoignages recueillis sur bande magnétique il y a presque 50 ans, et bien sûr, des photos et des films, d’où ont été écartées les images les plus connues, de sorte qu’on redécouvre souvent ce qu’on croyait connaître. Des animations expliquent de manière vivante, et ingénieuse, les rapports de production ou les effets de la mécanisation du travail, en particulier dans le premier épisode consacré à la naissance de la classe ouvrière en Angleterre et qui constitue un abrégé imagé du Capital de Karl Marx.

Ce documentaire est également très politique. Il y est question du chartisme anglais, ce mouvement qui revendiquait à la fois la journée de huit heures et le suffrage universel à une époque où les usines étaient des bagnes et où seuls les gens assez riches pour payer des impôts étaient citoyens. On comprend le rôle de la Commune de Paris et de la révolution russe d’octobre 1917 en Russie comme étapes dans la tentative par la classe ouvrière de résoudre radicalement les problèmes posés à toute l’Humanité par le capitalisme.

À noter que l’auteur ne confond pas l’histoire des ouvriers avec celle des syndicats ou des partis politiques qui se sont constitués comme leurs porte-parole… en étouffant dans leur histoire mouvementée bien des voix dissidentes – ou en essayant.

Le documentaire s’appuie sur des interventions d’universitaires – qu’on voit à l’écran – et les conseils d’un autre qu’on ne voit jamais : l’auteur de l’Histoire des ouvriers en France au xxe siècle, Xavier Vigna [1]. Parmi ceux-ci, on trouve bien sûr des historiens – de plusieurs pays – mais aussi des anthropologues, car il ne s’agit pas de se fier uniquement aux textes, surtout pour les périodes où l’immense majorité des ouvriers sait à peine lire et encore moins écrire. Enfin, pour rappeler que bien des aspects de cette histoire restent d’actualité, l’auteur intercale ici et là les témoignages de travailleurs contemporains, retraités ou en activité, sur leur expérience du travail, des relations avec leurs collègues et camarades.

C’est toutefois sur la question de l’actualité de la classe ouvrière, dans le quatrième et dernier épisode, que les révolutionnaires restent sur leur faim. L’intitulé « le temps des destructions » résume bien le problème. Stan Neumann semble tenté de conclure son ouvrage par l’enterrement de cette classe dont les luttes passées sont maintenant recouvertes du vernis – ou de la poussière, c’est selon – de l’histoire. Contre ce poncif, bien discutable, il aurait sans doute fallu en conclusion sortir d’Europe pour apercevoir la fantastique croissance du prolétariat à l’échelle du monde. Et relativiser les ravages de la « globalisation » ou de la « mécanisation » : le premier épisode montre très justement comment la première classe ouvrière travaillant à domicile a été laminée par le passage à la fabrique induit par la machine à vapeur.

Mais ne boudons pas notre plaisir : il y a bien longtemps qu’on attendait un documentaire aussi précis et intelligent sur un sujet d’ordinaire invisible dans les médias. Avec pas mal de trouvailles poétiques et suggestives, autour de ce « temps » si lourd de sens – temps qui passe au rythme obsédant et irrémédiable de l’horloge, temps qui pèse pour l’ouvrier à la chaîne qui compte les minutes voire les secondes, le temps qui est de l’argent pour les patrons, enfin et surtout le temps de vivre – et de vivre tout à fait autrement – qui reste un des objectifs de l’immense classe prolétaire mondiale, une fois débarrassée de l’esclavage salarié.

Mathieu Parant


Diffusion télévisée mardi 28 avril de 21 heures à 0 h 55 sur Arte.

Visible en replay dès maintenant jusqu’au 26 juin.


[1Paru en 2012 aux éditions Perrin. Chroniqué sur notre site à cette adresse.

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