LE PARTI COMMUNISTE VEUT CHANGER D’IMAGE SANS CHANGER DE POLITIQUE
24 août 1998 Éditorial des bulletins L’Étincelle
A l’occasion de son université d’été, on a pu voir que le Parti Communiste Français s’inquiète de son image auprès de ses militants et de ses électeurs. Il a bien raison. Car la politique menée par le gouvernement de la gauche, avec la participation de trois ministres communistes, n’est pas différente de celle des gouvernements précédents.
Le PCF voudrait que les travailleurs fassent une différence entre sa politique et celle des Socialistes, et montrer qu’il exerce au gouvernement une influence favorable aux travailleurs, en espérant ainsi éviter une veste aux prochaines élections. Dans ce but il fait signer une pétition nationale.
Vraiment radical son langage ?
La pétition demande un « moratoire » pour les plans de licenciements. C’est-à-dire des délais pour leur application. Balladur lorsqu’il dirigeait un gouvernement de droite, avait lui aussi demandé la suspension des plans de licenciements... dans une période électorale, au moment où ils tombaient en rafale. Aujourd’hui, alors qu’il est encore plus évident que les entreprises licencient pour faire davantage de profits et faire grimper leur cours en Bourse, ce n’est pas la suspension des licenciements qui est à l’ordre du jour, c’est leur interdiction.
La pétition formule également : « relèvement plus important du SMIC, augmentation des minima sociaux et des pensions et retraites ». Mais elle ne chiffre rien. Pourquoi n’avoir pas repris la revendication de la CGT de SMIC à 8500 F par mois, comme le faisait le PCF lorsque la droite était au gouvernement ? Pourquoi ne pas reprendre la revendication des comités de chômeurs qui lors du mouvement de l’hiver dernier réclamaient 1500 F d’augmentation de tous les minima sociaux ? Pourquoi ne rien dire de tous les autres salaires qui ont reculé et qui devraient eux aussi être augmentés d’au moins de 1500 F par mois ?
Le PCF réclame aussi l’augmentation du rendement de l’impôt sur la fortune. Ce que le gouvernement Jospin annonce vouloir faire de façon symbolique, en grattant 3 ou 4 milliards de rentrées, pendant que les patrons continueront par ailleurs à en recevoir des centaines sous le prétexte de favoriser l’emploi ou d’une prétendue loi sur les 35 heures.
Quant à la TVA qui avait augmenté sous Juppé de 18,6 % à 20,6 %, frappant ainsi lourdement le budget des consommateurs les plus pauvres, le PCF aujourd’hui n’en réclame plus la baisse, sauf sur les factures de gaz et d’électricité pour lesquelles il propose de ramener le taux à 5,5 %.
Il demande enfin par ailleurs, la reconduction de l’allocation de rentrée scolaire à 1600 F par enfant, ce que Jospin a déjà confirmé.
Ces cinq mesures peuvent apparaître comme un léger mieux par rapport à ce qu’à fait jusque-là le gouvernement, mais elles ne répondent absolument pas aux problèmes essentiels de la classe ouvrière. Si le PCF voulait se montrer radicalement du côté des travailleurs, il devrait s’exprimer clairement pour un plan comprenant notamment l’interdiction des licenciements, le SMIC à 8500 F, l’augmentation des salaires, des retraites et des minima sociaux de 1500 F, l’arrêt des subventions au patronat et l’utilisation de l’argent correspondant pour créer des emplois utiles dans les services publics.
Si le PCF voulait se prononcer pour un tel programme, oui il répondrait à l’attente de nombre des militants de son parti et à celle de travailleurs qui veulent vraiment que ça change. En outre, il rendrait possible l’unité avec les autres militants de la classe ouvrière – ceux de l’extrême-gauche en particulier – pour mettre en oeuvre un tel plan au moyen des luttes. Car elles seules feront réellement reculer le patronat.

