Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Autres archives > Les articles dans « Lutte de Classe » > 2000 > novembre > 1er

Contre Seillière et Jospin, la riposte nécessaire

1er novembre 2000 Politique

Drôle de rentrée sociale 2000, où le haut du pavé a été tenu par le duo du MEDEF, Seillière et Kessler, qui a finalement imposé une réforme de l’UNEDIC représentant une sérieuse attaque contre la classe ouvrière. Avec l’approbation des dirigeants de la CFDT, de la CGC et de la CFTC. Ce beau monde a prétendu que les chômeurs coûtaient trop cher au patronat et ce dernier a obtenu une ristourne de plusieurs dizaines de milliards de francs sur ses cotisations. Ce beau monde a prétendu aussi qu’on ne pouvait pas continuer à indemniser des chômeurs qui ne feraient pas l’effort de chercher un travail et continueraient, à les en croire, à se la couler douce avec les deniers de l’UNEDIC. Un PARE ou « Pacte pour l’Aide au Retour à l’Emploi » vise donc à les contraindre à chercher un emploi. Et Jospin s’est engagé à donner son agrément à ce PARE, en échange d’une ristourne de 20 milliards versés par l’UNEDIC à l’État !

Le but de la réforme de l’UNEDIC est d’obliger les chômeurs à prendre n’importe quel travail, pour n’importe quelle durée et n’importe quel salaire. Au risque de ne plus toucher d’allocations. Voilà qui diminuera le nombre des chômeurs indemnisés et surtout, qui augmentera le nombre de travailleurs mal payés et fera pression à la baisse sur les salaires, à un moment où dans un contexte de légère croissance, le patronat cherche précisément à résister à la revendication de leur augmentation qui monte dans la classe ouvrière.

Les caisses de l’UNEDIC (alimentées par les cotisations patronales et salariales) n’indemnisent pourtant aujourd’hui que 42 % des travailleurs privés d’emploi mais il faudrait que ce nombre baisse. Il faudrait que davantage de chômeurs soient rayés des listes. Autant d’économies pour le patronat. Autant d’amélioration des statistiques du chômage. Et pendant que patronat et gouvernement parlent beaucoup du nombre des chômeurs à indemniser ou à ne plus indemniser ! ils font silence sur les licenciements auxquels continuent de recourir les entreprises. Et qui alimentent le chômage.

Les statistiques du chômage sont « bonnes » !

« Forte baisse du chômage en septembre », claironne le gouvernement et la grande presse qui lui emboîte le pas. En un an, « la baisse du nombre des chômeurs à la recherche d’un emploi à durée indéterminée s’élève à près de 430 000 » et il n’y aurait « plus que » 2 270 200 chômeurs comptabilisés officiellement. Depuis juin 1997 et l’arrivée du gouvernement Jospin, le nombre de chômeurs aurait régressé de 870 000. La même presse ne peut cependant dissimuler que le nombre actuel de chômeurs grimperait à 2 722 000 (soit 500 000 de plus) si les travailleurs qui n’ont qu’un emploi occasionnel de plus de 78 heures dans le mois étaient comptabilisés comme chômeurs. Eux et bien d’autres qui n’ont qu’un travail partiel non choisi, ou qui n’ont qu’un travail par intermittence, ou n’ont plus le courage d’en chercher un, sont rayés des listes. De fait, le chômage ne recule que dans la mesure où augmente le travail précaire, partiel, intermittent et pour tout dire mal payé. La statistique des chômeurs indemnisés baisse, mais le nombre des travailleurs mal payés augmente. La France a elle aussi, en nombre croissant, ses « working poors » (travailleurs pauvres). La proportion de ceux qui sont ballottés entre le chômage et des périodes courtes et aléatoires de travail est passée du simple au double en quelques années et atteint presque 15 % aujourd’hui.

Le chômage a écrasé les salaires.

Comme partout dans les pays industriels d’Amérique du Nord et d’Europe, les patrons utilisent le chômage pour faire pression sur les salaires. Certes, ce ne sont pas les salaires nominaux qui baissent directement (encore que l’application des 35 heures Aubry et la suppression de l’indemnisation des heures supplémentaires, du travail du samedi ou du week-end, en a fait baisser sensiblement certains). Mais les plans de licenciements qui continuent et visent à dégager davantage de profits et à faire flamber le cours des actions du fait de la promesse de gains ultérieurs supplémentaires, remplacent une main-d’oeuvre stable, ancienne et relativement bien payée, par une main-d’oeuvre intérimaire, plus jeune et payée au lance-pierres. Les grandes entreprises du pays ont ainsi remplacé le quart, voire le tiers de leurs effectifs antérieurs par des travailleurs moins coûteux. Et elles font en sorte que cette main-d’oeuvre soit fluctuante et perpétuellement remplacée : c’est autant de gagné sur les primes d’ancienneté et une multitude d’avantages dont bénéficient les « embauchés fixes ».

Les 35 heures à la sauce Aubry sont venues apporter leur coup de pouce au renforcement de l’exploitation. En prévoyant la flexibilisation méthodique de la force de travail, l’introduction de clauses de modération salariale (ce que près de la moitié des accords signés comportent) et la subvention financière des bas salaires, la nouvelle législation n’incite nullement les patrons à augmenter les effectifs, juste à faire baisser le niveau des salaires.

Un numéro spécial récent d’Alternatives Economiques (publicité non payée pour ce mensuel très clément pour la politique gouvernementale !) fait le constat de toute cette évolution : « Les salariés, oubliés de la croissance »... Durant la décennie 90, la « richesse nationale » aurait progressé deux fois plus vite que le montant des salaires. Le pouvoir d’achat moyen des salaires a baissé. Et on pourrait remonter à 1982, où le premier gouvernement de gauche plurielle de l’ère Mitterrand les a bloqués.

Mais où est passé l’argent de la croissance ? Dans les poches du patronat qui a accentué l’exploitation pour faire croître ses marges et les dividendes des propriétaires du capital, mais aussi dans les caisses de l’État qui pour accroître ses rentrées fiscales et augmenter ses cadeaux régaliens au patronat, a pressuré les contribuables populaires, par la CSG, la CRDS mais aussi la TVA et les taxes indirectes, tout particulièrement sur l’essence, qui touchent plus durement les travailleurs et les chômeurs que les riches. Selon des estimations, l’État verse chaque année plusieurs centaines de milliards de subventions et dégrèvements divers au patronat dont les dizaines de milliards supplémentaires offerts à l’occasion de la loi Aubry.

Puisque la gauche est plurielle, Jospin veut faire partager à tous le discrédit

Cette offensive sans précédent contre les travailleurs et les chômeurs menée depuis trois ans par le patronat et le gouvernement de la gauche plurielle, rejaillit sur le crédit dont se flattait Jospin. Sa cote n’a pas gagné dans les milieux populaires. Deux ministres, Claude Allègre et Christian Sautter, ont dû quitter le gouvernement à la fin de l’hiver 2000 parce qu’ils avaient été malmenés par des mouvements de grève importants dans leurs secteurs de l’éducation nationale et des impôts. Sans parler de l’ex-ministre de l’économie, Dominique Strauss-Kahn, qui a dû démissionner quelques mois plus tôt pour cause de compromission dans un imbroglio de scandales financiers. Deux autres ministres, Jean-Pierre Chevènement et Martine Aubry, viennent de quitter le gouvernement parce qu’ils craignaient que leur carrière ne souffre du discrédit gouvernemental. Les années qui viennent étant des années d’élections municipales, législatives et présidentielles ils veulent se ménager les meilleures chances de les utiliser comme tremplin pour des « ambitions nationales », comme ils disent. Ils préfèrent donc quitter le navire. Raison de plus pour Jospin d’imposer à ses alliés de la gauche plurielle de serrer les rangs.

Certes, à l’occasion du vote du volet « recettes » du budget de la Sécurité sociale, les députés Verts et PC ont maugréé, obtenu quelques broutilles et se sont finalement abstenus au lieu de voter contre un budget qui piétine les aspirations sociales minimales de militants communistes et écolos. Si la règle du jeu du prétendu pluralisme gouvernemental veut qu’on émette quelques critiques, point trop n’en faut. La marge de manoeuvre est en fait bien étroite.

Surtout pour le PC auquel Jospin réserve de toute évidence le rôle essentiel d’étouffoir des revendications et mobilisations populaires, du fait de ses attaches avec une partie de la classe ouvrière. Le contrat est bel et bien scellé, entre le PC et le gouvernement, tout particulièrement à l’occasion de ces municipales où le PC se présente, sauf rares exceptions, sur les listes communes de la gauche plurielle et devra vraisemblablement la réélection de ses notables des grosses municipalités à cette alliance. Sauf mouvements importants de l’électorat, bien évidemment.

Car sans ces « primaires » bouclées depuis quelques mois dans le secret des états-majors, le PC ne serait pas assuré de garder ses « fiefs ». Il ne cesse de perdre du terrain militant et électoral depuis qu’il a fait le choix de se compromettre avec les gouvernements socialistes, auxquels il a participé ou qu’il a soutenus. Il a également perdu du terrain depuis que l’Union soviétique s’est dissoute, même si le PC devait de moins en moins sa force à ce soutien. Et aujourd’hui, tout se passe comme si l’affaiblissement du PC (dont les scores ont chuté de plus de la moitié en 20 ans) conduisait ses dirigeants à ne plus oser, pour regagner du crédit, même menacer d’appeler les travailleurs et les chômeurs à une mobilisation. Il ne faut rien faire qui puisse entraîner, susciter, encourager des réactions trop vives, contagieuses, dans ce milieu ouvrier et populaire avec lequel le PC conserve encore des relations privilégiées. L’alliance avec Jospin est à ce prix. Les dirigeants et les notables du PC ont en tout cas choisi de s’en remettre au parti socialiste et à Jospin, plutôt qu’à leur propre base, pour assurer la survie de leur appareil à court terme du moins. Les dirigeants du PC semblent tentés de renoncer à ce qui faisait l’originalité de leur parti, à savoir leur capacité de mobilisation dans la classe ouvrière pour instaurer entre leur parti et les classes dominantes un certain rapport de forces. Certes, voilà des décennies que les dirigeants du PC utilisaient ce rapport de forces à des fins n’ayant rien à voir avec les intérêts des travailleurs. Et ils encourageaient à des luttes pour les détourner, les trahir. Mais c’est même à cette « culture lutte de classe » certes dévoyée par le stalinisme qu’ils semblent aujourd’hui renoncer. Ce qui n’est pas sans conséquences sur la situation sociale.

Plus besoin pour les travailleurs d’instaurer un rapport de forces ?

Car le PC conserve des liens avec la CGT. De leur côté, les Verts en ont au sein d’autres centrales syndicales et associations. Et leur alignement derrière Jospin se traduit par le rôle tangible d’étouffoir que jouent les directions ou responsables syndicaux liés à la gauche plurielle. Et ne parlons pas, évidemment, de ceux qui sont directement liés au PS !

Une péripétie estivale de ce long feuilleton de la négociation du PARE est bien symbolique. En août dernier, une cinquantaine de personnalités de gauche lançaient un « Appel pour une refondation du système d’assurance chômage ». Cet « appel des 50 » était adressé au gouvernement, sur un ton solidaire et louangeur puisqu’il disait : « Nous nous félicitons que le gouvernement de gauche plurielle ait refusé de donner son agrément au premier projet de convention initié par le MEDEF ». Les signataires proposaient au gouvernement d’apporter « une réponse progressiste », d’introduire un « contrôle démocratique et social, ouvert aux citoyens » sur le système d’incitation au retour à l’emploi ! Et de le supplier également de réunir « Des états généraux pour sécuriser et non précariser » ! Et l’on trouvait dans cette liste des « 50 » tout le Gotha des responsables de syndicats et d’associations de chômeurs dont la politique n’est malheureusement pas sans effets sur le niveau de la lutte de classe : Christophe Aguiton et Claire Villiers (responsables de AC !), Joëlle Charruel (secrétaire générale de SUD-PTT), Hubert Constancias (responsable de fédération d’associations de chômeurs, MNCP), Bruno Dalberto (CFDT Transports), Noël Daucé (CFDT ANPE), François Desanti (CGT chômeurs), Michel Deschamps (FSU), Jean-Christophe Le Duigou (secrétaire confédéral de la CGT), Nadine Garcia (CGT, membre du conseil économique et social), Michel Lamy (dirigeant confédéral de la CGC), Philippe Villechalane (APEIS) des dirigeants du PC également, quelques marginaux du PS et même, en prime, deux dirigeants de la LCR (Christian Piquet et Dominique Mezzi).

Les responsables signataires d’appareils syndicaux ou associations se sont bien gardés, tout au long de ces semaines où la refonte de l’UNEDIC a occupé le devant de la scène, de s’adresser à leurs mandants, aux travailleurs et aux chômeurs eux-mêmes, pour leur expliquer et leur ré-expliquer ce qui se tramait contre eux et les encourager à préparer la mobilisation générale.

Car les vagues de licenciements qui continuent, la flexibilisation de la force de travail à l’aide de la loi Aubry et maintenant le PARE pour peser à la baisse sur les salaires, à quoi il faut ajouter la détérioration des conditions de travail, toutes ces attaques patronales visant à accentuer l’exploitation, constituent bien les volets d’une offensive patronale générale contre laquelle la classe ouvrière ne peut pas répondre au simple coup contre coup. Certes, il faut riposter ici contre les licenciements, là contre les conditions de travail ou l’application de clauses pourries d’un accord de 35 heures, là encore pour une augmentation de salaires. Mais dans un contexte d’offensive patronale générale et concertée, la classe ouvrière ne peut marquer des points que si elle a, elle aussi, de son côté, des perspectives générales. Un programme de revendications radicales commun aux travailleurs et aux chômeurs. Et un plan de mobilisation.

C’est ce que les bureaucraties réformistes liées au gouvernement de la gauche plurielle, ne veulent pas mettre en avant. D’où une tactique d’accompagnement des luttes plutôt que d’encouragement aux luttes, et surtout à des luttes savamment émiettées selon les secteurs, les problèmes, sans que jamais une agitation en faveur de la nécessaire extension sur des objectifs communs ne soit faite. Surtout pas !

Le discours de rentrée de Bernard Thibault, le 5 octobre à la Mutualité, devant un parterre de secrétaires de sections d’entreprise CGT est on ne peut plus instructif à ce sujet. Il a parlé de tout, de rien, de problèmes d’organisation, de « trucs » pour renforcer le syndicat, mais il a surtout brillé par l’absence de perspectives générales. Des militants pourtant demandaient des comptes, tout particulièrement sur la récente offensive patronale contre l’UNEDIC ou pour les salaires. Et c’est tout à fait consciemment que Bernard Thibault a fait porter l’accent sur les revendications catégorielles, y compris celles de grilles de salaires, plutôt que sur l’augmentation générale et uniforme pour tous, au motif hypocrite qu’il faudrait militer au plus près des travailleurs.

En matière de salaires, de fait, la direction de la CGT annonce une grande campagne de rentrée pour leur augmentation. Fort bien. C’est une revendication importante qui pourrait unir tous les travailleurs, car à tous il manque au moins 1500 à 2000 F par mois. Mais la direction de la CGT n’avance aucune augmentation générale, commune et substantielle. Elle se contente de réclamer un SMIC à 8500 F bruts mensuels ou 50 F de l’heure (ce qui fait 8500 F bruts pour 39 heures ! « Net », cela fait le SMIC à 7100 , ce qui est bien timoré.

Thibault a également déploré le faible taux de syndicalisation. Mais pour vraiment renforcer le syndicat, n’est-ce pas une guerre déclarée contre le patronat et le gouvernement qui serait nécessaire ? Une guerre qui nécessite certes de mobiliser toutes les catégories de travailleurs du public et du privé, jeunes et retraités, chômeurs, à partir de leurs propres revendications, mais qui toutes qu’il s’agisse de licenciements, de conditions de travail ou de salaires sont des manifestations de la même offensive patronale. Ce que les travailleurs comprennent bien mieux que ne le laissent croire les responsables de la CGT ou des autres bureaucraties syndicales qui militent contre toute convergence d’intérêts et de luttes.

Encore une fois, l’argument des bureaucraties est que les travailleurs ne seraient pas prêts à lutter, qu’on ne pourrait pas déclencher un mouvement d’ensemble en claquant des doigts, que les dirigeants voudraient bien mais que la base serait défaillante. On connaît la chanson.

Si la situation sociale de ces dernières années, et même de ces derniers mois, prouve quelque chose, c’est plutôt le contraire. C’est plutôt que le mécontentement, voire l’exaspération de nombreux secteurs de la classe ouvrière, s’exprime y compris par des luttes, des débrayages, des protestations. Mais que les appareils, tous autant qu’ils sont, ont pour politique de laisser échapper la vapeur par petites bouffées, dans une multitude de conflits généralement limités dans le temps, mis à part quelques conflits durs et longs contre les licenciements et fermetures d’entreprises, pour que surtout elle ne se concentre pas de façon explosive et contagieuse. La situation sociale ne doit pas gêner, ou pas trop, le patronat et le gouvernement !

Mais il y a les cheminots !

A la SNCF, la journée de grève du 28 septembre, à laquelle ont appelé toutes les organisations syndicales pour les salaires et des embauches a été bien suivie. La base n’a pas été défaillante. Il faut dire que les salaires sont quasiment bloqués depuis des années. Et les 0,4 % de revalorisation au 1er juillet 2000 accordés par la direction, soit 28 F par mois pour les salaires de départ (environ 7 000 F bruts) faisait figure d’aumône. En comparaison, le coût des concessions que les patrons routiers venaient d’obtenir du même ministre des transports, soit 6 à 7 milliards de F, représentait l’équivalent d’une augmentation de 2 800 F par mois et pendant un an pour les 175 000 cheminots ! Et la SNCF, qui se vante cette année d’être redevenue bénéficiaire va largement en croquer, au titre de plus gros transporteur routier via Calberson, Géodis et autres. A cela s’ajoute la dégradation des conditions de travail et les effectifs insuffisants alors que le trafic augmente. Le ras-le-bol est bien là.

Mais face à ce climat, tout s’est passé comme si les syndicats avaient pour seul souci de capitaliser la grogne pour leur boutique. Qui démarrerait le premier ? Ce fut SUD. Ce syndicat n’appela à la grève qu’une minorité de cheminots, le 19 septembre, pour l’augmentation des salaires et l’intégration de diverses primes au salaire, grève qui toucha principalement les agents de conduite et les secteurs les plus combatifs qui restèrent isolés. Puis SUD se rallia à la journée du 28 septembre organisée par les autres centrales syndicales.

La FGAAC, elle, lançait à son tour un appel à une grève reconductible du 25 au 29 septembre, sans succès, qui s’est résumée de fait à la journée du 28.

Pour cette grève du 28 septembre, les tracts d’appel de la CGT ont souligné, moult formes de calcul à l’appui, que le pouvoir d’achat des cheminots avait baissé d’environ 20 % depuis une vingtaine d’années. Pour ne mettre pourtant en avant, en guise de « première étape », que la revendication d’une augmentation de 6 %. La CFDT n’a pas eu de mal à faire mieux en revendiquant une augmentation uniforme de l’ordre de 800 F. C’est SUD-Rail qui a défendu la revendication somme toute plus raisonnable de 1 500 F pour tous.

Cette grève a été un succès. Et dans la foulée, la direction de la SNCF a annoncé qu’elle accorderait une augmentation de 0,4 % supplémentaire, et une prime ponctuelle de 1 000 F. Cela ne faisait pas le compte. Mais les directions syndicales avaient fixé le cadre d’avance : une grève de 24 heures, non reconductible, donc sans lendemain et a fortiori sans assemblée générale le lendemain ! Des assemblées n’ont eu lieu que là où des militants ont voulu et pu passer outre.

Des travailleurs d’autres secteurs que la SNCF, solidaires avec les cheminots en grève, se sont dits que ces derniers n’avaient pas perdu leur journée. Certes. Mais même en additionnant ces 0,4 % d’augmentation à ceux du mois de juillet, cela ne couvrait même pas l’inflation de l’année. Cela a suffi néanmoins aux syndicats pour se féliciter d’une « avancée » et prendre rendez-vous pour les prochaines négociations salariales en 2001. Reste à savoir si les cheminots auront cette patience.

Quant au problème des embauches, autre thème de la grève du 28 septembre et autre sujet de mécontentement des cheminots, il est tout simplement passé à la trappe. Pourtant, le manque de personnel se traduit par des conditions de travail qui se dégradent sévèrement, des horaires impossibles, des jours de congés et de repos qu’on accumule sans pouvoir les prendre. Et l’application des 35 heures signées à l’époque par la CGT et la CFDT a rajouté à cette dégradation des conditions de travail.

Ni les embauches ni les salaires n’ont été mis au programme de la seconde journée d’action de la rentrée à laquelle les cheminots ont été ensuite appelés, le 19 octobre. Cette fois, les appareils syndicaux ont appelé à une manifestation nationale mais sans appel à la grève ni dépôt de préavis pour permettre aux cheminots de s’y rendre. Ce qui, pour les villes de province, a réduit la participation à celle de délégations de militants. « Ensemble, cheminots actifs et retraités, contre la déréglementation et la libéralisation du rail, pour l’unicité de la SNCF, pour un service public de qualité, et pour les revendications sociales », disait la banderole de tête du cortège. Pour bon nombre de dirigeants syndicaux qui sont allés rencontrer Gayssot, ce jour-là, la manifestation était un soutien au ministre dans les négociations avec les autres pays de la Communauté européenne sur le transport ferroviaire.

Cela n’a pas empêché les cheminots de participer massivement au cortège de 20 000 à 30 000 personnes, avec les mêmes raisons de mécontentement qui les avaient poussés à la grève le 28 septembre.

Quant à l’inquiétude des cheminots par rapport aux réformes de structures en cours à la SNCF, elle est réelle. Mais ce n’est pas la prétendue fermeté de Gayssot dans les négociations européennes qui supprimera les menaces qui pèsent sur leurs conditions de travail et d’emploi des cheminots. Certes, les projets existent, de découpage de l’entreprise ferroviaire en entités diverses, filialisation d’une partie des activités, voire privatisations. Mais c’est Gayssot en personne, à son arrivée au ministère, qui a entériné la première restructuration de la SNCF prise au printemps 1997 dans les derniers jours du gouvernement Juppé la création du Réseau Ferré de France (ou RFF) indépendant de la SNCF et propriétaire des voies dont la CGT dénonçait alors qu’elle était prélude à la privatisation. Jospin l’a approuvée, comme il a approuvé la privatisation de France Télécoms et celle d’Air France dont il est coauteur.

Mais il y a ceux d’Unilever et d’Alstom, il y a les postiers !

Les cheminots ne sont pas les seuls dont le mécontentement vient de saisir l’occasion de s’exprimer. Il y a les ouvrières des verreries de l’Orne, pour leurs salaires. Il y a les travailleurs d’Unilever ou d’Alstom, pour leurs emplois. Il y a ceux de Michelin, contre les 35 heures sauce Aubry et on pourrait en citer beaucoup d’autres.

A la Poste, certes, ce n’est pas l’explosion sociale bousculant les calculs des appareils syndicaux, mais on ne peut pas dire que la combativité fasse défaut et que les postiers acceptent sans réaction les séries de mesures, changements d’horaires, baisses des effectifs et surcharges de travail, que la direction cherche à leur imposer, sous prétexte de passage aux 35 heures. Sans compter le remplacement progressif d’une partie du personnel fonctionnaire par des contractuels que la Poste voudrait plus malléables et licenciables.

Depuis plus d’un an qu’a commencé la mise en place des 35 heures, il ne s’est pas passé une semaine sans un conflit local. Une multitude de réactions de défense ont répondu, en ordre dispersé, aux attaques de la direction. Certaines d’entre elles, par la durée et la détermination des grévistes, ont eu un écho national, comme la grève des postes de Toulouse et de Haute-Garonne au mois de mars, suivie de près par celle des postiers de Nice.

Mais l’ordre dispersé de la riposte n’est pas le seul fait de la direction des Postes qui s’est ingéniée à étaler sur plus d’un an les restructurations des bureaux et modifications d’horaires liées, par crainte d’un coup de colère général. Les fédérations syndicales ont apporté leur contribution à l’émiettement. Les signataires de l’accord sur les 35 heures en premier lieu. Mais les deux autres aussi, Sud et CGT, qui n’ont rien fait non plus pour préparer une riposte d’ensemble à l’accord qu’elles refusaient de signer.

Au contraire même. La plus importante des fédérations, la CGT, a tenu à déclarer qu’elle trouvait dans cet accord des aspects positifs mais insuffisants. Elle lutterait donc pied à pied, bureau par bureau, pour une meilleure application des 35 heures. SUD idem. Chaque syndicat a même vu dans les négociations locales l’occasion de s’introduire comme interlocuteur dans des bureaux où il n’avait pas de présence jusque-là. Une occasion à ne pas manquer pour les appareils.

On affirmait ainsi aux postiers, d’entrée, que le cadre général était fixé et accepté. On mènerait des escarmouches bureau par bureau, centre par centre, avec pour seul enjeu de choisir le moins mauvais parmi les « scénarios » de passage aux 35 heures proposés par les directions locales (nouveau vocabulaire pour le nouveau cinéma à la Poste !). Il a même été proposé aux postiers de suggérer leur propre et meilleur « scénario ».

Des coups de colère sont partis spontanément de postiers, à l’annonce des moutures des nouveaux horaires et repartage du travail concoctés par les directions locales. D’autres, plus généralement, ont eu lieu à l’initiative de militants syndicaux. Mais si aucune jonction n’était faite pour une extension et une généralisation du mouvement, les perspectives restaient forcément limitées. Même à Toulouse ou à Nice où la grève a duré longtemps, les postiers ont certes obtenu de récupérer le samedi sur deux de repos qu’on voulait leur supprimer, mais en se voyant imposer de porter davantage de courrier l’autre samedi. Les victoires ici ou là, même si elles comptent, ont consisté à obtenir l’annulation ou la diminution du nombre des suppressions de postes prévues par la direction à l’occasion du passage aux 35 heures.

Mais les conflits à la Poste relatifs à la mise en place du dispositif Aubry et à la dégradation générale des conditions de travail due aux sous-effectifs ne sont pas finis !

Tous ensemble contre les patrons et Jospin, ouais !

Non décidément, les directions syndicales ne veulent pas prendre les initiatives qui s’imposeraient pour préparer la riposte. Ceux qui la veulent, la souhaitent de nombreux militants dans les ateliers et les bureaux, dans le public ou le privé - doivent s’atteler à la tâche. Contre les directions de la gauche plurielle qui utilisent les directions syndicales comme courroies de transmission et ne veulent pas que la classe ouvrière instaure un rapport de forces en sa faveur, par des luttes. Sous prétexte que c’en serait fini d’un syndicalisme de confrontation. Sous prétexte que l’heure aurait sonné d’un syndicalisme de négociations. Alors que les bureaucrates ne négocient ou ne disent « amen » qu’à des reculs que le patronat impose à la classe ouvrière !

La partie est pourtant loin d’être gagnée pour ces antennes de la politique gouvernementale dans le milieu ouvrier et populaire. Le mécontentement ouvrier est aujourd’hui étouffé par la pression politique de ces appareils. Les luttes qui existent ne cherchent pas spontanément les voies de l’extension, de la contagion, et ceux qui peuvent les y aider sont encore peu nombreux. Certes. Mais il y a une politique à défendre, une politique de classe, sur la base de laquelle les militants d’extrême gauche et bien d’autres militants conscients du mouvement ouvrier doivent se retrouver au coude à coude.

Il y a des luttes à mener ensemble, un programme derrière lequel la classe ouvrière doit faire front. Notre activité et nos interventions, notre propagande voire notre agitation, doivent contribuer à les préparer.

Et dans les mois qui viennent, la campagne des municipales de mars 2001 peut fournir au moins l’opportunité d’affirmer le choix de la riposte ouvrière. A condition que des listes en affirment la nécessité, contre les listes de ceux qui font bloc derrière la politique gouvernementale et prêchent aux travailleurs d’abandonner définitivement leurs armes.

Lutte de Classe n°54 - Novembre 2000

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article