Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Autres archives > Les articles dans « Lutte de Classe » > 2002 > novembre > 20

La responsabilité de l’extrême gauche brésilenne après l’élection de Lula à la présidence

20 novembre 2002 Monde

Pour une grande partie de la presse française, la venue de Lula au pouvoir au Brésil est une victoire de la démocratie, de la gauche et même des travailleurs. Selon l’Humanité, « un vent d’espoir souffle sur l’Amérique latine  ». Elu président au deuxième tour avec plus de 61% des voix, l’ancien ouvrier métallurgiste, dirigeant du Parti des Travailleurs, suscite il est vrai énormément d’espoirs de la part des travailleurs, des chômeurs, des paysans pauvres et même de la petite bourgeoisie. Des millions de Brésiliens ont attendu plus de sept heures dans d’immenses queues sous quarante degrés de température et dans une ambiance survoltée pour voter Lula. Les manifestations populaires lors de sa victoire électorale ont illustré combien les petites gens veulent croire qu’il va les sauver, à un moment où le pays est frappé par une crise sans précédent, au bord de la catastrophe économique et sociale.

En dépit de l’image de syndicaliste et d’homme politique d’une gauche radicale qu’il s’est forgée depuis longtemps, Lula arrive au pouvoir ouvertement pour aider la classe dirigeante à résoudre ses problèmes et pas du tout pour résoudre ceux des exploités, des opprimés et des pauvres. Après le résultat du premier tour, une représentante du PT expliquait sur la radio française RFI que Lula allait avoir une lourde tâche pour faire accepter les sacrifices mais qu’il avait une grande capacité de dialogue… Cela signifie qu’il va mettre au service des patrons toutes ses possibilités au sein des mouvements populaires : dans le Parti des Travailleurs (PT) mais aussi dans le syndicat CUT ou dans le Mouvement des Sans Terre (MST). Lula appelle « tous les entrepreneurs, tous les syndicalistes, tous les ouvriers et tous les paysans à construire le pays. » Et comme il l’a dit lui-même, « la partie la plus difficile commence maintenant » car rien ne dit que les travailleurs, les chômeurs et les paysans pauvres se laisseront faire. Le Journal du Dimanche écrit : « Une fois Lula au pouvoir, des dizaines de millions de Brésiliens exigeront une politique de gauche et feront pression pour que leur nouveau président tienne ses promesses.  » Vrai ou pas, en tous cas la partie qui va se jouer pourrait être d’autant plus difficile que la contradiction est brutale entre les espoirs soulevés et la politique que Lula va mener au pouvoir. Rien ne permet cependant encore d’affirmer si sa mise en œuvre va soulever la colère et entraîner dans la lutte les plus démunis ou au contraire susciter le découragement des classes populaires.

Ce qui est certain en revanche, c’est que les travailleurs brésiliens et tous les exploités vont, plus que jamais, avoir besoin d’une organisation qui leur apporte une claire compréhension de la situation, leur trace des perspectives de lutte.

Pas de créneau pour une politique social-démocrate réformiste

Lula n’a pas uniquement obtenu les suffrages des classes pauvres. Et dans la campagne électorale il a bénéficié du soutien évident d’industriels et de politiciens centristes ou réactionnaires. Si la bourgeoisie la plus riche de l’Amérique Latine a dû, pour gouverner, faire appel au Parti des Travailleurs, qui est loin d’être un parti bourgeois classique, ce n’est certainement pas parce qu’elle s’est convaincue d’ouvrir davantage la démocratie au Brésil. Pas non plus de permettre aux travailleurs (ou même seulement à des syndicalistes) d’avoir une part du pouvoir. Cette bourgeoisie a une autre tradition : elle a eu plus souvent l’occasion de gouverner à l’aide de la dictature militaire et par la répression ouverte. Si elle est amenée à recourir à un parti d’origine aussi populaire – et même prolétarienne – c’est parce qu’elle a besoin de tout le crédit de celui-ci pour maintenir un relatif calme social dans le contexte de l’offensive contre les classes pauvres qu’elle entend mener.

Tous les partis bourgeois brésiliens ont usé leur crédit jusqu’à la corde. Ils sont discrédités par leurs mensonges, par leur corruption et par les sacrifices qu’ils ont imposés aux masses populaires sans parvenir à relever l’économie. Le dernier président en date, Cardoso, s’est particulièrement illustré en la matière, au nom de la lutte contre l’inflation. Résultat, la monnaie s’effondre dans des proportions impressionnantes : le dollar est passé de 1994 à aujourd’hui de 1 à 3,8 reals et la dette de 148 à 235 milliards de dollars. Un milliard de dollars quittent le Brésil chaque semaine. La crise économique sape les fondements de toute la société brésilienne. Les classes dirigeantes sont prêtes à tout essayer pour s’en tirer en la faisant payer aux exploités. L’économie brésilienne ne tient pour le moment que grâce à l’aide financière massive du FMI (un nouveau prêt de 30 milliards de dollars !), mais la remise de 80 % du chèque est conditionnée par de nouveaux sacrifices que le gouvernement Lula s’est engagé à imposer.

Lula a signé les engagements à l’égard du FMI et des financiers nationaux et internationaux qui saignent le pays, déclarant : «  L’accord avec le FMI peut laisser le pays respirer ». En réalité, il s’est engagé à l’étouffer pour faire en sorte que le budget de l’Etat serve essentiellement à payer la dette, en augmentant les impôts et en diminuant les dépenses, c’est-à-dire en s’attaquant aux services publics et aux budgets sociaux. Il va mener une politique anti-sociale, sans que rien n’assure pour autant que ce choix suffise à éviter au Brésil la même évolution catastrophique que son voisin l’Argentine.

Lula n’a pas cessé de faire des gestes en direction du patronat brésilien, de l’église et de l’armée pour convaincre la bourgeoisie qu’il est prêt à mener la tâche en question. Il a fait disparaître toute référence au socialisme de son programme de gouvernement. Il a choisi comme vice-président un grand patron du textile, José Alencar, président de la confédération du patronat dans l’Etat de Minas Gérais, lequel a soutenu le coup d’Etat militaire de 1964 et est lié à la secte maffieuse nommée Eglise universelle du royaume de Dieu… Il a récolté des applaudissements de parterres de patrons en leur annonçant des baisses de charges et même été acclamé lors d’une assemblée des officiers supérieurs de l’armée à laquelle il a fait de multiples promesses sonnantes et trébuchantes. Il promet aussi à l’Eglise la suppression de ses impôts. C’est ainsi qu’il obtenu au deuxième tour sinon directement au premier, le soutien de plusieurs partis bourgeois et même d’anciens chefs d’Etat.

Mais en même temps qu’il se montrait responsable vis-à-vis des intérêts capitalistes, Lula se devait quand même de susciter quelques espoirs. Son programme économique dans les dernières élections présidentielles ne prétend certainement pas s’attaquer à la bourgeoisie, ni locale ni impérialiste, mais Lula continue de laisser croire qu’il y aurait place au Brésil pour une politique réformiste au sein du système capitaliste. Il laisse entendre qu’avec l’aide de l’Etat, la bourgeoisie brésilienne va se mettre à investir dans la consommation populaire et, du coup, à embaucher massivement. Il a promis la création de milliers d’emplois, l’augmentation des salaires et la lutte contre la misère. En réalité, son programme de restrictions des dépenses de l’Etat, comme celui de ses prédécesseurs, ne mènera qu’à des licenciements massifs de fonctionnaires et à la dégradation des services publics.

Comme l’écrit le journal les Echos : « Les milieux populaires attendront de lui des mesures sociales. Mais il y a fort à parier que les efforts fiscaux qui seront demandés au pays devront d’abord financer les déficits existants. Quelle marge restera-t-il alors pour convaincre le peuple qu’un véritable changement a eu lieu ? »

Soit Lula parvient à faire accepter les sacrifices aux plus démunis en mettant au service de sa politique la centrale syndicale CUT et le MST, liés tous deux au PT, soit il n’y parvient pas et il usera de la répression. Dans un cas comme l’autre il aura servi la bourgeoisie. A condition que les travailleurs veuillent bien se laisser faire…

La situation économique et sociale ne laisse pas vraiment place au réformisme, moins que jamais pourrait-on dire. Les suppressions d’emplois et les baisses de salaires dans le secteur privé comme dans le public sont déjà en œuvre. En réduisant le budget, en licenciant et en baissant les salaires, il ne peut être possible de relancer l’économie brésilienne par la consommation.

Les questions sociales explosives ne manquent pas déjà dans ce pays où 1% de la population détient 53% des richesses, où 34% des 174 millions d’habitants vivent avec moins de 30 euros par mois (chiffres cités par l’Humanité). Cela se traduit déjà par des confrontations permanentes. L’entretien des forces de l’ordre qui répriment les pauvres, celles de l’Etat, mobilise un budget considérable. Sans compter les armées privées, les milices, les maffias, les bandes d’assassins des grands propriétaires terriens et les gardes des quartiers riches (400 000 gardes privés). Ces forces de répression détiennent déjà un triste record mondial : celui du nombre d’enfants pauvres assassinés. Et les militants des sans terre, les syndicalistes ou les militants du PT, comme de nombreux ouvriers et paysans, ont été aussi la cible des tueurs. Ce n’est pas « le dialogue » de Lula qui évitera les confrontations entre grands propriétaires et paysans sans terre, entre pauvres et gardes des quartiers riches ou des grands magasins.

A côté de la lutte des sans terre contre les grands propriétaires (1% des propriétaires détiennent 44% des terres et les 40% des paysans les plus pauvres n’en possèdent que 1% ), s’ajoute la question des indigènes qui réclament la restitution des terres qui leur ont été volées. En Amazonie, elle touche au sommet des forces armées, où des hauts gradés sont directement intéressés à l’exploitation de ces terres. Et Lula ne s’est jamais aventuré sur ce terrain. Il sera contraint de prendre parti et là aussi des confrontations sanglantes sont possibles. Reste aussi la question de l’esclavage, encore employé par des grands propriétaires terriens, en particulier dans les Etats de Para et de Mato Grosso.

Esclaves face aux exploiteurs esclavagistes, grands propriétaires terriens face aux paysans sans terre, travailleurs face aux patrons, riches des beaux quartiers face aux pauvres des favelas, ce qui se prépare ne ressemble pas au slogan « peace and love » de Lula ! En tout cas, les exploiteurs ne le laisseront certainement pas jouer les conciliateurs.

Les patrons de l’industrie veulent modifier la législation du travail pour flexibiliser l’emploi, les horaires et les salaires. Ils veulent licencier, imposer des « départs volontaires » et ils comptent sur Lula pour obtenir une caution syndicale. Les financiers internationaux veulent eux aussi des décisions rapides en leur faveur et menacent sinon d’aggraver encore la chute de la monnaie, d’accélérer la fuite des capitaux et la faillite du pays. Les USA entendent imposer leur politique économique au Brésil et son entrée dans le marché libre des Amériques, l’ALCA, dont le Brésil serait le principal fleuron. Dans tous les domaines, les classes dirigeantes comptent sur des décisions qui doivent être prises très rapidement. Lula ne pourra faire illusion bien longtemps. Enrique Iglesias, président de la banque interaméricaine du développement écrivait dans Le Monde du 1er octobre 2002 : « Je connais Lula (..) et je crois qu’il va faire une politique sérieuse »

Le parti (dit) des travailleurs

Né en 1980, le PT a suscité des espoirs dans la population travailleuse et chômeuse ainsi que chez les paysans pauvres, parce qu’il a une origine bien différente des multiples partis de la bourgeoisie brésilienne. C’est l’un des premiers partis ouvriers au monde et il organise politiquement la plupart des militants syndicalistes radicaux du pays. Il est né en se fondant essentiellement sur un courant militant au sein de la classe ouvrière brésilienne, courant à la fois syndicaliste, lié à la fraction « de gauche » de l’Eglise catholique (théologie de la libération) et à l’extrême-gauche (trotskyste, maoïste, castriste).

Le PT est né de l’industrialisation forcée, qui a vu le prolétariat brésilien quadrupler, et se concentrer (6 millions d’ouvriers industriels à Sao Paolo, au début des années 80), et de la lutte contre la dictature militaire. Des centaines de milliers d’ouvriers métallurgistes de la périphérie de Sao Paulo, nommée ABC, lancent une première vague de grèves en 1978 alors que celles-ci sont encore interdites. Les travailleurs apparaissent alors comme la seule force capable de s’opposer au pouvoir militaire. Ceux de l’ABC sont dirigés par un syndicaliste, Lula. Un meeting gigantesque est alors organisé dans un stade. Pour contraindre les travailleurs à abandonner la grève, le pouvoir fait arrêter Lula et interdire le syndicat des métallurgistes. Mais une campagne de soutien impose la libération de Lula.

Dès le début, Lula entend utiliser le crédit que lui donne la direction des grèves ouvrières. Il se tourne vers le parti de Fernando Henrique Cardoso (à l’époque sociologue ex-stalinien et actuel président). Lula est alors son porte-parole aux élections sénatoriales ! Les militants syndicalistes, qui se battent contre la bureaucratie des syndicats officiels, corporatistes et liés au pouvoir (la CUT ne sera fondée qu’en 1983), ressentent la nécessité d’un relais politique et voudraient ne pas servir de marchepied à des partis bourgeois. S’appuyant sur la montée des grèves, dès 1979 ils se sentent en mesure de fonder leur propre parti.

C’est au XI° congrès des métallurgistes à Lins (Sao Paulo) que l’idée d’un parti des travailleurs a gagné les cœurs et les consciences, dans l’enthousiasme des grèves des métallurgistes de Sao Bernardo, après leur victoire contre les multinationales de l’automobile et contre les militaires au pouvoir. La fondation du PT rencontrera le soutien des oppositions syndicales liées à l’Eglise. A l’époque l’église brésilienne marquée par la « théologie de la libération » n’a pas encore été remise au pas par le pape. Le PT bénéficiera également de l’appui des militants révolutionnaires, en particulier des trotskystes. Sa création va surtout se heurter à l’hostilité des syndicalistes liés aux partis staliniens et sociaux-démocrates.

Au début, le PT est un parti à direction très ouvrière. Les métallurgistes y sont nombreux. Entre 1979 et 1981, la moitié des membres des commissions sont des syndicalistes. Mais cela va changer : en 1988, sur 20 dirigeants il ne reste plus que 5 travailleurs, et qui ne travaillent plus depuis longtemps pour la plupart.

La transformation du PT est progressive et suit deux étapes fondamentales : l’arrêt de l’organisation des travailleurs au niveau de l’entreprise, et l’ancrage et la participation aux structures municipales puis fédérales. Ainsi jusqu’en 1983, le PT organise les travailleurs dans des « noyaux » par entreprises et convoque des réunions inter-entreprises nationales et locales. A côté d’une organisation par branches (imprimerie, métallurgie, poste, travailleurs des Banques), existait de forts noyaux dans des entreprises de construction mécanique comme Caterpillar, Monark, Volkswagen ou Mercedes. En 1983, avec la fondation du syndicat CUT, le tournant est pris et cette forme d’organisation politique déclinera. La participation à l’organisation syndicale et à la gestion, municipale ou fédérale, « professionnalise » la direction du PT : en 1997, 60% des délégués de la Rencontre Nationale sont des permanents (18% des parlementaires, 13% des conseillers municipaux, 8% des fonctionnaires à plein temps du pouvoir fédéral, 6% des permanents du PT, 2% des permanents de diverses tendances du PT, 9% des permanents du mouvement social...).

Avec la V° Rencontre Nationale en 1987, le PT va pratiquer un recentrage politique en prônant ouvertement une « alliance entre classes » qui va s’accompagner d’un tournant vers les classes moyennes et aussi d’un accroissement au sein du parti du poids des élus aux différents niveaux des institutions et d’un affaiblissement de celui des syndicalistes. La CUT se recentre également. Progressivement elle devient majoritaire – la CGT l’est encore en 1988 – et adopte des statuts interdisant les listes issues de la base, gênantes pour la direction, permettant ainsi à cette dernière de faire disparaître des oppositionnels des listes.

En France, Lula a été souvent présenté comme une garantie du caractère prolétarien du PT, un dirigeant d’une « gauche radicale » si ce n’est d’une espèce d’extrême gauche, même si les commentateurs ont petit à petit reconnu que le radicalisme de Lula devenait de plus en plus light. Mais il n’est pas réellement du côté des travailleurs depuis belle lurette, et il ne s’est jamais prétendu ni révolutionnaire ni communiste. Lula s’est par exemple illustré en refusant de s’associer aux manifestations populaires de 1992, lorsqu’accusant le président Collor de corruption, la population occupait les rues. Il avait alors exclu de son parti les militants qui lui avaient désobéi en participant à la mobilisation.

Dans de nombreuses luttes, les militants du PT mènent dans la centrale syndicale CUT une politique de conciliation avec la bourgeoisie, signant des accords contraires aux intérêts des travailleurs. Ce fut flagrant lors de plusieurs conflits dans l’automobile. Pour se faire passer pour un syndicat « constructif », la CUT a aussi signé un projet commun avec la Fédération des patrons de l’Etat de Sao Paolo sur la réforme des retraites. La CUT a également mis de l’eau dans son vin lors des négociations sur une réforme de la sécurité sociale.

Il est arrivé au PT et à Lula de se désolidariser de luttes menées par ses militants au sein de la CUT. Ainsi, quelques semaines avant l’élection de 1994, les employés de banque, les travailleurs de Pétrobras et les métallurgistes de Grand Sao Paulo ont débrayé à l’appel de la CUT pour dénoncer les pertes de salaire liées à la politique dite anti-inflation du gouvernement Cardoso (le plan Réal). Pour Lula : « le moment est mal choisi ». Il se refusait, même en paroles, à combattre le plan Réal considérant qu’il n’était pas la seule propriété de Cardoso et qu’il ne fallait pas rompre avec les classes moyennes. Pour lui, il ne fallait rien faire qui puisse gêner son élection, car une fois élu, il saura comment lutter contre les baisses de salaires.

Déjà en 1994, Lula commençait à prendre ses distances vis-à-vis du mouvement des paysans sans terre, le MST, pourtant largement dirigé par les militants de son parti : « Cela n’avancerait à rien d’exproprier des terres si c’est pour que d’autres continuent à les maintenir improductives. Notre priorité n’est pas par conséquent la réforme agraire. Notre priorité c’est l’agriculture brésilienne. Nous avons en tête de transformer le Brésil en puissance agricole. »

En 1998, Lula se tient à l’écart du débat sur la privatisation de l’entreprise de télécommunication nationale Telebras sous prétexte qu’il doit se centrer sur la campagne présidentielle qui va suivre. Le militantisme en prend un coup au PT comme à la CUT, mais les succès électoraux semblent lui donner raison. En 2000, vingt-cinq millions de Brésiliens vivaient dans une ville gérée par le PT. Cela signifiait une implantation dans la population mais aussi un développement du clientélisme du PT. Et avec 2485 élus (contre 1800 en 1996), une indépendance du parti encore accrue vis-à-vis de sa fraction ouvrière. Et ces municipalités gèrent la misère parfois aussi durement que la droite comme le montraient le licenciement des 549 fonctionnaires en 1997 par le maire PT de Santo André, ou les augmentations des tarifs des transports imposées par le préfet PT de Sao Paulo, Marta Suplicy, ou encore l’assassinat de dirigeants des sans terre par la police de l’Etat du Mato Grosso do Sul, dont le gouverneur était Zeca du PT.

En 2001, le PT retire le moratoire sur la dette de son programme électoral (une revendication pourtant bien loin d’un refus de reconnaissance des dettes de la classe dirigeante au profit de la finance internationale).

Lula déclare même au cours de la campagne présidentielle que son parti doit être étiqueté « plutôt centre-gauche ». Le président du parti, Jose Dirceu, le qualifie lui de «  parti du centre ». Dans sa présentation aux médias en tant que présidentiable, Lula affirme : « J’ai conscience que ce fut très important pour le PT d’afficher la radicalité qu’il avait (l’imparfait est de Lula) pour pouvoir trouver sa place dans l’échiquier politique  ». Maintenant que cette place est trouvée, il peut jeter aux orties sa « radicalité »… Il annonce déjà qu’il combattra les prochaines occupations de terre en utilisant la violence. Si certains se rassurent en pensant que c’est seulement une astuce électorale, ils risquent d’être vite édifiés.

Dès maintenant une fraction du PT, de la CUT, du MST et de tout le mouvement populaire conteste Lula et lui reproche de se vendre à la bourgeoisie. Le journal français Libération ironise sur cette « gauche de la gauche qui déjà grimace de devoir ingurgiter le Lula light qui annonce austérité budgétaire, coopération avec le FMI et dialogue avec les Etats-Unis. Mais rien n’est jamais acquis en politique. Les atouts de Lula, outre sa popularité, ne sont pas négligeables. »

Effectivement rien n’est acquis pour Lula car, s’il dispose d’un poids important dans les organisations de travailleurs, les atouts de l’extrême gauche ne sont pas non plus négligeables. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du PT, comme dans le mouvement syndical où le PC do Brazil représente 40% de la CUT, et le PSTU 10%.

Les tendances « de gauche » au sein du PT

Le PT a jusqu’à quatorze courants en son sein parmi lesquels plusieurs sont d’extrême-gauche et notamment quatre tendances trotskystes : O Trabalho (courant lambertiste), Socialismo revolucionario, Democracia socialista (liée au Secrétariat Unifié auquel appartient en France la LCR), Corriente socialista dos trabalhadores (courant moréniste). Ce qu’il est convenu d’appeler « la gauche du PT » comprend également d’autres tendances : Força socialista (de gauche dite radicale), Articulaçao da esquerda (scission à gauche du courant majoritaire), Movimiento por un tendencia marxista (se dit communiste), Movimiento pela reafirmaçao do socialismo (se dit socialiste)… Bien que divisée en de multiples tendances, la « gauche » du PT représente une fraction importante des militants et des votes mais ce n’est pas elle qui dirige ni influence réellement la politique du PT et encore moins celle de Lula.

Articulaçao da esquerda (Articulation de gauche)

Cette « gauche du PT », scission de la tendance majoritaire, n’est pas révolutionnaire mais elle a été heurtée sur plusieurs points par les décisions de Lula et en particulier par ses alliances, localement, régionalement ou même nationalement. C’est la tendance qui a géré l’Etat de Rio Grande do Sul en collaboration avec la tendance d’extrême gauche Democracia Socialista.

Sans trop s’opposer à la majorité, cette « gauche du PT » a connu d’importants succès électoraux à la chambre fédérale de députés. Si elle n’a critiqué la direction du PT que de façon très modérée, elle s’est montrée plus virulente vis-à-vis des tendances trotskystes extérieures au PT, et notamment vis-à-vis de Ze Maria candidat du PSTU, « coupables » d’empêcher l’élection de Lula au premier tour. Ses militants risquent cependant de ne pas apprécier toutes les couleuvres que Lula au pouvoir voudra leur faire avaler.

Bloco da esquerda (Bloc de gauche)

Ce regroupement de plusieurs tendances locales ou nationales (Refazendo, Forum socialista et Força socialista), se voulant plus à gauche que la direction du PT et que l’Articulaçao da Esquerda, a connu un important accroissement électoral. Issue de courants d’extrême-gauche, elle justifie par des considérations tactiques un soutien très peu critique vis-à-vis de la direction.

O Travalho (Le travailleur)

La tendance OT, issue du groupe trotskyste OSI (Organisation Socialiste Internationale du courant lambertiste lié à l’OCI française), est passée d’une critique radicale de la direction du PT, traitée de direction bourgeoise, à un alignement complet sur cette direction. Après avoir dénoncé la création du PT comme une manœuvre de la dictature militaire, puisque la contestation syndicale avait émergé des organisations corporatistes à la fin des années 70, ce courant s’est rapidement converti en accomplissant un virage à 180°. La tendance Lambert au sein du PT s’est mise à cultiver l’idée qu’il fallait se contenter de soutenir la majorité au sein du PT. Cela a surtout eu comme conséquence l’entrée d’un grand nombre de militants et de dirigeants de cette tendance dans la majorité qui soutient Lula. Après son auto-dissolution en 1987 et l’entrée d’un grand nombre de militants et de la majorité des dirigeants de cette tendance dans celle de Lula, une minorité de la direction s’est maintenue en tendance. Puis l’OT a considéré que la tendance majoritaire (Articulaçao) avait effectué un tournant à droite et elle a entamé en conséquence une nouvelle politique àl’intérieurdu PT, s’unissant ainsi avec les autres tendances issues de l’extrême gauche pour combattre les choix de la direction.

En 1992, OT a soutenu les militants favorables à la mobilisation populaire contre le président Collor et voté contre l’exclusion du PT de la tendance Convergence Socialiste accusée d’avoir rompu la discipline sur cette question. Si ce courant a eu dans le passé des élus, y compris un sénateur et des conseillers municipaux et fédéraux, et conserve un poids dans certains syndicats, elle n’a pas mené à ce jour de vrai combat contre la direction majoritaire. L’essentiel de sa propagande au cours de l’élection s’est faite pour le soutien sans faille à Lula, et avec en parallèle une discrète campagne contre l’ALCA et la proposition de quelques revendications que Lula « devrait reprendre ».

Corriente socialista dos trabalhadores (Courant Socialiste des Travailleurs)

Ce courant est issu d’une scission de la tendance moréniste Convergence Socialiste exclue en 1992. La majorité de ce courant est liée au groupe trotskyste argentin MST (d’origine moréniste) et la minorité au groupe français La Commune. Ils sont opposés à une critique publique de la politique de Lula. Ils ont une certaine influence locale et deux députés fédéraux.

Démocracia socialista (Démocratie Socialiste)

C’est la plus importante tendance d’extrême gauche restée au sein du PT après les exclusions de tendances trotskystes en 1992 et 1994. Possédant un grand nombre de dirigeants, appréciés semble-t-il au sein du PT – comme Raul Pont (qui a été le second candidat à la présidence du parti avec 17,53% des voix en 2001) et Heloisa Helena – la DS est une tendance qui se revendique de la IVe internationale (secrétariat unifié). Elle se présente comme la tendance anti-mondialisation la plus active dans le « forum social » de Porto Alegre, ville dont elle a longtemps dirigé la mairie.

DS a entretenu l’illusion que le PT allait permettre de construire un parti révolutionnaire. Jao Machado écrivait en juillet 1992 dans la revue Em Tempo  : « En 1988, nous considérions que le projet de construction du PT comme un parti révolutionnaire était majoritaire dans la direction. » Puis, en maintenant que le PT était « un parti de classe et socialiste qui invente une voie non sectaire pour la question du parti prolétarien », elle avançait que la minorité de gauche donnerait une perspective révolutionnaire au parti. Em Tempo de septembre 1981 affirmait même que « la politique adoptée par les marxistes au sein du PT que l’on dit ‘‘peu orthodoxe’’, peu cohérente dans la tradition marxiste, fut défendue… par Marx lui-même (et Engels)  ». Pour justifier la voie électorale du PT, la DS a affirmé qu’elle permettait de construire la démocratie à la base, anticipation de la démocratie socialiste et «  nouveau modèle pour la gauche mondiale à la limite de l’ordre bourgeois ».

Daniel Bensaïd de la LCR parle même d’ « une sorte de double pouvoir » (International Viewpoint de septembre 2002). Il s’agit du « budget participatif » expérimenté à Porto Alegre, capitale régionale de l’Etat du Rio Grande do Sul, où cette tendance est principalement représentée, dont DS a fait un exemple pour les mairies PT. La municipalité de Porto Alegre fait, depuis quelques années, appel à la participation des citoyens pour la gestion de 15% environ du budget municipal concernant les «  investissements sociaux d’aide aux plus démunis ». Entre 15 000 et 40 000 personnes élaborent des projets ou en discutent sur… 1 300 000 habitants. Et selon DS, les deux tiers des participants aux réunions ne prennent jamais la parole. Les décisions finales ne reviennent pas à la population mais à la mairie et à l’assemblée municipale. Elles s’opposent tellement peu aux intérêts de la bourgeoisie que la Banque Mondiale, peu suspecte de points de vue révolutionnaires, a cité cette gestion communale comme un exemple…

Selon DS, il s’agit d’une économie distributive qui compenserait les inégalités capitalistes et qui remplacerait l’intervention étatique par une intervention populaire. Cela permettrait d’« aller au-delà de la gestion de l’Etat bourgeois » et DS expliquait même que l’on effaçait ainsi la démarcation classique entre révolutionnaires et réformistes. Quel progrès dans la clarification politique !

DS affirme que « c’est à travers la participation politique active que des millions peuvent conquérir la citoyenneté et rompre les amarres de l’exclusion et de la misère (..) A travers les institutions municipales, le PT a stimulé la participation populaire. Le budget participatif et autres initiatives sont des écoles de conscientisation politique et d’affirmation de la démocratie  ». La DS reconnaissait pourtant que « la conquête de municipalités par le PT ne signifie pas que les travailleurs aient conquis le pouvoir dans leur ville . (...) Le pouvoir implique le contrôle des moyens essentiels de production, de l’appareil d’Etat comme un tout (…) Tout cela demeure sous le contrôle direct de la bourgeoisie. » (cité par Inprecor de janvier 1989). Et elle admettait que le risque était grand que le parti se transforme en un appareil électoral lié à des administrations locales.

L’expérience a même contraint DS à reconnaître que la gestion des villes et Etats régionaux par le PT, peut être une cause de désillusion, nombre d’élus PT étant ensuite désavoués. Pourtant les expériences imitant plus ou moins la mairie de Porto Alegre se sont multipliées. C’est ce que remarquent deux dirigeants de DS, Heloisa Helena et Beto Bastos, à la suite des élections municipales d’octobre 2000, lesquelles ont pourtant été un succès électoral pour le PT. DS doit reconnaître que le bilan que tire la population de la gestion du PT n’est pas sans nuage : « Dans le Rio Grande do Sul, (…) nous perdons quinze villes que nous dirigions. Dans l’Etat de Minas, nous perdons aussi 15 villes. (…) La subordination du PT à des projets peu définis ou ambigus a probablement rendu moins brillante son étoile. (…) L’ « oubli » du drapeau rouge, de l’étoile du PT, le vide du discours, l’absence de critique sociale et de conception de lutte, un style de campagne sans combinaison avec le militantisme du PT, ce n’est pas ce qu’attend la majorité du peuple brésilien. » (cité par Em Tempo de novembre 2000).

Ainsi, dans l’Etat de Rio Grande do Sul où la DS détient avec d’autres postes celui de vice-gouverneur avec Miguel Rosetto, le gouvernement de cet Etat a été confronté à des mouvements de fonctionnaires. Notamment celui des enseignants qui a été réprimé par la police. Luiz Marques expliquait ainsi dans Inprecor de mai 2000 que « cela a eu pour résultat de faire passer la DS pour la tendance la plus engagée dans la défense du gouvernement » et donc la plus hostile à la grève… c’est encore le cas dans bien des Etats régionaux gouvernés par le PT où des mairies ont pris des mesures contre les fonctionnaires ou d’autres mesures impopulaires comme la hausse des tarifs de transport.

Entre 1993 et 1995, la DS considérait cependant que la direction du PT était majoritairement de la « tendance de gauche », appréciation qu’elle a révisée ensuite. En 1996, la DS était amenée à constater : « Assurément le PT ne constitue pas le meilleur instrument que les travailleurs brésiliens pourraient se donner, mais en revanche il est impossible de se doter d’un instrument plus utile que lui. L’expérience du courant moréniste qui a quitté le PT en 1992 (Convergence socialiste, devenant ensuite le PSTU) confirme l’existence d’un espace pour la construction d’un parti révolutionnaire à l’extérieur du PT mais il est beaucoup plus étroit que celui offert en son sein. » (Jao Machado cité par Inprecor de mars 1996).

Au sein du PT, la DS a mené une lutte de tendance en essayant de limiter ses critiques. En 1999, au congrès de Belo Horizonte, la DS a proposé au PT de défendre la renationalisation de l’énergie, de la santé et des communications. Sans succès puisque, au contraire, le PT s’est de moins en moins prononcé contre les privatisations.

La DS s’est battue surtout en 2000 contre la manœuvre (réussie) de la direction du PT pour imposer son candidat, Tasso Genro, face à l’élu sortant, Olivio Dutra, soutenu par DS au poste de gouverneur de l’Etat du Rio Grande do Sul.

Jao Machado concluait en septembre 2001 une analyse de la Ve conférence de DS : « A l’intérieur de ce parti existe toujours un espace encore très grand pour faire une politique de gauche. » Il citait en exemple la gestion des mairies et de certaines régions, ou encore le Mouvement des Sans Terre. Effectivement, jusque récemment la DS détenait la mairie de Porto Alegre et le vice-gouverneur de l’Etat de Rio Grande do Sul. Mais elle a perdu plusieurs de ses positions dans cet Etat où elle était particulièrement implantée. Sur ce plan-là aussi des illusions tombent : celles de la possibilité de faire une démonstration dans une région pour gagner le PT dans son ensemble à une politique « plus à gauche ». Luiz Marques de la DS écrivait ainsi : « Aucune des vertus historiques de l’ancien PT gaucho (PT de Rio Grande do Sul), autrefois célébrées à tort et à travers, ne pourra survivre si elle ne s’articule pas nationalement à des changements dans le vecteur principal du parti. »

Cependant, DS a continué d’affirmer que son soutien au PT se justifiait par le caractère indépendant, de classe et de masse du PT, malgré des stratégies que DS jugeait critiquables. La DS ne s’est pas démarquée publiquement des alliances de Lula avec les partis bourgeois même si elle l’a fait en interne, mollement. Elle s’est contentée de les qualifier de « contre-productives électoralement », laissant croire qu’il ne s’agissait que de tactique et non d’un choix de classe. Raul Pont parle à leur propos de « perte de temps ». Pourtant, la politique de Lula est critiquée vertement au sein de la DS et celle-ci a été contrainte de reconnaître que les militants n’ont pas eu envie de faire la dernière campagne de Lula. Mise à part Heloisa Helena qui a retiré publiquement sa candidature au poste de gouverneur de l’Etat d’Alagoas pour dénoncer l’alliance de Lula avec le parti libéral, il n’y a pas eu de désapprobation publique, DS se contentant du vote d’une motion envoyée à la direction. La déclaration de DS de septembre 2002 affirmait encore : « Une victoire du PT aux élections (…) ouvrirait de nouvelles possibilités pour la lutte pour le socialisme ».

Democracia socialista va-t-elle décider d’œuvrer ouvertement et publiquement contre le cours droitier et bourgeois de Lula maintenant que celui-ci est au pouvoir ? Va-t-elle appeler à former un véritable parti ouvrier révolutionnaire ? Ou, au contraire, participera-t-elle même à son gouvernement pour lui donner une caution d’extrême gauche ?

Les organisations d’extrême gauche en dehors du PT

Tous les militants révolutionnaires ne sont pas dans le PT. Plusieurs groupes qui y ont milité en ont été exclus, ayant choisi de s’opposer à la direction sur des questions qui avaient dressé un grand nombre de leurs militants. En dehors du PC do Brazil, c’est le cas de deux groupes trotskystes, le PCO et le PSTU, ayant tous les deux présenté des candidats et obtenu respectivement 0,04% et 0,47% des voix aux dernières élections.

PC do Brazil

Le PC do Brazil est issu du PCB (parti stalinien), scission pro-chinoise puis pro-albanaise. Il a mené des luttes dures contre la dictature militaire et subi une féroce répression. Il lui reste cependant un crédit et une implantation importants. Il se revendique du communisme et de la révolution mais il a participé à des alliances avec des partis bourgeois « de gauche ». Il a été un allié non négligeable de Lula, y compris jusqu’aux dernières élections présidentielles. Mais ses militants seront-ils solidaires de la politique d’austérité de celui-ci ?

Le PCO

Le Parti de la Cause Ouvrière est issu d’une tendance trotskyste (courant moréniste) du PT qui a été exclue. Cette tendance a commencé à s’opposer à la direction du PT suite à sa contestation du choix de José Paulo Bisol, grand propriétaire terrien, comme candidat à la vice-présidence en 1989. Elle fut expulsée avant même le premier Congrès du PT en 1991 (deux congrès en 22 ans…) en tant que courant « non légal ». Sur le plan international, le PCO est lié au Parti Ouvrier d’Argentine dont le dirigeant connu est Altamira. Le PCO est critiqué par les autres groupes trotskystes qui lui reprochent d’être sectaire. Il a par exemple refusé de participer à la mobilisation récente contre l’ALCA et la dette, affirmant qu’elle était manipulée par l’église et la bureaucratie du PT… alors même que la direction du PT semblait plutôt gênée par cette mobilisation et s’en était finalement retirée. Le PCO reproche aux autres groupes trotskystes de pratiquer une politique opportuniste soit au sein du PT soit, pour le PSTU, de soutenir des candidats « de gauche » sans une stratégie de classe claire. Ce reproche l’amène par exemple à écrire que le PSTU « vole au secours de la politique bourgeoise » ou « appuie des partis défendant un programme bourgeois ».

Lors des dernières présidentielles, il s’est présenté pour la première fois. Il l’a fait en mettant en avant le vote de classe : « ceux qui pointent ne votent pas pour les patrons ». Il a également fait campagne en mettant en avant un plan d’urgence pour les travailleurs et les couches populaires.

Le PSTU

Fondé en 1994, le Parti Socialiste Uni des Travailleurs (PSTU), est issu de l’ancienne tendance Convergence Socialiste dans le PT. Elle avait été constituée par un groupe trotskyste brésilien du courant international de la LIT de Nahuel Moreno, et avait milité pour la naissance du PT au début des années 1980. Elle avait condamné la politique des alliances du PT avec les partis bourgeois et revendiqué une politique révolutionnaire pour le PT. Jusqu’en janvier 1992, date à partir de laquelle ses dirigeants ont affirmé que « le PT a abandonné la lutte contre le système capitaliste  ». Convergence socialiste a été exclue du PT pour avoir participé et appelé aux mobilisations populaires contre le président Collor accusé de corruption par la population en 1992. Convergence Socialiste s’est ensuite regroupée avec plusieurs organisations révolutionnaires pour constituer le PSTU.

Le PSTU a mené une politique d’implantation au sein de la centrale syndicale CUT. Plusieurs dirigeants de la CUT se revendiquent publiquement du PSTU comme Luis Carlos Prates, dirigeant du syndicat des métallurgistes de Sao José dos Campos. Son leader, José Maria de Almeida, est lui-même un leader syndicaliste du secteur métallurgique. Le PSTU dit s’appuyer sur un courant qui refuse de cautionner le réformisme au sein de la centrale syndicale CUT, les compromissions du PT et celles des autres partis de gauche. Le PSTU s’est mobilisé à l’occasion de la campagne contre l’ALCA et contre la dette. Il a dénoncé le retrait du PT de cette campagne et toutes les alliances de Lula avec les politiciens bourgeois ainsi que ses compromissions avec la bourgeoisie et avec l’impérialisme (signature de l’accord avec le FMI notamment).

Dans sa presse, à diverses occasions, cette organisation s’est déclarée solidaire de la politique de Lutte Ouvrière, notamment lors des candidatures d’Arlette Laguiller.

Le PSTU a participé à l’élection présidentielle au Brésil sous son propre drapeau avec un résultat modeste (400.000 voix), ce qui représente néanmoins le double de ses résultats aux présidentielles précédentes de 1998. Les meilleurs résultats ont été réalisés dans les zones de plus grande implantation militante de cette organisation, à Florianopolis et à Sao José dos campos. Le PSTU a centré sa campagne télévisée sur le refus de l’ALCA et du paiement de la dette. Dans sa campagne publique, il a mis en avant un ensemble de revendications des travailleurs. Pour le PSTU, il n’y a aucune illusion à se faire sur le caractère soi-disant progressiste de Lula. Estimant cependant que les travailleurs souhaitent et ont besoin de faire l’expérience de Lula, il a appelé à voter pour lui au deuxième tour avec les slogans suivants : « Votez Lula mais maintenez votre vote contre l’ALCA et le FMI » et « Votez Lula mais dites non aux alliances avec la bourgeoisie ».

Le PSTU a lancé par ailleurs un appel à tous les militants qui veulent construire un parti révolutionnaire au Brésil. Il déclare : « La situation politique ouvre la possibilité au Brésil de lier les révolutionnaires aux masses. (…) Des pas significatifs vers la rupture ont été réalisés dans des secteurs dirigeants du PT, une rupture qui trouve son expression au travers des syndicats, du mouvement étudiant et des mouvements populaires. La nécessité et la possibilité de construire un nouveau parti de la classe ouvrière y est ouvertement discutée. »

Pour s’adresser aux militants du PT qui ne veulent pas capituler devant la politique de Lula, le PSTU a lancé le MIS, Mouvement d’Initiative Socialiste. Il ne s’agit pas, selon lui, de fonder cette nouvelle organisation sur un programme vague, de gauche ou démocratique mais sur la nécessité de l’action directe des masses, de la révolution socialiste et du pouvoir aux travailleurs. Cette initiative aurait selon le PSTU, déjà récolté un succès dans l’Etat de Santa Catarina.

Possibilité et nécessité de la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire

Les révolutionnaires qui militent à l’extérieur du PT pourraient effectivement aujourd’hui se retrouver avec ceux qui ont misé jusque-là sur le PT à condition de cesser d’entretenir des illusions sur Lula et son parti et de renoncer à suivre une voie sectaire. Ils représentent un poids non négligeable. Chacun de ces groupes possède en son sein des militants et des dirigeants ouvriers susceptibles d’attirer à eux nombre de militants déçus du PT, de la CUT ou du MST.

Avant même que Lula ne commence à gouverner, les principales organisations populaires – Pastorales du travail (mouvement ouvrier catholique), MST et CUT – sont plus qu’embarrassées par sa politique. Au point que le MST par exemple n’a finalement pas choisi de soutenir de candidat dans la dernière élection présidentielle. La CUT est gênée par la relation ouverte de Lula avec le patronat mais également par les relations qu’il a commencé à entretenir avec le syndicat corporatiste Força Sindical, lequel propose ses services au nouveau président en affirmant que la CUT pourrait « causer des complications au gouvernement Lula ». Une grande partie de la force militante du PT, même si elle ne se définit pas comme révolutionnaire, n’apprécie ni les derniers discours de Lula, ni les alliances qu’il a conclues, ni son allégeance au FMI et à l’impérialisme américain. Cela fait trop de couleuvres à avaler.

Surtout que rien ne dit par ailleurs que les travailleurs brésiliens suivront Lula dans la politique qu’il s’apprête à mener et qu’ils accepteront de se laisser faire sans se battre. La classe ouvrière brésilienne ne manquera pas d’atouts pour lui résister. Il faudra compter avec toute cette fraction de militants ouvriers qui auront choisi de se démarquer clairement de Lula et de sa politique. Mais pour être réellement efficace, cette extrême gauche doit s’atteler à construire autre chose qu’un instrument au service Lula et finalement de ses maîtres capitalistes, un parti véritablement au service des travailleurs, le parti révolutionnaire, internationaliste et communiste, celui qui manque jusqu’à présent à la classe ouvrière brésilienne.

15 novembre 2002

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article