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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 2, mars-avril 1999

L’extrême gauche et le PCF

Mis en ligne le 1er avril 1999 Convergences Politique

Robert Hue, champion de la « mutation du communisme », souriant secrétaire général, si consensuel, si complaisant, a réalisé un rêve : présenter aux européennes une liste mutante, moitié « communiste », moitié non communiste : une chimère, ne se présentant que pour s’effacer, se fondre au sein de la gauche plurielle.

Une liste qui ne sera « ni pro-gouvernementale, ni anti-gouvernementale » a dit Robert Hue (L’Humanité du 20 février) : une liste ni-ni, angélique en somme, de gens de bonne volonté, sans indignation ni colère, compréhensifs, prêts à se dévouer à la cause de la flexibilité maquillée en 35 heures, des privatisations baptisées « ouvertures de capital », à s’initier aux vertus de la réforme Allègre, à examiner « sans a priori » la question des fonds de pension et autres innovations capitalistes...

Les slogans de « l’identité communiste moderne » chère à Robert Hue ? « Devoir d’innovation », « époque nouvelle, nouveaux enjeux », « mutation », « ouverture », « dialogue », « participation »… Son dernier livre (Communisme, un nouveau projet) est truffé de ce jargon. Une véritable pub de conseil en management !

Vous visez le renversement du capitalisme, questionne L’Evènement du Jeudi (18–24 mars) ? Je vise un « dépassement » répond Robert Hue. Arlette Laguiller et Alain Krivine n’ont-ils pas l’espoir de ramener sur leur liste les communistes déçus par Robert Hue, ajoute le journaliste ? « Tout ça, c’est vieillot, pas de notre temps ! » explique Robert Hue, et de se vanter que l’hypothèse selon laquelle la liste LO-LCR pourrait remporter plus de voix que la sienne « ne l’empêche pas de dormir »…

Les doutes des militants

Bon. Que Robert Hue dorme en paix. Et que les militants et sympathisants du PCF qui se retrouvent aussi peu dans le communisme de proposition et de participation de Robert Hue que dans le syndicalisme de proposition et de collaboration de Bernard Thibault fassent leurs choix.

Car ils sont nombreux, au sein du PCF comme de la CGT, les militants qui se mettent à douter de l’identité communiste de leur parti, à contester la participation gouvernementale. Des militants qui éprouvent le besoin d’un parti non pas d’entente avec la bourgeoisie, mais conçu comme un outil politique à l’usage des travailleurs, comme une force de combat.

Cela dit, protester en votant à l’extrême gauche est une chose ; rallier l’extrême gauche en est une autre. Et il ne suffit pas d’une campagne électorale des révolutionnaires, même unitaire, même couronnée de succès, pour donner le jour à la force de combat politique à laquelle les militants déçus des organisations traditionnelles aspirent.

L’extrême gauche a une identité. Il lui faut une politique. Une politique pouvant être expérimentée directement par ces mêmes militants, ces mêmes travailleurs qui se posent le problème de voter pour elle. Et ceci sans attendre le scrutin. Indépendamment même du scrutin, pourrait-on dire.

La politique de l’extrême gauche

L’extrême gauche, au cours de cette campagne, doit offrir une perspective tangible, à court terme, insérée dans la réalité de l’offensive anti-ouvrière patronale et gouvernementale actuelle. Une politique susceptible de rassembler, sur le terrain de la mobilisation et des luttes, les militants ouvriers qui ne se satisfont pas des compromissions et de l’attentisme de leurs partis et syndicats traditionnels.

Ce n’est bien sûr pas la force intrinsèque de l’extrême gauche qui le lui permet. Ce qui a changé, c’est que les critiques des révolutionnaires à l’encontre du gouvernement de gauche et des partis et syndicats qui le soutiennent, rejoignent aujourd’hui des sentiments répandus au sein du PCF comme plus généralement au sein du mouvement ouvrier et chez les travailleurs du rang. C’est ce qui permet à l’intervention de l’extrême gauche de dépasser le niveau de la simple propagande pour passer au stade d’une véritable politique vis-à-vis du reste du mouvement ouvrier.

La liste unitaire LO-LCR a d’ores et déjà regroupé l’extrême gauche sur une politique d’opposition à la gauche gouvernementale, claire pour l’ensemble des travailleurs. C’était un premier pas important, nécessaire. Le niveau de crédibilité des révolutionnaires au sein des milieux populaires les met en situation de s’adresser au PCF et à ses militants, comme aux autres organisations ouvrières, politiques ou syndicales, sur un autre terrain qu’électoral. Et si c’est possible, c’est qu’ils doivent le faire. Y compris au cours de cette campagne électorale qui pourrait être une sérieuse caisse de résonance pour de telles propositions de front unique.

Les choix du PCF

Les médias eux-mêmes, on l’a vu lors de l’émission « Public » en février dernier, trouvent tout naturel de mettre Arlette Laguiller ou Alain Krivine en situation de s’adresser à un Robert Hue devant des millions de téléspectateurs. Pour attiser la concurrence bien sûr. Mais il y a alors mieux à faire que de se contenter de réaffirmer son identité communiste et sa fidélité à ses idées. Affirmer concrètement sa solidarité avec les militants communistes, c’est leur proposer, à eux comme à leurs dirigeants, une politique unitaire sur le terrain de la lutte de classe.

C’est alors le moment d’interpeller Robert Hue, de lui demander de répondre aux propositions de l’extrême gauche. Est-il prêt à se faire l’artisan de ce programme d’urgence et de sauvegarde des travailleurs destiné à bousculer les nantis, à prendre sur les profits et les prérogatives bourgeoises ? Les dirigeants du PCF, comme ceux de la CGT, la CFDT et FO, sont-ils prêts, avec l’extrême gauche, à unir les travailleurs sur leurs revendications, à faire converger leurs ripostes et leurs luttes au lieu de les cloisonner et les émietter ? Entre d’un côté Martine Aubry et Antoine Seillière, et de l’autre les travailleurs de Peugeot, d’Air France ou de la Poste qui refusent la flexibilité, il faut choisir. Comme il faut choisir entre Allègre et les enseignants en colère, entre Chevènement et les sans papiers.

Certes pour nous les choix de Robert Hue sont faits depuis longtemps. Pour un certain nombre de militants du PCF qui n’ont plus d’illusions aussi. Mais certainement pas pour le plus grand nombre d’entre eux, même de ceux très critiques de la participation gouvernementale de leur parti. Or c’est à eux tous que l’extrême gauche doit proposer de forger une véritable force d’opposition ouvrière à la politique pro-patronale de la gauche, de s’unir sur un programme de mesures d’urgences pour la classe ouvrière. C’est eux qu’il faut convaincre. C’est pour eux qu’il faut essayer de contraindre les dirigeants du PC et des syndicats, en leur proposant à eux aussi un plan de combat visant à changer le rapport des forces en faveur des travailleurs, d’avouer quel camp ils choisissent, celui de leurs militants, des travailleurs, ou celui des ministres, sans qu’ils puissent continuer à prétendre être dans les deux.

L’extrême gauche doit oser aujourd’hui mener une politique à la mesure de sa crédibilité : présenter un programme de mesures de sauvegarde et d’action pour l’ensemble de la classe ouvrière et avoir le cran de le proposer aux organisations réformistes. Au-dessus de nos moyens ? A voir. En certaines circonstances – et il semble qu’aujourd’hui elles soient réunies – les révolutionnaires doivent savoir faire passer leur programme au-delà de leur propre audience.

Huguette CHEVIREAU

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