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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 141, octobre-novembre 2021

Extrême-droite

La marée noire des idées brunes

20 octobre 2021 Convergences Politique

À l’approche des élections présidentielles, les candidats d’extrême droite se multiplient et totalisent plus de 30 % d’intention de vote dans les sondages. Nicolas Dupont-Aignan propose de réintroduire le bagne, Marine Le Pen se pose en présidentiable, et un nouveau venu passionne les médias, alors qu’il orchestre avec leur aide un faux suspense autour de sa candidature. Éric Zemmour est désormais crédité par des sondages à environ 16 % d’intentions de vote. Peu réjouissant…

Surtout, le discours qu’il adopte est désormais banalisé. Zemmour dit ouvertement ce que beaucoup de politiciens disaient… déjà ouvertement. Il est vrai qu’il ose tout et plus encore. C’est d’ailleurs par son outrance qu’il se distingue dans cette présidentielle, qui semble de plus en plus se réduire au choix entre cinquante nuances d’extrême droite.

Une frontière étanche ?

De fait, si les candidats officiellement d’extrême droite totalisent déjà 30 % d’intention de vote, n’oublions pas que les nombreux candidats des Républicains pressentis ne se privent pas d’abonder dans la démagogie sécuritaire et raciste.

Surtout, c’est le gouvernement lui-même qui reprend textuellement le discours de l’extrême droite : « islamo-gauchisme » et « wokisme » chez Blanquer, « séparatisme » pour Macron : autant de termes qu’on pensait cantonnés à la fachosphère ou au torchon Valeurs actuelles il y a quelques années. Ce journal accueille désormais des interviews du chef de l’État. Opération évidente : en parlant comme elle et avec elle, le gouvernement légitime l’extrême droite comme principale force d’opposition, et pense s’assurer une victoire facile au deuxième tour par le rassemblement des électeurs « républicains » ou « démocrates ».

Voter Macron pour faire barrage au FN ? Seulement voilà, non content de reprendre son discours, le gouvernement a consciencieusement appliqué la politique de l’extrême droite. La loi asile-immigration en 2018 renforçait des mesures anti-migrants déjà draconiennes. Après le passage dans le droit commun de l’état d’urgence déclaré sous Hollande, la loi Sécurité globale a encore augmenté les prérogatives de la police. Toujours plus de barbelés aux frontières, de flics, et avec plus d’armes… Résultat : tout ce que Le Pen propose aujourd’hui, c’est d’aller plus loin. Et Darmanin de rétorquer que c’est elle qui est trop molle ! Le barrage a bien débordé…

Darmanin a d’ailleurs continué à faire de l’œil à ses flics en leur promettant les transports gratuits, puis en déclarant vouloir déposer plainte contre notre candidat Philippe Poutou qui avait eu le malheur de déclarer l’évidence : la police tue. Oui, la police tue, et elle tabasse et elle mutile, les jeunes des quartiers populaires comme les manifestants. Car pour maintenir un ordre fait de chômage et d’exploitation, pour maintenir des millions de gens dans la misère, il faut bien les étouffer avec un talon de fer. L’extrême droite nous parle d’insécurité : elle existe, mais c’est une insécurité sociale.

C’est d’ailleurs le sens de la stratégie du gouvernement, qui n’est pas qu’électorale : les politiques d’extrême droite profitent directement à la bourgeoisie. On peut expliquer ainsi le financement massif de la campagne de Zemmour, qui est de façon très évidente une créature de Vincent Bolloré, propulsée par son empire médiatique. D’un autre côté, l’extrême droite germe sur le terreau du confusionnisme et de l’individualisme, favorisés par l’offensive capitaliste. Et si l’insécurité est d’abord sociale, le fait est que peu nombreux aujourd’hui sont ceux qui l’affirment haut et fort. À bien des égards, c’est l’absence de perspective dans une lutte d’ensemble qui rejette toute une partie de la population vers ceux qui leur proposent la prostration et l’alliance avec leurs exploiteurs nationaux.

Se rassembler « à gauche » ?

On comprend dès lors que beaucoup proposent, pour lutter contre la présence toujours plus diffuse de ces idées, de reconstruire une « gauche sociale et politique » capable de répondre aux thèmes racistes, sexistes et sécuritaires par les questions sociales. C’est oublier un peu vite les responsabilités immenses de la gauche elle-même dans sa propre disparition. Mitterrand au pouvoir a usé de la même stratégie de propulsion du FN que Macron aujourd’hui. La gauche s’est toujours illustrée par sa férocité dans la chasse aux sans-papiers : loi Joxe, loi Pasqua, chasse aux Roms sous Manuel Valls, déchéance de nationalité sous Hollande… Sans parler de la politique patronale, de la casse des droits sociaux, des trahisons à répétition qui ne peuvent que dégoûter et décourager les travailleurs.

Quant à ceux qui voudraient nous présenter le PCF ou la FI comme n’ayant « jamais trahi », ils ont la mémoire courte et de sacrées œillères. Au PCF ou à la FI, beaucoup, dont Mélenchon, ont goûté aux sièges ministériels dans des gouvernements qui ont bien réprimé et bien expulsé. La chasse aux électeurs conduit ces partis bien loin des positions du mouvement ouvrier : Fabien Roussel participe à une manifestation de policiers et déclare sur Cnews que les demandeurs d’asile ont « vocation à être renvoyés chez eux ». François Ruffin affirme en 2018 : « On ne peut pas dire que la France va accueillir tous les migrants, ce n’est pas possible. » Mélenchon en appelle à une police « républicaine », manière sans doute de réclamer une police capable d’éborgner les Gilets jaunes avec humanité. Quant au discours contre les délocalisations (et non les licenciements) qu’on retrouve partout à gauche, ce nationalisme économique détourne les travailleurs de la lutte et les rejette à l’extrême droite. Chômage en France et chômage à l’étranger ont la même cause : l’exploitation capitaliste qui entraîne augmentation des cadences, chantage à la productivité, concurrence de tous contre tous. Ce n’est pas la mondialisation qui licencie : ce sont les patrons.

La politique des révolutionnaires

Pour arrêter la montée des idées d’extrême droite, dans les urnes et sur les ondes, il ne faudra pas compter sur des partis qui se font aspirer par le courant, voire qui en ont été les premiers responsables en trahissant toutes leurs promesses une fois au pouvoir. Les fronts électoraux « républicains » ou « de gauche » ne pourront mettre un coup d’arrêt à l’autoritarisme montant de l’État et au matraquage de racisme financé d’en haut.

Ce ne sera pas plus le cas des fronts « antifascistes », qui dilueraient la propagande des révolutionnaires dans des mots d’ordre d’autant plus flous qu’ils sont « unitaires ».

Au contraire, il importe de garder la tête froide et les idées claires. Faire reculer l’extrême droite, remettre au centre du débat public les préoccupations du monde du travail et les réponses qu’il peut leur apporter, cela passe nécessairement par la défense d’une politique indépendante de la classe ouvrière, et en premier lieu une politique de lutte.

La classe ouvrière, lorsqu’elle se met en mouvement sur ses propres objectifs, pour les salaires, pour de meilleures conditions de vie, fait taire l’extrême droite. On nous a dit, au début du mouvement, que les Gilets jaunes étaient tous des électeurs du Rassemblement national, des complotistes, des incultes. Nombre d’entre eux ont sans doute pu être influencés par Le Pen ou ont cultivé des illusions sur la police et le drapeau tricolore. Et pourtant, durant tout le mouvement, Marine Le Pen n’a rien su dire d’autre que fustiger les « casseurs » et défendre les flics. Quant aux Gilets jaunes eux-mêmes, dans leur lutte, ils étaient bien loin des idées de l’extrême droite. Ils ont pris en main leur mouvement par eux-mêmes, ils se sont affrontés au gouvernement et à la police pour régler leurs problèmes ; ils ne s’en sont pas remis à des idées qui les condamnent à la prostration et à l’alliance avec leurs exploiteurs.

Il est vrai qu’ils n’ont jamais dénoncé directement ces exploiteurs, mais qui sait ce qui pourrait se passer ces prochaines années ? C’est le rôle des révolutionnaires d’être présents pour aider ces luttes à exister, à apparaître, à s’étendre et se coordonner. C’est aussi leur rôle de faire sentir que la vraie insécurité est du côté de la bourgeoisie, face à la formidable force d’explosion sociale qui gronde dans la classe ouvrière.

Gaspard Janine

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