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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 105, avril-mai 2016

Le lycée des décrocheurs en visite à la coord : Le Rameau d’Or

La première coord’ inter-facs parisienne aurait dû se tenir à Tolbiac le 17 mars... mais le lock-out, mais les CRS, mais la répression... Alors direction Jussieu... lock-out. Irréductibles, les étudiants se sont rabattus sur l’École normale supérieure, rue d’Ulm, où se sont réunis les représentants des universités de la région parisienne.

Les lycéens de Lazare-Ponticelli (Paris 13e) – jeunes décrocheurs scolaires qui connaissent souvent des conditions sociales et personnelles difficiles – ont rendez-vous à Jussieu [1]. Ils savent le lock-out de Paris 1, mais ignorent encore celui de Paris 6. Ils arrivent à 12, contemplent les foules mécontentes amassées devant les grilles closes de l’université. « Ah ouais, on est d’la baise ! On va faire comment ? ». Dernières cigarettes, puis direction l’ENS, à pied, par le Quartier latin.

Stratagème

En arrivant, le téléphone sonne beaucoup et les quelques mots qu’on y murmure à voix basse ressemblent à des secrets. Il faut passer par l’entrée principale où la sécurité est sur le pied de guerre. Des dizaines de gens attendent de rentrer. Notre contact nous indique un stratagème : nous faire passer pour l’auditoire d’une conférence intitulée « le Rameau d’Or ».« Bonjour Monsieur, nous sommes le lycée Lazare-Ponticelli et venons assister à une conférence sur l’histoire de l’art : « le Rameau d’Or » » ­– « Désolé Monsieur, mais j’ai des directives. Seules les personnes munies d’un badge peuvent passer. » – « C’est fâcheux ! Nous risquons tous deux de nous faire taper sur les doigts. » ­– « Euh... je ne peux vraiment pas. Attendez pour le moment. » Les lycéens étouffent leurs rires, nerveux à l’idée que la supercherie soit révélée.

« LES ÉLÈVES DU LYCEE LAZARE-PONTICELLI, tonne-t-on dans la foule, VOUS VOUS RANGEZ LE LONG DU MUR. NOUS AVONS PERDU ASSEZ DE TEMPS ! » Une étudiante sort, un porte-bloc à la main. ­– « Les gens qui viennent assister au Rameau d’Or (...) » – « Ah ! Enfin. » – « Euh... vous venez pour la conférence ? », nous lance-t-elle, laissant apparaître un petit sourire incrédule. ­– « Absolument ! » – « Vous vous êtes mis sur la liste Facebook ? » – « Tout à fait. » — « Mais dans les « sûr » ? Ou dans les « peut-être » ? » – « Dans les « peut-être » il me semble. » – « Mmm... C’est bon, laissez-les entrer ».

À la recherche de l’assemblée

Nous entrons. En file indienne, nous évoluons dans les coursives à la recherche de l’assemblée. Nous ne trouvons pas et craignons d’être pistés. Nous passons une porte et nous retrouvons dans un petit espace, sans lumière. La situation est grotesque et excitante. « Chut ! On est pas arrivés jusque-là pour se faire cramer. » Dix minutes plus tard, nous sommes conduits jusqu’au réfectoire. Les étudiants sont en séance, concentrés.

Après deux heures de discussions, les étudiants de l’Unef se lèvent comme un seul homme et s’en vont. « C’est pas démocratique ! » lâche l’un d’eux. « Au revoir l’Unef ! » répond une étudiante. Les débats ne reprennent que quelques minutes. L’alarme incendie sonne. « Ah, ça, c’est l’Unef » informe un copain. Les élèves se lancent des regards effarés, secouent la tête, désapprouvent. « C’est une coutume chez eux », explique-t-il. Un quart d’heure après, les discussions reprennent sur un sujet plus concret : la rédaction d’un communiqué. Les six lycéens encore présents sont ravis. Le communiqué est rédigé et personne n’y redit. La séance est applaudie. Il ne reste plus qu’un lycéen au bout des cinq heures.

Le lendemain, chacun raconte l’histoire à sa manière. Certains sont marqués par la manœuvre d’infiltration, d’autres par l’attitude de l’Unef. Les lycéens reprennent les termes qu’ils ont appris la veille, s’essaient à des analyses politiques. À l’assemblée générale, le ton a changé ; les lycéens se sont enhardis, ont gagné en témérité ; l’heure est désormais aux débats et aux prises d’initiatives.

10 avril 2016, Correspondant


[1Les lycéens de Lazare-Ponticelli s’étaient mobilisés dès le 8 mars et avaient participé à la manifestation du 9 mars, tout en s’organisant en assemblée générale et en un comité de mobilisation. Voir notre article « Lycéens précaires, lycéens solidaires ! », dans Convergences révolutionnaires n°104.

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