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Grève à la Deutsche Bahn : le syndicat GDL signe la fin de partie

17 septembre 2021 Article Monde

Le 16 septembre, le GDL (Syndicat des conducteurs de locomotives allemands) et la direction de la DB (Deutsche Bahn) annonçaient lors d’une conférence de presse commune le compromis passé après d’interminables séances de négociations, mettant fin à une grève qui a fortement marqué l’actualité allemande depuis cet été. Cette grève s’était certes limitée à trois épisodes : deux fois deux jours en août, une fois cinq jours plus récemment, qui ont néanmoins chaque fois et spectaculairement paralysé le trafic et donné des sueurs froides au monde de la bourgeoisie ; qui ont aussi perturbé le ronron de la campagne électorale des législatives du 26 septembre prochain, qui doit décider de la succession d’Angela Merkel au poste de chancelier ou de chancelière.

La grève, l’arme des travailleurs

La grève a eu lieu sur fond de négociations dites « tarifaires » en Allemagne, c’est-à-dire d’une renégociation de convention collective, menée dans un huis clos de plusieurs mois entre patrons de la DB et un syndicat, surtout du personnel roulant, comptant près de 40 000 adhérents. C’est ce dernier qui a appelé à la grève, le gros syndicat des transports, EVG (comptant cinq fois plus d’adhérents), étant resté hors du coup, s’illustrant même préalablement par une « Alliance pour le rail » passée avec la direction, une sorte d’engagement à ne pas faire grève ! En toile de fond de ce conflit se jouait donc une rivalité entre enseignes syndicales, les faveurs de la Deutsche Bahn allant au syndicat le plus important et le moins combatif : partie perdue. Force est revenue à la grève et aux cheminots qui l’ont menée et ont eu raison de la rage des dirigeants de la DB (qui a entamé des procédures judiciaires contre la grève) comme de la pleutrerie du syndicat collaborationniste, affilié à la DGB (Confédération allemande des syndicats, majoritaire).

La négociation, le joujou des directions syndicales

Ce qui ne veut pas dire que le GDL, dont le dirigeant est membre du parti conservateur CDU, ne soit pas lui aussi féru de marchandages avec les patrons, qu’il appuie par la grève à l’occasion. Cette fois, la colère des cheminots, couvant depuis des mois, en donnait l’occasion.

Sauf rebondissement, le conflit se termine néanmoins par un compromis en demi-teinte. Il y aura une augmentation de salaire, bien limitée : 1,5 % à partir de décembre 2021, ce qui signifie qu’il n’y aura rien pour les mois passés, d’avril à novembre. L’accord court jusqu’à la fin du mois d’octobre 2023, soit près de deux ans et demi. En mars 2023 seulement, interviendra une nouvelle augmentation de 1,8 %. Compte tenu d’une inflation récente de 3,9 % en glissement annuel, les termes de l’accord représentent en réalité une perte sur le salaire. À voir si les cheminots s’inclineront et si les primes Corona de 600 et 400 euros, versées en décembre 2021 et en mars 2022 en lots de consolation, consoleront vraiment. Il faut rappeler que le syndicat lui-même, avant la grève, en avait beaucoup rabattu sur les revendications salariales. Reste la retraite complémentaire (sorte de régime spécial) qui sera maintenue aux cheminots actuellement en exercice, contrairement à ce que la DB souhaitait initialement. C’est à coup sûr un acquis de la grève, ce à quoi les cheminots tenaient le plus et qui était le moteur important de leur mouvement.

Ouverture sur les jours d’après…

Les jours qui viennent diront plus précisément quelles sont les réactions et appréciations des cheminots. Certains auraient volontiers poursuivi le bras de fer. L’accord passé ne soulève pas l’enthousiasme, mais la fierté d’avoir fait grève, la satisfaction d’avoir bousculé un monde patronal arrogant… et vite déstabilisé face à des travailleurs qui luttent. Domine le sentiment d’avoir changé l’atmosphère, dans bien des gares et des chantiers où ce conflit, même limité à quelques jours seulement, a été l’occasion de nombreuses discussions sur toutes les questions qui animent aujourd’hui le monde du travail.

Et très drôle, la façon dont l’EVG, syndicat le plus puissant des transports, antigrève, prend acte dans un communiqué de l’issue d’un conflit qu’il a combattu… constatant quelque peu piteusement qu’« il est clair que les fondements de l’« Alliance pour le rail » [nouée entre ce syndicat et la direction ! NdT] est rendue caduque par cet accord »…

Sabine Müller

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