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Élisabeth reste bornée sur sa réforme

11 avril 2021 Article Politique

(Dessin d’Emma)

La ministre du Travail, Élisabeth Borne, n’en démordra pas : elle compte bien faire passer la nouvelle réforme du chômage pour le 1er juillet prochain. Sous prétexte de proposer une réforme « plus équitable » pour les personnes travaillant à temps partiel, il s’agit surtout de faire des économies sur les plus précaires pour compenser les baisses de cotisation accordées aux entreprises.

Alors que des dizaines de milliers d’emplois ont été détruits en 2020 et que les plans de suppression de postes se multiplient, le gouvernement peut s’appuyer sur des chiffres du chômage qui ne semblent de prime abord pas si mauvais… Pour l’année 2020, le taux de chômage serait même en recul de 0,4 % par rapport à l’année précédente. En réalité, il faut prendre en compte plusieurs facteurs pour connaitre le « vrai chiffre » du chômage. Tout d’abord, il faut compter toutes les personnes qui aimeraient travailler mais ne le peuvent pas à cause du confinement par exemple. Ce « halo » autour du chômage n’est pas intégré au calcul du Bureau international du travail (BIT) qui définit un chômeur comme une personne ne travaillant pas, mais qui est disponible immédiatement et qui cherche activement du travail… Dans une période où nombre de secteurs et d’établissements sont fermés, il est difficile de chercher du travail… qui n’existe pas. Si l’on additionne ce halo autour du chômage avec le sous-emploi (toutes les personnes subissant un temps partiel imposé, du chômage partiel ou alternant chômage et contrats courts), ceux touchés pleinement ou partiellement par le chômage représentent au total plus de 20 % des personnes en emploi ou qui voudraient l’être, avec un pic à 30 % au cours du deuxième trimestre 2020 en raison du chômage partiel massif lors du premier confinement.

C’est dans ce contexte de précarisation du travail (multiplication des contrats courts, plans de suppression d’emplois, chômage partiel qui perdure…) que le gouvernement annonce qu’il ne reculera pas sur sa réforme. La rue de Grenelle a l’argument fatal se résumant plus ou moins à « c’était pire avant ». En appliquant les règles de 2017 (aujourd’hui en vigueur) un demandeur d’emploi payé au Smic touchait 985 euros d’allocations chômage pendant huit mois. Avec la réforme, il touchera une allocation pendant quatorze mois de… 667 euros. Cette baisse des revenus mensuels est censée motiver les chômeurs à trouver du travail plus vite : on sait que selon Macron et ses sbires, il suffit de « traverser la rue » pour trouver du boulot ! Au total, ce sont 840 000 personnes qui verraient leurs allocations chômage diminuer à partir de juillet 2021, avec des amputations de 200 voire 300 euros. Le gouvernement insiste sur cette loi qui serait « plus soft » que la proposition précédente : il faut dire que même le Conseil d’État l’avait jugée trop brutale et avait retoqué le mode de calcul des indemnités initialement prévu. Mais le gouvernement annonce déjà un durcissement des conditions dès que l’activité économique reprendra. Pour pouvoir prétendre aux aides, il faudra maintenant avoir travaillé six mois sur vingt-quatre (au lieu de quatre mois sur vingt-huit) et le montant sera dégressif (− 30 %) dès le septième mois pour les cadres par exemple.

Le régime sec… sauf pour les patrons

Les gouvernants à l’initiative de cette nouvelle attaque contre les salariés privés d’emploi insistent lourdement sur la flexibilité – presque la « gentillesse » selon eux ! – de leur réforme. Le système de bonus-malus censé réguler l’utilisation de contrats courts par les entreprises, ne prendra pourtant effet que l’année prochaine (et encore, il n’est pas sûr qu’il soit maintenu), car il y aurait besoin d’« observer » le comportement des entreprises avant de sanctionner. Aux travailleurs, chômeurs ou en emploi, de payer la crise ; les patrons, eux, peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Autre cadeau fait au patronat : certains secteurs comme l’hôtellerie-restauration seront totalement exonérés du malus sur les contrats courts. On peut le comprendre pour les petits restaurateurs qui subissent la crise de plein fouet, mais les hôtels de luxe et restaurants étoilés mériteraient les pénalisations de ce système de toute façon pourri…

Le gouvernement espère, avec la réforme chômage, économiser un milliard d’euros par an : une bagatelle comparée aux cadeaux faits au patronat. En 2019, le coût cumulé des six ans d’existence du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE [1]) atteignait 100 milliards d’euros, dont 5 milliards d’euros distribués allègrement à 256 entreprises de plus de 5 000 salariés. Ce crédit, en échange duquel le patronat s’était engagé à embaucher un million de personnes dès 2013, aura au mieux permis le recrutement de 100 000 à 160 000 personnes. Tout au plus. Mais qu’à cela ne tienne, le CICE a été converti en réduction permanente des cotisations patronales.

Il ne faut pas dépasser les bornes !

Les « intermittents de l’emploi » ne se laissent pas faire pour autant ! Ces dernières semaines, collectifs contre la précarité, actions coups de poing dans les théâtres, autant d’initiatives qui se sont fait connaitre. Dans les lieux de culture occupés, on a pu voir des convergences entre artistes, travailleurs de la restauration et personnel soignant dénonçant d’une seule voix le mépris des ministres et singeant à merveille, via des saynètes dans la rue, les décisions du gouvernement.

Hélène Veneza


[1CICE : Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (mis en place entre 2013 et 2019) puis remplacé par des allégements fiscaux.

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