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Dans l’atmosphère guerrière, les gouvernements s’apprêtent à embrigader la jeunesse

29 juillet 2022 Article Monde

Partout dans le monde, et en particulier en Europe, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué le retour en force des discours militaristes, accompagnés d’augmentation des budgets militaires parfois spectaculaires et de l’union nationale. Dans cette atmosphère, les discussions sur le retour du service militaire, aboli dans de nombreux pays de l’UE ces dernières années, voire décennies, reprennent dans plusieurs pays.

SNU, service civique obligatoire : La mise au pas de la jeunesse au programme

En France, les premiers pas avaient déjà été faits par Macron avec le lancement du Service National Universel (SNU) en 2018. Censé devenir obligatoire pour tous les jeunes de 16 ans, le SNU promet un mois de Marseillaise, d’exercice physique et de modules civiques. Pas de marche forcée au pas cadencé ou d’exercice de tir donc, mais un encadrement par des militaires pour renforcer la « cohésion nationale » : une sorte de stage intensif d’abrutissement patriotique pour préparer la jeunesse à l’embrigadement… dans le monde du travail et l’union nationale, en attendant d’éventuels besoins militaires. Et, évidemment, comme lors des « journées d’appel », une publicité pour le recrutement de l’armée. Le SNU est en cours de généralisation à tous les départements, avec des centres dédiés, et devrait devenir obligatoire progressivement dans l’année 2022/2023 – se déclinant dans sa dernière version en un « séjour de cohésion » de deux semaines, hors du département d’habitation, puis d’une « mission d’intérêt générale » de 84 heures, qui peuvent être suivies d’un engagement facultatif de trois mois supplémentaires.

En Allemagne est envisagé le même genre de service civique obligatoire d’un an, une proposition accompagnée d’un discours qui fustige une génération soi-disant « individualiste » à laquelle il faudrait inculquer la solidarité… en comblant les trous, notamment dans les métiers du care où les démissions et burn-out sévissent, tout cela quasiment gratuitement. Mais là encore, l’objectif n’est pas que « civique », puisque ce service pourra être effectué à l’armée, qui redouble depuis des années de mesures d’attractivité pour recruter, et espère attirer des jeunes travailleurs en offrant des conditions moins pires que d’autres métiers. Embrigader les jeunes, leur apprendre la « solidarité nationale », combler le manque de main-d’œuvre à peu de frais et étoffer les rangs de la Bundeswehr : une belle opération pour les dirigeants allemands, mais qui rencontre peu d’enthousiasme dans la jeunesse.

« Conscription citoyenne » ou « défense populaire » : les fausses alternatives de la gauche

Alors qu’outre-Rhin, c’est le gouvernement de gauche (une alliance socialistes, écologistes et libéraux) qui remet à l’ordre du jour le service (plus ou moins) militaire, la gauche française n’est pas en reste sur le sujet. Mélenchon, habitué du salon de l’armement du Bourget et dont la principale critique l’armée française est… qu’elle tue avec des armes fabriquées à l’étranger, a toujours affirmé qu’il était un fervent soutien du service militaire, ce prétendu « acquis de la Révolution française », dont l’abolition aurait distendu les liens entre l’armée et la nation. La France Insoumise critique le SNU, rediscuté début juillet à l’Assemblée, et réclame même son abolition. Pourquoi ? Car il serait une simple « colonie de vacances, sans objectif ni portée ». Les insoumis réclament une « conscription citoyenne » de 9 mois pour tous les jeunes de 18 à 25 ans, où les jeunes effectueraient des « tâches utiles à la nation », centrées sur l’armée et la police.

Le problème du SNU serait donc son caractère trop folklorique, au lieu d’être « l’impôt du temps au service de la patrie » défendu par Mélenchon, véhiculant au passage l’illusion qu’un service militaire national équivaudrait à une « défense populaire ». Comme si le problème du bras armé de l’État bourgeois était l’affaiblissement du lien entre l’armée et la population. Pas sûr que les jeunes préfèrent ces 9 mois au garde-à-vous à la colonie de vacances nationaliste de Macron. D’un point de vue militaire, toute ces propositions ne valent pas grand-chose, car ce ne sont pas des jeunes ayant tenu trois fois un fusil et chanté la Marseillaise qui iront bombarder le Mali ou d’autre régions du monde pour les intérêts des capitalistes français.

En Allemagne comme en France, dans un climat de tensions inter-impérialistes et de crise économique, il s’agit de préparer la population, et surtout la jeunesse, à ne pas rompre les rangs de l’union nationale et à accepter voire soutenir le militarisme rampant.

Ce futur fait d’embrigadement, d’hymne national et de sport matinal ne semble pas faire rêver la jeunesse si l’on en croit les sondages, mais ces projets (qui commencent à se réaliser) n’ont pas provoqué de grandes mobilisations pour autant. C’est bien par nos luttes que nous pourrons refuser le futur qu’ils nous préparent. À nous donc de montrer qu’en terme de marche, nous préférons largement les manifestations aux rangs serrés en uniforme !

Dima Rüger

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