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Des confédérations syndicales très respectueuses

1er avril 2000 Politique

Grèves à la poste, aux impôts, dans les hôpitaux (manifestations réussies dans tout le pays le 28 janvier), mobilisation impressionnante des instituteurs, professeurs et parents d’élèves dans le midi (12 000 manifestants à Montpellier, 15 000 à Nîmes), mais aussi en Bretagne, en Auvergne, en Normandie... Grèves à la Sécurité sociale et aux caisses d’allocations familiales. Tout cela pour ne parler que des mouvements dans la fonction publique de ces dernières semaines. Partout, les mêmes problèmes d’effectifs, les mêmes revendications : créations de postes d’enseignants, d’hospitaliers, de postiers, refus du gel des effectifs, embauche des précaires. En réalité, cela fait des mois que les grèves et manifestations se succèdent en ordre dispersé dans le secteur public comme privé sur la question des 35 heures, des licenciements ou du manque d’effectifs.

Se battre ou « s’approprier le débat » ?

Les différents mouvements, même isolés, sectoriels, sont populaires. La jonction des parents d’élèves aux enseignants (qui avait déjà été notable lors des mouvements de l’an dernier), simple exemple, témoigne du caractère général du mécontentement, du sentiment de solidarité au sein du monde du travail. En dépit de l’émiettement des mouvements, il est remarquable que les différentes luttes qui se relaient n’aient aucun caractère corporatiste. Chacun se reconnaît dans le chauffeur routier tenant un barrage, dans l’instit qui conteste la carte scolaire, l’infirmière, l’aide-soignante ou le brancardier qui manifestent, l’employée de la Sécu débordée, le pompier en colère, et même l’employé des impôts qui proteste contre la fermeture des petites perceptions ! Rarement les salariés de ce pays ont eu à ce point le sentiment d’être confrontés aux mêmes problèmes, au même scandale social qui veut que les entreprises qui font des bénéfices licencient et que le gouvernement « gèle » les effectifs des services publics tout en parlant de croissance et de retour à la prospérité.

Ce n’est pas la conscience sociale, ni même politique qui manque aujourd’hui aux salariés. La combativité ? Les travailleurs n’hésitent pas à répondre présents aux appels syndicaux, quand appels il y a, parfois au-delà des espérances des appareils nationaux (comme chez les instits, profs des collèges, de l’enseignement professionnel et les parents d’élèves du Gard et de l’Hérault ces derniers jours).

Ce n’est pas non plus l’unité syndicale qui fait défaut. Oh non ! Les directions des confédérations entretiennent aujourd’hui des rapports parfaitement cordiaux. Elles se concertent, elles s’accordent. La question est de savoir sur quoi. Elles ne s’accordent pas sur une stratégie syndicale visant à coordonner les différentes luttes en vue d’un mouvement d’ensemble. Surtout pas. Les mouvements existants, elles les accompagnent, les chevauchent, mais s’accordent tacitement pour ne surtout pas les coordonner. En revanche, elles s’entendent parfaitement sur un programme et un calendrier de négociations avec le Medef sur « l’approfondissement de la négociation collective » et l’avenir de la protection sociale, et avec le gouvernement sur l’application des 35 heures dans la fonction publique, en attendant les négociations sur les retraites. Le plan, la stratégie des confédérations syndicales, ce sont le Medef et Martine Aubry qui pour l’heure les leur dictent. Le Medef par son coup d’éclat en menaçant de quitter les organismes gérés paritairement (Sécu, Unedic...) d’ici la fin de l’année ; Martine Aubry en décidant du calendrier de négociation d’une « loi cadre » sur la réduction du temps de temps travail dans la fonction publique.

Exemple : après le succès de la manifestation du personnel des hôpitaux du 28 janvier (10 000 à Paris, 7000 à Toulouse, 6000 à Marseille, 3000 à Lyon, 7000 à Rennes, etc.), toutes les conditions étaient réunies pour que les fédérations appellent à la poursuite de la mobilisation, à la coordination des grèves touchant bon nombre de grands hôpitaux un peu partout dans le pays, en chiffrant à l’échelle nationale le nombre de créations de postes indispensables pour permettre non seulement un passage réel aux 35 heures mais combler le manque actuel d’effectifs (combien d’embauches d’infirmières, d’aide-soignantes, de brancardiers, de personnels d’entretien... 50 000, 60 000, 100 000 ?). Tout le monde connaît l’état des services d’urgences, de gériatrie, la surcharge de travail dans la plupart des services d’un côté et les plans de restructuration hospitalière de l’autre. Il était simple, trop simple sans doute, de s’appuyer sur les quelque 100 000 manifestants du 28 janvier pour formuler des exigences unitaires et claires face à Aubry, pour que le personnel hospitalier se sente fort, sûr de lui, et d’appeler les semaines suivantes à l’amplification de la mobilisation du personnel hospitalier sur des revendications claires pour tout le monde. Mais non. Martine Aubry annonce l’ouverture des négociations avec toutes les organisations syndicales du secteur hospitalier pour trois semaines, et les principales fédérations du secteur se contentent de repousser au 14 mars, un mois et demi plus tard, une « éventuelle » journée nationale de grève. Que les hôpitaux déjà en grève prennent patience. C’est qu’elles « négocient » à partir des « données » de Martine Aubry, qui n’envisage aucunement de revenir sur l’austérité budgétaire. La mobilisation devra s’adapter au calendrier de négociation de la ministre. Cela fait des semaines que toute une série de grands hôpitaux votent la grève reconductible, mais c’est le gouvernement qui impose son rythme et sa cadence aux syndicats et les met en situation de « débattre » sur les miettes qu’il leur concédera.

Ce qui est vrai pour les hôpitaux, l’est aujourd’hui, d’une façon ou d’une autre, pour tous les salariés de la fonction publique. Martine Aubry a convoqué début février les syndicats pour des négociations sur un « accord-cadre » sur les 35 heures dans la Fonction publique. Les syndicats « consultent » leur base. Le SNES (le syndicats des enseignants du second degré), très moderne, consulte même sa « base » par e-mail ! Les enseignants sont des dizaines de milliers à manifester dans le midi pour la création de nouveaux postes, mais il faut prendre le temps de « consulter » la base. On avait le sentiment que les instits, les postiers, les cheminots, les hospitaliers avaient un avis assez tranché sur les projets du gouvernement. Qu’ils étaient prêts à combattre le gel des effectifs, à imposer des embauches. Mais non. Martine Aubry propose, diffusons les propositions de Martine Aubry, et consultons, débattons.

Débattons ! Car il ne s’agit pas tant de se battre, que de « débattre », le maître mot désormais à la mode dans les hautes sphères de la CGT. C’est ainsi que la CGT, rapporte L’Humanité du 17 février, « sans donner d’instructions à ses militants, a distribué à ses organisations des exemplaires du projet d’accord-cadre, accompagnés de ses commentaires sur les acquis du texte (...) et ses limites ». Le secrétaire général de l’Union des fonctionnaires CGT, Bernard Lhubert, appelle donc à des assemblées du personnel afin de « créer les conditions d’appropriation du débat par les salariés » (sic) !

Les syndicats du consensus

Ce qui se passe aujourd’hui illustre bien la politique de toutes les grandes confédérations syndicales : CGT, CFDT et FO. Ne rien faire pour accentuer le rapport de force du côté des travailleurs mais s’enliser dans des négociations avec les patrons et le gouvernement pour accompagner le recul d’un certain nombre d’acquis sociaux.

Pour la CFDT, ce n’est pas nouveau. Depuis vingt ans, cette confédération a opéré un recentrage officiel, épuré quasiment toutes ses structures de ce qui pouvait rester d’opposants pour devenir le syndicat partenaire officiel du patronat et des différents gouvernements. Après avoir soutenu le plan Juppé contre les grévistes de décembre 1995, la CFDT réclame depuis plus d’un an que ce plan soit poursuivi par le gouvernement Jospin. Elle s’est complètement impliquée dans la mise en oeuvre des lois Aubry et monte désormais au créneau pour que la réforme s’engage au sujet des retraites (avec mise en place des fonds de pension à la française). La réforme à la baisse bien entendu.

Après avoir été évacuée de la gestion des caisses de Sécurité sociale au profit de la CFDT, FO qui était le syndicat de collaboration de classe par excellence, a eu un cours assez radical, notamment lors du mouvement de décembre 1995. On a souvent vu Blondel pousser des coups de gueule contre la politique gouvernementale. Sur la question des retraites, les déclarations de FO étaient opposées à toute remise en cause des acquis sociaux, notamment dans le secteur public. Aujourd’hui, comme tout le monde, Blondel discute et réclame d’être associé aux palabres avec le Medef.

Ce qui est nouveau, par contre, c’est l’attitude de la CGT. Quand on dit « nouveau », il faut s’entendre. La CGT n’est plus depuis longtemps un syndicat de lutte de classe. Ces trente dernières années, elle a plus souvent mis son poids à arrêter des mouvements qu’à les provoquer. Mais elle tenait cependant un langage plus radical que les autres syndicats, refusant de signer des accords, dénonçant la politique du gouvernement et du patronat. Pour les travailleurs et le patronat elle était le syndicat le plus combatif.

Depuis son dernier congrès et l’arrivée de Bernard Thibault à sa tête tout cela ayant lieu alors que le PCF participe au gouvernement la CGT a elle aussi opéré son recentrage. Au lieu de dénoncer la loi Aubry, elle a expliqué qu’elle serait « ce que les salariés en feront », pour au bout du compte signer des accords dans de nombreux secteurs, quitte à le faire à contre-courant de toute une partie de son milieu.

Sur la question des retraites, tout en criant à la provocation contre le Medef quand celui-ci proposait 45 ans de cotisations, Thibault a été bien plus modéré sur le rapport Charpin et a souhaité que « le gouvernement ouvre un nouvel espace de négociation permettant aux organisations syndicales de s’exprimer sur le contenu du rapport ». D’ailleurs, au sortir de la première réunion avec les syndicats, Ernest Antoine Seillière, responsable du Medef, s’est déclaré surpris de la qualité des interventions de la CGT.

La CGT fait donc ses offres de service. C’est clair. Non seulement en « négociant » sans véritablement chercher à s’appuyer sur un rapport de force, mais en s’opposant à l’occasion (en particulier pour ne pas gêner le « camarade » ministre Jean-Claude Gayssot) à certaines luttes grévistes, notamment dans les transports (à la SNCF au printemps dernier et plus récemment chez les routiers où elle a suivi la CFDT qui a fait lever les barrages dès l’annonce de négociations avec les patrons routiers).

La stratégie gouvernementale

Le gouvernement socialiste à participation communiste, de son côté, a une stratégie très claire : associer les centrales syndicales à sa politique, obtenir leur consentement préalable à chaque remise en cause du droit du travail ou de la protection sociale. C’est ce qui s’est passé avec les lois Aubry (avec pour dernier volet les négociations actuelles sur la réduction du temps de travail dans la fonction publique avec gel des emplois). C’est ce qui se prépare au sujet des retraites : il s’agit de faire accepter par petits bouts aux syndicats, prudemment, sans susciter des réactions intempestives de la base, une augmentation des cotisations et la mise en place de fonds de pension « à la française », en leur faisant miroiter une participation à la gestion desdits fonds de pension, un pactole pouvant se révéler bien plus lucratif, attrayant et pourvoyeur de postes bureaucratiques que la seule gestion paritaire de la Sécurité sociale. L’annonce des projets gouvernementaux a été repoussée à la mi-mars. Prudence toujours, surtout dans le contexte actuel des mouvements du secteur public, le temps d’enrubanner la réforme de façon à ce que les syndicats puissent, comme pour la loi Aubry, en vanter les aspects prétendument positifs aux travailleurs.

Le gouvernement Jospin voit même plus loin et plus grand. Il a également dans ses tiroirs une « réforme de l’épargne salariale et de l’actionnariat salarié », autrement dit un projet de « capitalisme populaire » avec des dispositifs « d’épargne » en entreprise, qui serait l’objet d’une concertation avec les syndicats. Bref, il s’agirait d’institutionnaliser ledit « actionnariat salarié » (la participation chère à De Gaulle), en y impliquant et y intéressant les syndicats. Là aussi, le gouvernement y va prudemment. Là aussi, il vient de reculer l’échéance. Cette réforme de l’épargne salariale faisait partie du projet de loi Jospin sur les « nouvelles régulations économiques » (projet qui passe actuellement au conseil d’État) censées corriger les « excès du capitalisme triomphant » disait Jospin, tout en « modernisant le capitalisme français ». Le gouvernement vient de repousser à plus tard le volet concernant l’épargne salariale et l’actionnariat ouvrier. Cela fait partie de la méthode Jospin. Faire passer les différentes remises en cause du droit du travail et autres « modernisations » du capitalisme français après s’être assuré du consentement syndical.

Mais de ce côté-là, il a tout de même d’ores et déjà de solides assurances. En tout cas des assurances politiques. Le groupe communiste de l’assemblée nationale vient de présenter un texte plaidant la cause de l’actionnariat salarié, n’hésitant pas à se référer à Louis Blanc, l’instigateur des « ateliers nationaux » de 1848, une forme d’association entre Travail et Capital qui selon les deux députés communistes rédacteurs apportait « une réponse théorique aux contradictions de l’économie capitaliste naissante » (cité par Le Monde du 18 février). « Les salariés et les organisations syndicales doivent disposer des (...) droits d’intervention, de contre-proposition, de transparence et de contrôle sur les choix de gestion courants et stratégiques de l’entreprise », commentent les auteurs du texte toujours cités par Le Monde. La CGT de Bernard Thibault veille sans doute jalousement à son indépendance par rapport au PCF qui, à l’évidence, tient toutefois à lui assurer les fondements théoriques... et pratiques de son recentrage, si l’on en croit du moins l’envolée lyrique de conclusion des mêmes parlementaires communistes : « Etendre aux salariés les possibilités d’intervention dans la gestion directe, dans les choix stratégiques des entreprises, c’est permettre un peu plus, un peu mieux, au monde du travail de remplir sa vocation civique et citoyenne au sein de la société, c’est étendre le champ de vision et de créativité de l’entreprise, pour mieux garantir son développement et son futur. Il est des investissements humains qui n’apparaissent pas immédiatement rentables mais dont les retombées sont porteuses d’avenir ».

Jusqu’à présent, au sein des pays capitalistes les plus riches, la bureaucratie syndicale française faisait plutôt figure de parente pauvre comparée aux appareils syndicaux allemands, suédois, anglais ou américains. Le jeu qui se déroule actuellement à trois partenaires entre gouvernement, patronat et syndicats pourrait bien aboutir à renforcer les moyens sociaux et financiers des appareils syndicaux français, en échange d’une politique ouvertement collaborationniste. Ce n’est pas pour rien que les grandes centrales, la CGT en tête de peloton, se sont engagées avec passion dans un programme de négociations au long cours avec le patronat et le gouvernement.

Motivations syndicales, aspirations de la base

Cela dit, ce recentrage ne passe pas si facilement. Au sein de nombreuses structures de la CGT d’abord, où des militants et des responsables locaux dénoncent le cours actuel. Dans d’autres organisations syndicales également comme à la CFDT, même si la contestation est bien moins significative. Mais aussi auprès de bon nombre de syndiqués ou non syndiqués qui participent aux mouvements actuels, perçoivent l’indécision comme les tergiversations des directions syndicales et sont bien loin de leur vouer une confiance absolue.

Pour l’heure, en dépit des fortes mobilisations de certains secteurs, les luttes ne sont pas explosives et les syndicats savent répondre à la pression en proposant au coup par coup des journées de grève et des manifestations. Ils ne font que répondre sans jamais chercher à faire faire au mouvement un pas de plus. On l’a vu à la poste, on le voit dans les hôpitaux, chez les enseignants. Ce qui est certain c’est qu’ils ne feront rien qui conduise à une généralisation des mouvements, à moins d’y être contraints.

Ce dont peuvent prendre conscience les minorités les plus décidées engagées dans les luttes en cours. Car les appareils syndicaux ne maîtrisent pas non plus tous leurs développements.

Dans le secteur hospitalier, même en l’absence de volonté des structures syndicales fédérales, le mouvement de contestation touchant certains grands hôpitaux dure depuis décembre et s’est peu a peu amplifié. Les manifestations ont grossi régulièrement : quelques centaines lors des premières, 10 000 à Paris et des chiffres proportionnellement comparables dans la plupart des autres grandes villes fin janvier. Il ne s’agit toujours pas d’un mouvement massif, avec extension rapide, mais qui présente une détermination qui dure, même si les structures syndicales fédérales se contentent de suivre sans rien faire pour anticiper, renforcer et amplifier le mouvement. L’on avait assisté au même phénomène l’an dernier avec le mouvement des enseignants, qui reprend aujourd’hui avec encore plus de vigueur dans le midi.

A la Sécurité sociale, les structures syndicales étaient présentes dans chacun des mouvements qui ont touché les caisses d’allocations familiales et les caisses primaires sur le manque d’effectifs. Les syndicats ont appelé à des débrayages locaux (ce qui est sans doute juste dans un premier temps), mais alors que le problème était de toute évidence général (des grèves ont eu lieu également en province), le seul mouvement appelé à l’échelle nationale l’a été sur la question des 35 heures, avec demandes d’embauche à la clé au mois de novembre 1999 pour appuyer des négociations nationales avec le Medef. Par contre, sur la question de l’emploi et de la détérioration des conditions de travail, les structures régionales et nationales des syndicats se sont bien gardées de s’appuyer sur le ras le bol existant pour l’aider à se coordonner entre différentes caisses, puis entre différents organismes. Les appareils syndicaux ont tout fait pour laisser prédominer le caractère local des différents mouvements.

Pourtant, lorsque la caisse primaire du 94 (Val de Marne) a lancé un appel aux autres caisses, les salariés ont répondu. Et cela aurait pu répondre au-delà : dans bon nombre de caisses primaires de province, les employés croulent sous la tâche ; les employées des centres extérieurs de la CRAMIF (assistantes sociales et secrétaires médicales) qui travaillent dans les mêmes locaux que les CPAM ont été nombreuses à téléphoner pour demander pourquoi on ne les avait pas appelées à faire grève. De la même façon, dans les caisses d’allocations familiales, il est évident qu’un appel aurait rencontré au moins l’adhésion d’une partie des employées et aurait sans doute bien plus inquiété le Ministère Aubry.

Les syndicats répondent donc à la demande, mais à la demande au plus petit niveau. Hormis quelques appels centraux ponctuels, ils ne font rien pour permettre aux mouvements de faire un pas de plus et surtout rien pour permettre aux différents mouvements de converger.

Une manifestation nationale et interprofessionnelle du type de celui lancé par le PCF le 16 octobre, mais à une autre échelle, pour l’emploi et contre les licenciements, pour les 35 heures sans flexibilité ni remise en cause des droits acquis et avec embauches compensatrices, serait sans doute à l’ordre du jour. Il serait nécessaire de la préparer ouvertement, clairement, en accord avec les grévistes des mouvements en cours.

Tout cela nécessiterait une stratégie, pour faire en sorte que chaque mouvement se trouve renforcé par l’extension. Car la combativité n’est pas absente. Ne serait-ce que dans le secteur public, les mouvements se relaient et persistent depuis plus d’un an, avec des minorités qui font preuve d’acharnement.

Ayant partie liée avec la gauche gouvernementale, les appareils syndicaux nationaux sont actuellement le principal obstacle à la généralisation des mouvements. La signature des accords sur les 35 heures a parfois déclenché la révolte de certains militants (comme à la SNCF au printemps dernier), mais aussi bien souvent provoqué le désarroi chez nombre de militants de base qui se retrouvent en retrait par rapport à la combativité d’une minorité de travailleurs, notamment des jeunes, moins liés au structures syndicales.

Mais il n’est pas sûr que les appareils réussissent à désamorcer la combativité ouvrière et à démoraliser les militants comme ils ont réussi à le faire au cours des années 80 lors du premier retour de la gauche au gouvernement. Les mouvements qui se sont succédés ces dernières années ont surtout mobilisé des minorités qui se sont éprouvées et ont souvent mesuré toutes les limites des appareils réformistes. A ces minorités combatives de mettre en oeuvre elles-mêmes une stratégie ouvrière digne de ce nom. Et aux révolutionnaires de la leur proposer et de les en convaincre.

Lutte de Classe n°49 - Mars 2000

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