Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Les articles du site

Éditorial des bulletins d’entreprise du RSO (Allemagne), 18 novembre 2021

L’Europe-forteresse : les barbelés de la honte

27 novembre 2021 Article Monde

(Illustration : « Aucun être humain n’est illégal »)

Une fois de plus, la situation aux frontières extérieures de l’UE dégénère, cette fois particulièrement en Pologne. Les images que nous voyons provoquent écœurement et colère. Environ 3000 personnes sont massées autour de la clôture frontalière entre la Biélorussie et la Pologne, en pleine forêt. Ils sont bloqués : devant eux les barbelés et 15 000 soldats, derrière eux des policiers qui les renvoient, loin dans l’arrière-pays. Au moins dix morts sont à déplorer. Kretschmer, ministre-président de Saxe et conservateur, nous implore de « supporter ces images d’humains en souffrance ». Jusqu’à ce qu’il se passe quoi ? Encore davantage de morts ? Un tel individu, on ne le supporte pas. Des gens comme ça, pour qui les vies humaines ne valent rien, sont un avertissement à nous toutes et tous !

L’UE ne veut absolument pas que les migrants entrent. C’est bien pour ça que ce ténor des médias et Loukachenko tentent de faire du chantage à l’Europe, menaçant le continent de flots humains incessants. L’autocrate biélorusse veut obtenir la fin des sanctions contre son pays. Lui aussi menace de fermer ses frontières, et des gens seront à nouveau bloqués dans les pays où ils ont eu la malchance de naître. Il veut surtout décrocher le même job que celui que l’UE a donné à Erdoğan en 2016 : un rôle de garde-frontières, contre des subventions.

« Personne n’a l’intention de construire un mur »

Ce qui est terrible, c’est qu’avec l’état d’urgence décrété par la Pologne, ni la presse ni les organisations humanitaires ne peuvent approcher de la frontière. Seules des vidéos transmises par les réseaux sociaux donnent un aperçu de la catastrophe. Des gens campent par des températures hivernales, dans un espace militarisé ; ils sont souvent maltraités, sans nourriture ni presque aucune aide. Le ministre des Affaires étrangères social-démocrate, Maaß, et d’autres politiciens de l’UE, discutent maintenant de nouvelles sanctions contre Erdoğan et Loukachenko. Pour le moment, c’est tout. Ce qui est certain, c’est que ni l’un ni l’autre n’ont le souci de la survie des migrants à la frontière. Et les représentants de l’UE, si friands d’expressions comme « aide humanitaire », sont quasiment plus abjects. Ici, le gouvernement polonais a la bénédiction de la CDU etdu SPD, sans oublier l’extrême droite, pour sa chasse à l’homme.

Les écolos, de leur côté, avancent une meilleure idée : il faudrait une campagne d’information en Syrie et dans d’autres pays, pour expliquer à la population de ne pas venir. Faut-il en rire ou en pleurer ? Un Syrien qui prenait la parole à la manifestation de soutien aux réfugiés à Berlin dimanche dernier racontait qu’un de ses amis était bloqué à la frontière polonaise. Même sachant qu’il ne serait pas le bienvenu en Allemagne, serait-il resté vivre sous la menace des bombes d’Assad ou de terroristes islamistes ? Le cynisme est sans bornes.

« Personne n’est illégal ! »

La situation actuelle n’est pas un fait isolé. Partout dans le monde, des gens fuient la faim, les guerres et les catastrophes climatiques, ou tout simplement la pauvreté et la misère – des situations dont les grandes entreprises allemandes et européennes portent une grande responsabilité. Pendant ce temps, l’Europe renforce ses frontières extérieures, la Pologne et la Hongrie par exemple projettent des nouveaux murs. Depuis la chute du mur de Berlin, le nombre de murs s’est multiplié par cinq ! Néanmoins, le nombre de migrants augmente.

L’Union européenne, avec ses 447 millions d’habitants et son économie qui est une des plus puissantes au monde, ne serait pas capable d’accueillir un centième de sa population ? Il y a de l’argent à n’en pas compter. Pas dans nos poches, mais dans celle des ultra-riches et dans les trésoreries des grandes entreprises, comme Siemens ou VW, qui annoncent fièrement des bénéfices records. De toute façon, le capital ne connaît pas de frontières : importations et exportations sans fin, et délocalisations des sites d’un bout à l’autre du globe. Quand ça arrange les entreprises, on peut même laisser entrer de la main-d’œuvre, tant qu’elle a la « bonne » formation et des super connaissances en anglais. Le parti libéral FDP veut même introduire une « carte opportunité » et trier les migrants selon un système de points – écœurant ! Il n’y a pas de « bons » ou de « mauvais » migrants. Toutes et tous ont leur place partout sur la planète : Refugees Welcome !

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Mots-clés