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Des îles : Lesbos 2020, Canaries 2021, de Marie Cosnay

Éditions de l’Ogre, 2021, 296 p., 21 €

21 mars 2022 Article Culture

Écrivaine et enseignante, Marie Cosnay mène, depuis plusieurs années, une activité militante en Pays basque en aidant et accompagnant les migrants qui passent la frontière franco-espagnole et aboutissent à Bayonne. C’est donc un milieu qu’elle connaît bien.

Elle s’est rendue en 2020 dans l’île grecque de Lesbos, en Méditerranée, et l’année suivante dans l’archipel espagnol des Canaries, dans l’Atlantique au large des côtes marocaines, pour recueillir les témoignages de celles et ceux qui fuient leur pays pour tenter de trouver asile en Europe, un continent qui leur ferme ses portes. D’où des errances perpétuelles, des emprisonnements, d’interminables attentes de visa, mais aussi parfois des coups, des viols, des vols, des mauvais traitements et souvent la mort par noyade en pleine mer, aux mains de tortionnaires ou au cours de rixe. Interrogée sur France Culture lors de la parution de l’ouvrage, elle avait déclaré : « Mon livre est une observation géographique de ce qu’une politique absurde fait aux individus. »

Cette politique migratoire mise en place par l’Union européenne, l’auteur ne la décrit pas d’un bloc, mais elle en dévoile ses différents aspects à travers les parcours d’hommes et de femmes pour qui la migration est toujours un choix conscient, même s’il est souvent contraint.

Car les raisons de migrer sont nombreuses. Depuis les guerres et les violences de la répression jusqu’aux situations économiques catastrophiques en passant par la fuite de jeunes filles qui refusent d’être mariées de force ou les membres de minorités ethniques ou religieuses qui essaient d’échapper aux persécutions. Et cela provoque des drames humains, aggravés par la bureaucratie tatillonne des autorités européennes. Ainsi, on va arracher des enfants en bas-âge à leur mère en attendant d’effectuer des tests ADN de filiation, ce qui peut durer des semaines, ou bien annuler des visas du jour au lendemain.

Mais, par dessus tout cela, plane l’insoutenable attente de celles et ceux qui espèrent des nouvelles des membres de leur famille qui ont tenté de migrer mais ont soudainement disparu. Sont-ils morts sur les pistes du désert ? Réduits en esclavage ? En prison ? Assassinés pour être dépouillés par des gardes-côtes peu scrupuleux ? Noyés dans le naufrage de leurs chétives embarcations ? Autant de question auxquelles nombre de familles n’obtiennent jamais de réponse. Elles se raccrochent alors à l’espoir que leurs proches ont peut-être pu s’en tirer malgré tout et qu’un jour ou l’autre on les verra refaire surface.

Un livre éclairant, même s’il est parfois d’une lecture un peu ardue. En effet l’autrice fait le choix systématique de donner la parole aux migrants eux-mêmes, ce qui aboutit à un foisonnement de récits croisés, souvent poignants, mais où il est parfois un peu difficile de s’y retrouver.

Et à l’heure où les autorités nous demandent d’accueillir les réfugiés ukrainiens à bras ouverts, il est bon de rappeler que ceux originaires d’Afrique ou du Moyen-Orient sont traités comme des chiens.

Jean Liévin

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