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Illusions perdues, un film de Xavier Giannoli, d’après Honoré de Balzac

27 octobre 2021 Article Culture

On plonge dans le Paris de la Restauration, cette période qui commence avec la chute définitive de l’Empire napoléonien en 1815, vite remplacé par une monarchie ayant à sa tête des Bourbon que l’on croyait pourtant décapités pour de bon. Avec quelques clins d’œil à l’actualité : « Un jour peut-être, allez savoir, un banquier va arriver au gouvernement » dit une voix off.

Les aristocrates sortent de la tombe où la Révolution les avait enterrés et reviennent aux affaires politiques. Mais s’ils sauvent les apparences, ils ont perdu sur l’essentiel, car les vrais rois n’ont plus de couronnes mais des billets de cinq cents francs. La Bourse est en pleine explosion et les murs se couvrent de publicité : tout s’achète et se vend.

C’est dans ce contexte que l’on suit les désillusions d’un provincial idéaliste, Lucien Chardon, qui veut qu’on l’appelle « de Rubempré » par égard à ses quartiers de noblesse, débarqué à Paris par amour pour une baronne de campagne et qui tente d’y éprouver sa vocation littéraire – le garçon est poète. Mais sur la place de Paris, les mièvreries de Chardon n’ont plus de valeur, sauf si elles parviennent à se monnayer.

Le plus gros éditeur est un marchand de fruits, actionnaire d’une plantation d’ananas du côté de Meudon et qui achète les bonnes critiques au kilo pour écouler les titres qu’il publie. Au théâtre, on paie la « claque » pour qu’un spectacle soit applaudi ou hué. Les journalistes fabriquent et détruisent les réputations sur commande.

La politique répond de la même logique que la culture. Pour le gouvernement ou contre le roi ? Tout dépend de la partition que joue l’actionnaire principal ! C’est le petit théâtre de « l’opinion publique » qui se met en place sous nos yeux, avec ses faux semblants sensationnels et ses polémiques à deux sous qui dissimulent le règne de l’argent-roi.

Balzac qui constatait avec tristesse au début du xixe siècle que l’Ancien régime qu’il n’a pas connu ne sera plus jamais, voulait montrer la dépravation et l’infériorité morale de la nouvelle société bourgeoise. Mais chemin faisant, il expose surtout la logique du capitalisme montant, qui écrase implacablement les vieilles valeurs de l’aristocratie. Le film restitue avec fidélité cet aspect du roman de Balzac, et c’est tant mieux !

Bastien Thomas

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