Le seul Non qu’ils craignent, c’est celui de la colère sociale
23 mai 2005 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Si le Non l’emporte dans les urnes dimanche prochain, ce sont « de longs mois de crise économique » qui nous menacent, a clamé Raffarin. Comme si, avec ses 20 millions de chômeurs, l’Union européenne n’était pas déjà l’Europe de la précarité et du chômage. Constitution ou pas. Une Europe patronale dure aux salariés et aux plus pauvres, grâce aux Raffarin d’ici et d’ailleurs comme à ses prédécesseurs socialistes en France, qui ont amplement subventionné les licencieurs et déjà démantelé les services publics ou réduit leurs effectifs.
De leur côté, Le Pen et de Villiers mènent une propagande xénophobe pour le Non, à laquelle le ministre de l’intérieur, de Villepin, qui fait campagne pour le Oui, réplique sur le même terrain en annonçant un renforcement de la chasse aux immigrés sans-papiers. Sarkozy en rajoute en proclamant que son Oui à lui est un Non à la Turquie. Belle Europe sans frontière qu’ils nous promettent !
Quant au « socialiste » Fabius, il plaide pour le Non histoire de faire oublier la politique anti-ouvrière qu’il a menée lorsqu’il était premier ministre. Il se voit déjà président de la République en 2007... pour reprendre cette politique.
En fait, au-delà des batailles carriéristes entre politiciens à son service, le patronat se fiche pas mal de la constitution européenne. Le journal patronal Les Echos, est parfaitement serein : « la plupart des économistes considèrent qu’un « non » serait sans conséquence sur la situation économique de la France », écrivait-il en fin de semaine dernière. Bref, le monde des politiciens s’excite, et la Bourse reste zen.
Pourquoi s’affolerait-elle ? Pour un texte taillé à la mesure des patrons mais ni plus ni moins que le traité de Nice, sous le régime duquel fonctionnent et fonctionneront encore pendant au moins un an les institutions européennes, même si le Oui passe ? Pour les amendements dérisoires qu’un Fabius se propose d’y apporter si le Non passe et si c’est lui qui remplace Chirac en 2007 ?
Le patronat sait qu’il n’a rien à craindre de lui. Pas plus qu’il n’a à craindre les Emmanuelli ou Mélenchon, eux aussi anciens ministres socialistes qui ne cherchent qu’à redorer leur blason. Quant au Parti communiste dont Marie-George Buffet mène la campagne pour le « Non de gauche », il n’espère que le retour au pouvoir de cette gauche-là pour se ranger à nouveau derrière le PS en échange de quelques postes de ministres.
Le référendum de dimanche prochain n’a, dans le fond, pas grand-chose à voir ni avec l’Europe, ni avec le texte insipide qu’on nous a envoyé à domicile et sur lequel, comme sur toute constitution, les patrons sont prêts à s’asseoir quand ça les arrange.
Chirac espérait compter sur l’approbation du Parti socialiste pour se payer un Oui facile. Mauvais calcul, peut-être. L’impopularité de sa politique pourrait lui valoir une déconvenue dans les urnes. Mais ce n’est pas cela qui le contraindra à changer de politique, pas plus que la défaite électorale de la droite aux élections régionales de l’an dernier ne l’en a fait changer. Et le Non à sa politique anti-ouvrière se mêlera dans les urnes, c’est la règle de ce jeu faussé, à celui des Le Pen et de Villiers. Ce Non qu’on nous dit « de gauche » servira surtout aux vieux chevaux de retour de la gauche gouvernementale. Ils s’empresseront de nous demander, derrière Fabius plutôt que Hollande, mais qu’importe, d’attendre sagement 2007 afin de les ramener au pouvoir... pour la même politique.
Mettre un coup d’arrêt aux attaques du patronat contre la classe ouvrière ne se fera pas dans les urnes. Que les travailleurs veuillent se saisir du scrutin de dimanche prochain pour dire Non à Chirac, qu’ils préfèrent s’abstenir de jouer à ce jeu truqué d’avance, ou même que certains se rabattent sur le Oui, en espérant ainsi se prononcer pour l’abolition des frontières, tous doivent se préparer aux choses sérieuses : nous mobiliser tous ensemble, faire converger nos luttes, pour faire vraiment trembler patrons et gouvernants, pour renverser enfin le rapport de force.


Réactions à cet article
1. > Le seul Non qu’ils craignent, c’est celui de la colère sociale , 28 mai 2005, 23:33
Phraséologie ultra-révolutionnaire doublée de positions objectivement social-traître, vous incitez implicitement à l’abstention, vous participez à campagne pour le oui opérée par la bourgeoisie européenne impérialiste :
Excellent article trotskiste, typiquement « ni-ni » (ni bombardement ni épuration ethnique, ni chirac ni le pen, ni bush ni saddam, ou depuis Trotski lui même, ni guerre ni paix, ni scission ni unité, etc !) ...purisme qui n’a rien à voir avec un vrai travail communiste et révolutionnaire, tenant compte des étapes du développement des luttes.
Vos articles sont an-historiques et peuvent s’appliquer à tout, preuve que le trotskisme est plus proche de l’idéologie politique de Babar que de celle de Marx et Lénine !
Merci encore !
En attendant j’irai voter non !
Guillaume
Réagir à ce message
1. > Le seul Non qu’ils craignent, c’est celui de la colère sociale , 3 juin 2005, 19:09
Si j’ai bien compris Guillaume, qui n’est pas un « ni-ni », la politique authentiquement révolutionnaire aurait consisté à réclamerle bombardement de la Serbie(censé empêcher l’« épuration ethnique »), à appeler à voter Chirac (ultime rempart contre l’extrême droite), à soutenir Bush (censé apporter la démocratie en Irak).
Je préfère m’abstenir... de commentaires !
Meslay
Réagir à ce message
2. > Le seul Non qu’ils craignent, c’est celui de la colère sociale / La colère sociale passe par le NON , 26 octobre 2005, 13:18, par Zamo
Je ne suis ni d’accord avec Guillaume, ni avec Meslay.
Appeler à voter Chirac était une ânerie transgressant le clivage de classe. Soutenir la guerre en Irak pour s’opposer à Sadam est une boucherie inadmissible. Prôner le bombardement pour s’opposer à l’épuration ethnique est une connerie sans nom. Certes, de la même façon que soutenir le capitalisme pour s’opposer au stalinisme est vraiment crétin.
Mais, là où je ne suis pas d’accord avec Meslay, c’est que je pense que c’était vraiment une grosse ânerie de ne pas faire campagne pour le NON de gauche. En effet ce NON contenait une forte dynamique unitaire de classe, et il est par conséquent surprenant qu’une fraction révolutionnaire qui refuse le sectarisme n’ait pas participé à cette campagne unitaire de classe. Tandis que bombarder est criminel, voter non n’a rien d’anti-prolétaire. Ajoutons enfin qu’on aurait été bien dans la merde si le OUI l’avait emporté : je vois mal comment construire un parti ouvrier révolutionnaire quand le peuple vote oui aux traités libéraux.
Réagir à ce message
1. par où passe la colère sociale , 10 novembre 2005, 19:37, par Tony
La colère sociale est passée par le « non », mais elle n’en est pas ressortie renforcée. En se moment, elle passe par l’incendie des voitures dans les banlieues...
Le « non », Zamo, contenait « une forte dynamique unitaire de classe » ? Il y a eu effectivement une forte dynamique qui, pour obtenir la majorité, devait réunir environ 70% de gauche du « non » et extrême gauche, à quelques 30% de De Villieristes et extrème droite ! Une forte dynamique, oui, mais pas une dynamique « de classe ».
Dans cette situation, il fallait débrouiller les choses, expliquer, sans participer à cette campagne anti-gouvernementale ambigüe.
Tu as raison : voter « non » n’avait rien de criminel ou d’anti-prolétaire. C’est pour cela que la Fraction a pris soin de ne pas faire campagne contre le vote « non ».
Réagir à ce message