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Contre les licenciements et les suppressions d’emplois : le succès de la manifestation du 23 janvier doit en appeler d’autres !

25 janvier 2021 Article Politique

La manifestation pour l’interdiction des licenciements et des suppressions d’emplois, à l’appel des travailleurs de TUI ce samedi 23 janvier à Paris, a réuni plus de 2 000 personnes. Un réel succès dans une ambiance générale plutôt atone, et obtenu à la force du poignet. Car cette initiative est venue de syndicats de base.

Lancé par la CGT de TUI, plus d’une trentaine de syndicats (CGT, Sud, FO…) de différentes entreprises menacées avaient signé l’appel à manifester et y ont répondu par des délégations de toutes tailles : les salariés de TUI, ceux de Total Grandpuits en grève depuis près de trois semaines, venus avec tenues et tambours, de General Electric Villeurbanne, de Sanofi à Vitry, de SKF Avallon dans l’Yonne, de Geodis à Gennevilliers, de Cargill dans le Nord, de Renault Lardy ou Guyancourt, de MBF Aluminium dans le Jura, de Monoprix, d’EDF, de Fedex, d’Airbus, des salariés de Seris/Securitas de Roissy, ou encore des salariés de la société de jeu vidéo Blizzard à Versailles (notamment producteur du célèbre World of Warcraft), des salariés de la Poste, de PSA, de la SNCF et bien d’autres…

Un cortège de Gilets jaunes était venu soutenir les ouvriers en lutte : l’un d’eux, au chômage, justifiait sa solidarité avec les salariés menacés : « Nous sommes ici parce qu’on se fait tous exploiter, qu’on ait un emploi… ou pas ! ». Des délégations sont venues parfois de loin, en bus, en train ou en voiture, de Lille, Grenoble ou Rouen pour battre le pavé face aux lieux de pouvoir : l’Assemblée nationale, le ministère du travail ou encore le siège du Medef.

Des personnalités politiques avaient emboîté le pas, comme Jean-Luc Mélenchon et Clémentine Autain de LFI, Fabien Gay du PCF ou encore Olivier Besancenot et Philippe Poutou du NPA qui avaient soutenu l’appel.

(Source photo : bruno arlequin9969 via Flickr.com)

Tous à la manifestation contre les licenciements… et contre l’isolement !

Tous les salariés menacés présents à la manifestation pouvaient se retrouver sur un point : contre les licenciements, les suppressions de postes et fermetures de sites, il n’est plus question de rester seuls, entreprise par entreprise ou site par site. Beaucoup le disaient : c’est en se rassemblant et en se coordonnant que nous pourrons en entraîner d’autres et faire reculer tant les patrons licencieurs que le gouvernement qui les protège, les subventionne et supprime également des emplois.

On a vu dans cette manifestation bien des militants syndicaux qui se ralliaient pour la première fois à ce type d’initiative à l’appel d’une entreprise menacée. Les discussions ont été nombreuses, comme l’ont été les contacts pris entre les salariés des différentes entreprises. Chacune cherchant dans sa propre région, mais aussi au-delà, des soutiens chez les autres pour les prochaines échéances qui les menacent : dépôt de PSE, annonces des postes supprimés, pour la grève déjà entamée ou déjà programmée… Toutes décidées à rendre les soutiens apportés, afin que les luttes des uns rendent visibles celles des autres et qu’aucun salarié ne soit plus seul face aux licenciements, restructurations ou fermetures de sites…

Puisque les directions syndicales refusent de coordonner, il faudra bien le faire aussi sans elles !

Les grandes confédérations syndicales n’ont finalement pas voulu se sentir solidaires de la démarche, privilégiant le rendez-vous national du 4 février comme si les deux s’opposaient. Comme le disait un salarié CGT dans la manifestation : « Je suis là aujourd’hui, je serai de nouveau dans la rue le 4 février, c’est pour préparer le 4 qu’on défile à l’appel des TUI. » Un autre, travailleur CGT dans une grande entreprise signataire de l’appel, formule ainsi ses critiques contre sa propre confédération : « Quand j’étais jeune, j’étais dans la “ligne”, aujourd’hui la “ligne” c’est nous qui la faisons ! » Pour beaucoup, c’est donc aux salariés eux-mêmes de se coordonner et de se regrouper malgré les confédérations syndicales qui prêchent le « chacun chez soi, chacun pour soi ». Cette même stratégie qui a amené à bien des défaites successives face aux licenciements, sans parler des sacrifices que les syndicats eux-mêmes ont demandé d’accepter ces dernières années, soi-disant « pour sauver l’emploi ». Mais pour bien des salariés il n’est pas question de « négocier » la destruction de l’emploi, les licenciements « boîte par boîte » ou « site par site », il s’agit bel et bien de lutter.

(Source photo : bruno arlequin9969 via Flickr.com)

Du mot d’ordre pour « l’interdiction des licenciements »… aux moyens de l’imposer

Certes, si certains sites sont déjà en grève (parfois depuis plusieurs semaines, comme celui de Total Grandpuits) ou que d’autres l’ont déjà votée pour la semaine prochaine (comme à Sanofi Vitry en région parisienne, ou Sanofi Marcy près de Lyon), dans beaucoup d’autres « la grève » n’est pas encore à l’ordre du jour. Beaucoup d’équipes tentent encore de convaincre leurs collègues que, par la mobilisation, on peut faire reculer patrons et gouvernement. Mais dans la lutte contre les licenciements, ça ne peut pas être la grève ou rien, et la lutte commence parfois bien avant que la grève devienne crédible.

De même, tous les salariés qui se battent ne réclament pas encore la même chose. Et pour cause : les revendications ne sont pas les mêmes quand on pense pouvoir faire reculer son employeur et quand on en doute. Mais à cette échelle, pour le moment locale, les différentes revendications ne s’opposent pas les unes aux autres. Quel que soit ce que les travailleurs pensent pouvoir imposer : de l’interdiction des licenciements aux indemnités les plus avantageuses possibles pour les salariés (et donc plus coûteuses pour les patrons), il ne s’agit surtout pas d’opposer une revendication à une autre, car sur le fond toutes combattent à leur manière les licenciements.

Un seul mot d’ordre : sortir de l’isolement, se coordonner avec d’autres !

Le problème réel est de sortir de son isolement, et du même coup de faire évoluer le rapport de force en faveur des travailleurs.

Cette première manifestation à l’appel des TUI, et relayée par d’autres en pleine crise sanitaire, a de fait placé un jalon vers un « tous ensemble » des salariés des entreprises menacées. Un jalon modeste peut-être, mais qui pourrait devenir déterminant pour la suite : le grand mérite des travailleurs de TUI ou de Total Grandpuits n’est pas encore d’avoir réussi, mais bel et bien de le tenter. Pour le moment, bien des salariés ne croient pas dans leurs propres forces. Mais tout changerait si les entreprises menacées, celles qui se sont retrouvées le 23 janvier dans la rue et les prochaines, prenaient sur elle d’en appeler aux autres.

Ce que le patronat redoute, c’est l’explosion de colère qui regrouperait tous les travailleurs menacés, voire qui entraînerait ceux des autres secteurs, à commencer par ceux dans les régions où la fermeture d’une grande entreprise menace des milliers d’emplois chez les sous-traitants. Ce qu’ils redoutent, nous devons donc le rechercher : faire se rejoindre les conflits, ne pas les laisser « éparpillés ».

Aujourd’hui la série de suppressions d’emplois annoncée est la poursuite d’une offensive générale qui nous concerne tous. Une offensive pour restructurer des secteurs entiers (dans l’automobile par exemple et a fortiori chez les sous-traitants), précariser la main-d’œuvre, baisser le coût du travail, en utilisant le chômage pour faire pression sur les salaires, en surchargeant de boulot une partie des travailleurs pendant que l’autre est au chômage. Et cette offensive ne peut-être menée par le patronat qu’avec une aide active de l’État.

Et ce n’est pas une loi pour interdire les licenciements ou contrôler les aides publiques qui changera cette situation : quand bien même, le temps que ce soit un jour voté, tous les salariés auront déjà été licenciés. Et si l’interdiction des licenciements devait prendre la forme d’une loi, celle-ci serait imposée par la lutte, bien plus que par une campagne juridique. C’est maintenant que les licenciements se font : l’urgence, c’est la mobilisation des salariés et l’extension des grèves comme celle de Total...

Loin d’en rester à la défense entreprise par entreprise ou à la recherche de solutions locales, toutes d’ailleurs plus ou moins illusoires, au nom du « savoir faire » ou de l’appel à l’État (qui affiche son intention d’ouvrir grand la porte aux licenciements faciles), c’est à l’ensemble des travailleurs que ceux qui se retrouvent directement acculés à la lutte pour leur emploi peuvent s’adresser. Car leur détermination pourrait donner confiance à d’autres pour qu’un nouveau coup de colère fasse peur au patronat et au gouvernement et les fasse reculer. C’est ce que cette manifestation du 23 laisse espérer.

Le 24 janvier 2021, Léo Baserli

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