La colère des pauvres du monde entier
14 avril 2008 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Les hausses de prix des produits alimentaires frappent de plein fouet les pays pauvres de la planète. Sur les marchés de Côte d’Ivoire ou d’Haïti, le prix du riz a été multiplié par deux ou par trois. Blé, maïs, huile, haricots, tous les produits sont touchés par ces hausses vertigineuses. Une envolée des prix, qui s’ajoutant à celle des prix du pétrole, est en train d’affamer des centaines de millions de personnes sur la planète dans des dizaines de pays. Dans ces pays, les prix des aliments de base ont connu une hausse de 40 % en un an. L’ONU qui a établi une liste de 37 pays confrontés à une « crise alimentaire », prévoit dans une note que « 1,2 milliard d’êtres humains pourraient avoir chroniquement faim d’ici à 2025 ».
Acculés à la faim, les pauvres de ces pays se sont révoltés ces derniers jours. Grèves et manifestations en Egypte, émeutes en Haïti et en Côte-d’Ivoire, manifestations au Sénégal, au Burkina Faso, au Cameroun... Ce sont partout les mêmes images de ces habitants des bidonvilles tiraillés par la faim, de ces femmes qui descendent dans la rue pour réclamer de quoi nourrir leurs enfants, aux cris de « On a faim ! ». C’est la révolte de ceux qui savent bien que les produits ne manquent pas puisque les habitants des quartiers riches les ont. Mais ils sont à des prix devenus inaccessibles ! Leurs demandes n’ont comme seule réponse que la répression des manifestations : à Haïti, où on compte déjà cinq morts, le premier ministre a été remplacé, mais les protestations continuent.
Les affameurs
Les causes de cette inflation vertigineuse ne sont pas à chercher dans des mauvaises récoltes ici ou là, ou dans telle ou telle crise politique locale. Non : c’est dans les bourses mondiales des matières premières que le riz a grimpé en un seul jour du mois de mars de 31 %, sous l’action des spéculateurs. Car le blé, le riz, le maïs sont des produits sur lesquels on spécule comme on le fait avec le pétrole, les actions, ou les « subprimes ». Et dans la foulée de la crise dite « financière », des spéculateurs ont délaissé les marchés financiers pour se tourner vers ceux des matières premières et essayer d’y compenser leurs pertes... Ce qui a fait monter les prix, les spéculateurs misant sur la hausse des cours, préférant conserver leurs stocks pour les revendre quand les prix auront encore monté un peu plus.
C’est ce même type de famines manigancées par les spéculateurs, on disait alors les « accapareurs », qui provoqua en France la révolution de 1789 !
Cette fois, les accapareurs sévissent à l’échelle de la planète et déclenchent une inflation mondiale, avec les conséquences les plus graves pour ceux qui n’ont qu’à peine de quoi survivre. Voilà comment le capitalisme veut faire payer les à-coups de sa finance, voilà les conséquences de ce système pourri qui croule sous les richesses mais produit artificiellement des famines. Pour l’heure, les responsables du FMI, de la banque mondiale et des grands Etats capitalistes hochent la tête avec un peu d’inquiétude et n’envisagent que de misérables aumônes pour calmer les « révoltes ». Jusqu’au jour où, un peu plus de deux siècles après 1789, ces révoltes se transformeront en révolution mondiale !
Travailleurs de tous les pays…
Car les pauvres des pays les plus pauvres sont nos frères. Ici, nous ne sommes pas encore menacés de famine, mais sommes toujours plus pressurés, exploités et paupérisés. D’ailleurs, les patrons eux-mêmes s’inquiètent de voir les grèves pour les salaires se multiplier. Et voyez les ouvriers de Dacia, en Roumanie, qui se rebiffent. Renault espérait y bénéficier d’une main-d’œuvre pas chère, mais s’est retrouvé, face à une grève de trois semaines, obligé de concéder 28 % d’augmentation. Au Vietnam, c’est Nike qui a fait face, début avril, à une grève dans une usine de plus de 14 000 ouvriers, là aussi pour des hausses de salaires.
Le capitalisme est mondial, plus que jamais. Du côté des travailleurs, des réactions aux mêmes causes et aux effets plus ou moins abominables et désespérants, ont lieu sur toute la planète. Il serait grand temps de mettre en application le mot d’ordre de Karl Marx : « Travailleurs de tous les pays, unissons-nous ! ».


Réactions à cet article
1. La colère des pauvres du monde entier , 15 avril 2008, 08:46, par Théodore
Afin de pouvoir passer au travers de l’actuelle dépression boursière les investisseurs et spéculateurs se rabattent sur les matières premières dont ils font grimper les cours. Il suit une hausse générale des prix, notamment ceux des produits alimentaires qui affectent de plein fouet les consommateurs des pays pauvres bien plus gravement qu’en Occident. Les plus faibles sont à la merci d’un système économique mondial régi par la loi du plus fort. Si cette situation devait encore s’aggraver ce ne sont plus les cadavres des sous-nutris qu’il nous faudra bientôt dénombrer mais les cadavres de conflits armés qui risquent à tout instant d’éclater ici ou là sur la planète.
A cette spéculation s’ajoute la course effrénée aux bioénergies.La flambée du cours du baril amène en effet de plus en plus d’exploitants à se tourner vers les cultures bioénergétiques au détriment des cultures vivrières dont la raréfaction progressive ( notamment les céréales ) a pour conséquence une flambée des cours. Cette flambée participe directement à la hausse des prix de vente des denrées de base. Les pays les premiers frappés ont une vocation d’importateurs de ces denrées.
Nous savions depuis des décennies qu’une crise pétrolière gravissime pouvait menacer à tout instant. Si toute bonne politique est normalement appelée à anticiper l’événement suivant l’adage « mieux vaut prévenir que guérir », il faut bien convenir que les politiques qui nous gouvernent sont plus opportunistes que sages lorsqu’elles se contentent de colmater les brèches au fur et à mesure qu’elles se présentent. Faut-il toujours que nous ayons sous les yeux le raz de marée qui arrive pour que nous nous décidions à bâtir, un peu tard, ce qui aurait pu l’endiguer ?
Nous étions à même de lancer il y a bien longtemps des programmes de recherche et de développement qui nous auraient permis de nous libérer des énergies fossiles. Il faut bien se rendre à l’évidence que la perspective des profits à prévalu sur ce qui était hélas bien prévisible.
Réagir à ce message
1. La colère des pauvres du monde entier , 8 mai 2008, 14:18
la « fameuse » crise pétrolière a bon dos justement pour lancer des politiques de bio-énergies qui ne valent que pour leur prétendues éfficacité et tout en niant les cultures vivrières laissent sur le carreau des population déjà paupérisées par leur propre économie au service des besoins impérialistes.Le cout du pétrole sur le marché internationnal n’a jamais été aussi prospère et c’est parcequ’il en pleut toujours plus que l’or noir provoque autant de spéculation et par voie de conséquence des guerres sur les territoires pétrolifères.le problème serait quand meme de régler la question de l’appropriation étatique de ces énergies alors qu’aujourd’hui c’ est toujours une poignées de requins qui en disposent pour eux mème sans se préoccuoer du bien-etre collectif de l’humanité.C’est un problème majeur qui doit nous interpeller de manière plus générale sur un système capitaliste qui se satisfait d’une paupérisation toujours plus évidente et non un problème de renouvellement d’énergie.
Réagir à ce message