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Des élections municipales en Rhénanie-du-Nord-Westphalie : sans enjeu !

11 septembre 2020 Article Monde

(Un texte de nos camarades du RSO [1] d’Allemagne, du 6 septembre 2020)

Illustration : affiche officielle, accompagnée du slogan « Facile d’aller voter ».


Des élections locales auront lieu ce dimanche 13 septembre pour la désignation des conseillers municipaux, des maires et de conseillers de ce Land le plus peuplé d’Allemagne (plus de 17 millions d’habitants). La consultation électorale, comme elle est la première dans le pays depuis le confinement, est également considérée comme un test national, portant sur la politique fédérale.

Ce qui pourrait réellement changer la vie des classes populaires sous le capitalisme ne se décidera certainement pas à ce niveau local. Ni en matière d’emplois en quantité et qualité, ni en matière de taille des classes dans les écoles… De nombreuses municipalités ne gèrent que la pénurie et se trouvent en redressement judiciaire. Les villes du bassin de la Ruhr en particulier, doivent assumer des coûts élevés d’aide sociale. Hormis l’augmentation d’impôts sur les commerces et la population, elles n’ont aucune possibilité de trouver des fonds propres. Et des villes comme Duisbourg ou Oberhausen, qui ont des taux d’imposition d’activités professionnelles parmi les plus élevés d’Allemagne, sont pourtant en situation de faillite. De nombreuses écoles pourrissent littéralement, des infrastructures publiques ou des parcs sont délabrés. Selon des sondages, les électeurs populaires souhaitent en premier lieu des transports de qualité, en second lieu et juste après, des loyers abordables.

Photo : la droite s’adresse aux automobilistes en leur promettant des villes où ils pourront circuler : la voiture d’abord !

L‘extrême droite peut-elle profiter des élections ?

Ces élections sont aussi le thermomètre de ce qui se discute en milieu ouvrier. Des gains électoraux pour l’AfD [2] ou d’autres partis d’extrême droite comme les « Proteststimmen » [3] contre « ceux d’en haut », s’opposent frontalement aux intérêts des travailleurs. Dans leur hystérie anti-migrants, anti-réfugiés, anti-parents célibataires, anti-LGTBQ, ces courants divisent et détournent volontairement des problèmes des classes populaires. À Düsseldorf, l’AfD et les REP [4] ne leur proposent rien, ne militent qu’en faveur d’une meilleure place pour « les classes moyennes » – les chefs ! – et veulent couper les vivres aux personnes sans passeport allemand. Ils exigent des « peines sévères » pour les auteurs d’actes de violence, mais présentent au poste de maire un candidat condamné en 2019 (avec grande indulgence) pour avoir détruit à la machette la tente d’un sans-abri et découpé à la hache des fourrés d’un parc – lieu de rencontre d’homosexuels. Quelles seraient les réactions de l’AfD, si des musulmans avaient commis ces violences ? Pour le moment l’AfD est en nette perte dans les sondages, dans les grandes villes du moins, et nulle part elle ne dépasse les 10 %.

Les Verts ou la promesse illusoire d’une protection du climat et de l’antifascisme

Les Verts pourraient être les grands gagnants des élections et peuvent espérer décrocher des postes de maires. Pour bien des gens, ce sont les plus nettement favorables à une société « colorée » et « anti-droite ». Si c’était vrai ! À Düsseldorf, contre des institutions racistes et des agressions policières, les Verts ne proposent pourtant qu’un « bureau anti-discrimination », consultatif. Et les maires verts de Tübingen ou de Stuttgart ne sont pas allés bien loin non plus dans le « coloré » et l’« antifascisme », affichant sans équivoque un désintérêt pour les problèmes des travailleurs. Leur exigence fondamentale de « protection de l’environnement et du climat » est tout entière subordonnée aux intérêts des entreprises, ainsi qu’à leurs propres calculs d’alliance avec la CDU.

Photo : Affiche des Verts. Ainsi les manifestations en faveur du climat devraient-elles être transformées en sièges dans les conseils municipaux...

Absence de perspectives à gauche

Le Parti de gauche [5] n’a pas grand-chose à proposer en propre. Bien qu’il insiste dans de nombreuses villes sur l’urgence d’une politique « pour le peuple »… rien de concret n’est avancé. Dans la plupart des villes, rien d’autre qu’un pâle discours social-démocrate teinté de vert, et des banalités sur le réalisme imposé par la situation – qui ne font ni chaud ni froid. L’exception est Cologne, où le Parti de gauche avance quelques revendications plus concrètes – et l’affirmation qu’un changement ne pourrait survenir qu’en cas de lutte d’ensemble de celles et ceux qui « s’opposent à la société capitaliste ».

Photo : Affiche du Parti de gauche. Davantage d’espaces verts et d’air pur... Die Linke avance des slogans « verts » mais aucune perspective de lutte pour les travailleurs

À Düsseldorf en revanche, la campagne électorale du Parti de gauche est menée sous le slogan « radicalement humain », comme si le capitalisme pouvait être vaincu et dépassé par la seule vertu de la raison humaine. Sont mises en avant l’amélioration des budgets pour les artistes, une organisation urbaine adaptée aux femmes, le financement d’une maternité et la reconnaissance du « Rosenmontag » [6] comme jour férié. Les cliniques privatisées devraient redevenir publiques – mais comment ? Par des rachats coûteux ? Même la gratuité immédiate des transports locaux, qui ne signifierait pas la fin de l’exploitation capitaliste, est une revendication du seul Parti de gauche de Cologne. À Aix-la-Chapelle ou à Düsseldorf – rien de tel ! Certes, il est question d’imposer aux entreprises la participation à la construction de logements sociaux et une « mutation vers une économie écologique », mais comment ? À Düsseldorf, Bochum et ailleurs, on ne trouve rien d’autre à ce sujet que « Votez pour nous ».

Et à la gauche de la gauche ?

Malgré l’absence d’une barre antidémocratique à 5 % pour avoir des élus, il n’existe pratiquement pas, dans le Land, de candidatures d’organisations révolutionnaires ou organisations représentant les travailleurs. Cela s’explique en partie par le fait que des révolutionnaires militent au sein du Parti de gauche, où leurs revendications se perdent dans des programmes électoraux social-démocrates, sans aucune mention d’intervention propre des travailleurs ni de mises en cause réelle et sérieuse du capitalisme.

Issu du spectre stalino-maoïste, le MLPD [7] se présente aux élections à Gelsenkirchen et à Essen sous le label « AUF » [8]. À Düsseldorf, la partie du mouvement FridaysForFuture qui n’est pas directement liée aux Verts a constitué une « liste climat » qui avance honnêtement la protection du climat, mais n’offre aucune perspective à la classe ouvrière et ne s’adresse pas à elle. Il n’y a pas de perspectives au-delà des élections et d’un appel à la « raison de tous ».

Comment changer vraiment les choses ?

Comment voter sans réelles perspectives ? Certains vont voter contre l’AfD, contre les nazis ou contre les lobbies de l’automobile que sont la CDU et le FDP. Mais le « moindre mal » ne peut-il pas devenir le pire, après les élections ? L’absence de candidats révolutionnaires ou de candidats issus du camp des travailleurs, fait qu’un « choix » digne de ce nom n’existe pas.

Celles et ceux qui voudront voter « Satire » [9], « À gauche », « Pour le vélo » ou « Pour le climat » pourront le faire. Mais la situation ne s’améliorera pas pour autant. Ce n’est pas le succès électoral des Verts en 2014 qui a permis l’introduction dans certaines villes de mesures favorables au climat – bien qu’au rabais – à partir de 2019, mais les mobilisations de masse des étudiants et lycéens de FridaysForFuture. Ce ne sont pas d’éventuels succès électoraux du SPD ou du Linkspartei qui empêcheront les privatisations et créeront des logements abordables, mais la résistance dans les entreprises et dans les quartiers. Et s’il n’y a rien à attendre des élections, nous devons nous organiser nous-mêmes. Nous pouvons changer les choses dans les villes et les campagnes, et dans le monde, en nous mobilisant au-delà des jours d’élections !


[1https://www.sozialismus.click/ Sur ce site se trouve en particulier la revue mensuelle du groupe, Aurora. Toutes les notes de l’article émanent de la traduction.

[2AfD ou Alternative für Deutschland, Alternative pour l’Allemagne. Parti d’extrême droite qui depuis quelques années siège au Bundestag et dans des parlements régionaux, avec des scores à deux chiffres.

[3Ou « voix/votes contre », « voix/votes protestataires ».

[4REP ou Die Republikaner, est un parti nationaliste de droite extrême d’Allemagne, fondé en 1983 à partir d’une dissidence de la CSU, chrétiens-sociaux de Bavière.

[5Linkspartei

[6Ou « lundi des roses » : genre non de « mardi gras » mais de « lundi gras », un des jours importants du carnaval en Rhénanie, jusque-là non férié.

[7MLPD, ou Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne).

[8Ou Alternativ-Unanbhängig-Fortschrittlich, collectif dont le MLPD est la principale voire unique composante, et qui sous la forme abrégée Auf sonne en allemand comme « en avant » ou « allons-y ».

[9En référence à Die Partei, un parti qui a été fondée en 2004 par des rédacteurs du journal satirique Titanic. Il a régulièrement des scores bien plus élevés que l’extrême gauche en Allemagne (plutôt comparables aux scores de l’EG en France !). C’est pour une partie de l’électorat se sentant à gauche voire à l’extrême gauche une manière de voter blanc.

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