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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 127, juin-juillet-août 2019

Élections européennes en Allemagne

De quoi se réjouir ? De quoi paniquer ? De quoi continuer le combat !

15 juin 2019 Convergences Monde

L’élection est passée, les Verts fêtent leur victoire (avec 20,5 % des suffrages exprimés, ils arrivent en deuxième place, ayant plus que doublé leur nombre de voix par rapport au scrutin de 2014). Mais les nombreuses voix engrangées en Allemagne et plus généralement en Europe par les partis d’extrême droite inquiètent.

L’AfD (Alternative pour l’Allemagne) a rassemblé 4,1 millions de voix [1] – certes 1,2 million de moins qu’aux dernières élections législatives générales de l’automne 2017 mais des résultats très variables selon les régions : dans des Länder d’Allemagne de l’Est comme la Saxe ou le Brandebourg, l’AfD arrive en tête avec respectivement 25,3 % et 19,9 %, à peu près le double de la moyenne nationale (11,0 %). Ce résultat bouleverse une grande partie de la jeunesse, du monde syndical et plus généralement du monde ouvrier. Tout particulièrement parce que ce parti recrute de façon nouvelle, même si cela reste à la marge, dans l’électorat populaire – aussi bien dans des milieux professionnels syndiqués que parmi les précaires et très mal payés.

40 ans de régression sociale

Cette situation est le résultat de 40 ans de régression et démantèlement social, d’infléchissement de la politique des grands partis et médias vers des discours et des politiques fleurant le racisme (et souvent le sexisme). C’est le résultat d’une injustice sociale grandissante, de plus en plus durement vécue par beaucoup et dont portent la responsabilité tous les partis traditionnels : parti de la droite (CDU/CSU), parti social-démocrate (SPD), parti libéral (FDP) mais également – parti bien traditionnel aussi en Allemagne – les Grünen (les Verts) ! La claque infligée à ces élections au SPD comme à la CDU d’Angela Merkel qui forment ensemble la coalition gouvernementale était méritée. Leur dégringolade électorale correspond à celle que l’on constate en Europe chez tous les partis conservateurs et sociaux-démocrates. Mais le discrédit de leur politique commune au pouvoir remplit la besace électorale de la droite extrême, dans des situations où les classes populaires, pour sortir de leur misère et de leur galère, n’ont pas la perspective politique, émancipatrice, d’un combat commun. Pas de confiance dans leur capacité à s’opposer, toutes et tous ensemble, à la politique des grandes entreprises qui les exploitent, de l’État qui les pille en réduisant les services publics et sociaux, santé, logement, éducation... C’est donc la porte grande ouverte à la démagogie de nouveaux nazillons.

Le parti « ami du climat »… et des industriels

Les Verts, de leur côté, se sont contentés d’utiliser le mouvement des Fridays-For-Future (Vendredis pour le futur) pour se propulser comme parti « ami du climat ». Ils ont gagné des millions de voix en surfant sur la vague de protestation d’une grande partie de la jeunesse d’Europe – dont surtout des lycéens très jeunes qu’en Allemagne ils tentent de canaliser et contrôler au mieux, pour que dans les manifestations tout ce qui serait trop anticapitaliste et antisystème soit marginalisé. Nombreux de ces jeunes expliquent en effet clairement que notre terre – et les vivants qui l’habitent – ont bien davantage de valeur que les intérêts des RWE (trust d’électricité), VW (Volkswagen), Exxon (pétrole) ou autres Bayer-Monsanto (chimie et agro-alimentation).

Les Verts en Allemagne (courant politique qui existe depuis la moitié des années 1980) ont fait la preuve à maintes reprises que leur participation gouvernementale ne protégeait ni l’environnement ni le climat. Alors qu’ils étaient au gouvernement fédéral en 2002, ils ont soutenu une « sortie du nucléaire » qui n’en était pas une mais était un simple prétexte à distribution de millions de subventions aux multinationales de l’énergie. Dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie (dont fait partie la région de la Ruhr), l’ancien gouvernement « Rot-Grün », (« Rouges-Verts », c’est-à-dire sociaux-démocrates et Verts alliés au gouvernement régional) a lui-même autorisé la mise en marche de ces pelles excavatrices qui continuent à détruire la forêt de Hambach (pour l’extension dans la région de Cologne d’une mine déjà immense de charbon à ciel ouvert, qui a donné lieu à des manifestations de plusieurs dizaines de milliers de personnes). Dans le Bade-Wurtemberg à Stuttgart, c’est un premier ministre « vert » qui a arrangé les affaires d’industriels de l’automobile plongés dans le Dieselgate, et leur a épargné d’en faire eux-mêmes les frais. Au gouvernement régional de Berlin, c’est une ministre verte qui propulse la privatisation et le démantèlement du S-Bahn (genre de RER). Et peu ont oublié comment les Verts en 2003 ont contribué à l’introduction des « Lois Hartz » et de « l’Agenda 2010 », machines de guerre contre les chômeurs mise en branle par le chancelier et leader social-démocrate Schröder.

Coups de colère et mobilisations

Mais les lycéens et étudiants, travailleurs, chômeurs, ont pu et su aussi, ces derniers temps, montrer leur opposition à ces politiques. La lutte pour la sauvegarde du climat n’est pas qu’un thème de campagne. Depuis quelques mois, ont lieu des manifestations de rue tenaces et massives. Les questions sociales aussi – bien que dans une moindre mesure – ont donné lieu à des coups de colère et mobilisations, en particulier contre la hausse des loyers. Le désespoir n’est pas le seul à s’exprimer. Il y a aussi de la colère. Le combat contre les dégâts infligés par le capitalisme au climat et à la nature, le combat pour des moyens décents de se loger, a fait descendre des centaines de milliers de jeunes et moins jeunes dans les rues, les a rassemblés dans des luttes. La hargne avec laquelle aussi bien l’AfD que la CDU ont réagi à ces mobilisations suffit à montrer qu’elles sont la bonne voie ! C’est par la poursuite, l’élargissement et l’intensification de ces combats politiques et sociaux, qu’un coup d’arrêt peut être mis à la droitisation du pouvoir et à la débauche de profits de ceux qu’il sert.

30 mai 2019, Jordan Düssel et Sabine Müller


[1Sur 61,6 millions d’inscrits et 37,8 millions de votants, ce qui fait un taux d’abstention de 38,6 % nettement en baisse par rapport à 2014 où 51,9 % des inscrits n’avaient pas voté.

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