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Accueil > Éditos L’Étincelle > 2021 > mars > 8

Le gouvernement s’en prend aux chômeurs : quoi qu’il en coûte… mais pour qui ?

Covid oblige, le gouvernement avait renoncé à appliquer la réduction des allocations chômage prévue au 1er avril 2020. Mais Élisabeth Borne, la ministre du Travail, a annoncé que la réforme de l’assurance-chômage entrera en vigueur dès le 1er juillet. Pas la partie qui pénaliserait les patrons abusant du travail précaire, repoussée à 2022, autant dire aux calendes grecques en cette année électorale. C’est le montant des allocations qui baisserait.

Le gouvernement contre la précarité ou contre les précaires ?

Le gouvernement prétend que cette réforme servira à lutter contre les chômeurs qui « profitent » du chômage. Comme si c’était un choix d’être au chômage, surtout dans le contexte actuel ! Selon l’Unédic, 840 000 personnes (38 % des allocataires) connaîtraient ainsi une baisse d’indemnisation, de 20 % en moyenne, et cela pourrait aller jusqu’à des montants divisés par deux pour certains. Pour une personne ayant eu deux CDD de trois mois payés au Smic sur les 24 derniers mois, les allocations passeraient de 975 euros à 659 euros. Le salaire journalier de référence utilisé pour calculer les allocations prendra en compte les périodes d’inactivité, alors que, aujourd’hui, seules les périodes salariées sont prises en compte. Les demandeurs d’emploi alternant contrats courts et inactivité seraient les premiers pénalisés.

Une réforme qui n’a rien à voir avec la lutte contre la précarité

Les patrons sont responsables du chômage : en 2020, 360 000 emplois ont été détruits, rien que dans le privé. Le nombre de chômeurs devrait encore augmenter avec la fin des dispositifs de chômage partiel. Même Antoine Foucher, ex-directeur de cabinet de la ministre du Travail et l’un des principaux artisans de la réforme en 2019, reconnaît que ce n’est pas le moment d’appliquer la réforme et que « les demandeurs d’emploi concernés vont avoir un lourd sentiment d’injustice ».

Si le gouvernement voulait réellement combattre la précarité, il s’en prendrait à ceux qui utilisent les subventions publiques pour moderniser leurs installations et licencier. À ceux qui embauchent en CDD à répétition, ou en intérim, au lieu de créer les emplois fixes nécessaires.

Mais le malus prévu dans ce dernier cas sur les cotisations chômage est reporté en 2022 et les activités fortement touchées par la pandémie sont de toute façon sorties du dispositif.

Cette réforme devrait rapporter aux caisses moins d’1,3 milliard d’euros par an. À comparer aux 17,4 milliards de déficit de l’Unédic en 2020 du fait du financement du chômage partiel. Et au total, fin juillet 2020, des 470 milliards mobilisés pour venir en aide aux patrons, auxquels s’est ajouté un plan de relance de 100 milliards en septembre. Alors, pourquoi cette annonce soudaine d’une réforme qui ne rapportera qu’une goutte d’eau aux caisses mais va enfoncer un peu plus dans la misère les plus précaires ?

En s’en prenant aux chômeurs, qui seront poussés à accepter des contrats à n’importe quel prix, même mal payés, même avec des conditions de travail déplorables, le gouvernement fait pression à la baisse sur les conditions de travail de l’ensemble des travailleurs.

Les véritables urgences

La véritable urgence en ce moment, ce serait de renforcer les filets de sécurité pour protéger les travailleurs de la crise.

  • Il faudrait déjà interdire tout licenciement.
  • Ensuite, personne ne devrait vivre avec moins de 1 500 euros par mois : c’est le montant minimum que le gouvernement alloue à tous les propriétaires de bars et restaurants. Pourquoi ce qui est bon pour ceux-là ne le serait-il pas pour les travailleurs privés d’emploi ?

Les patrons ont commencé leur offensive en licenciant, le gouvernement la poursuit en réduisant les allocations chômage. Et quoi demain ? La baisse de tous les salaires, la suppression du Smic ?

Est-ce que cette réforme sera la réforme de trop, celle qui nous mettra en colère et les contraindra à cesser leurs attaques ? On ne peut que l’espérer.

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