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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 119, mai 2018

Editorial

Cheminots : Les difficultés d’une grève inédite

À quoi peut aboutir la grève cheminote ? Quel en sera, et quand, le terminus ? À un rafistolage, à partir du 7 mai, entre gouvernement, direction de la SNCF et intersyndicale CGT-CFDT-UNSA sur le dos des cheminots ? Ou à une victoire sur Macron si les cheminots continuent la grève et trouvent le moyen de rompre l’isolement apparent dans lequel ils sont ? Car un mouvement étudiant les a rejoints. D’autres catégories de travailleurs mènent aussi leurs luttes, postiers, personnels hospitaliers, employés de Carrefour, salariés d’Air-France, tous pour des revendications qui se ramènent aux mêmes questions lancinantes de salaires et sous-effectifs mortels ; de fric pour les très riches au lieu de la satisfaction des besoins de la population.

Mais les colères sont côte à côte plutôt que rassemblées dans un même mouvement, conscient de lui-même. Cela ne tombe pas du ciel. Ainsi le veulent les confédérations et fédérations syndicales qui, depuis des années, et aujourd’hui encore face à un Macron arrogant, s’échinent à compartimenter, à localiser, à émietter... avec toujours la sempiternelle excuse que la conscience et la combativité ne seraient pas au rendez-vous pour un « tous ensemble ». Toujours la question de l’œuf ou la poule : c’est la combativité qui manquerait ou la volonté des hautes sphères syndicales ? Car elles ne mettent pas à l’ordre du jour la lutte d’ensemble, la grève générale pour l’appeler par son nom, pas plus que ne la mettent à l’ordre du jour ce qui reste d’appareils politiques dits de gauche qui leur sont plus ou moins liés. Du côté de ces institutions syndicales et politiques, aucune perspective d’ensemble, claire et nette, n’est donnée à la classe ouvrière face à un gouvernement qui, pourtant, attaque toutes et tous en même temps. Aucun programme commun de lutte. Au contraire, les appareils syndicaux, tous autant qu’ils sont et chacun selon son style, font la queue les uns après les autres à la porte chacun de son ministère. Et même acceptent, comme chez les cheminots, d’être reçus séparément, syndicat par syndicat ! Comme ça, Édouard Philippe saura ce que chacun dit, mais primo les travailleurs ne le sauront pas et, secundo, même ceux qui défilent devant le sous-chef ne sauront pas ce que les autres ont dit ! Magouilles et cachotteries, on est loin de la lutte de classe ! On est même loin de la convergence des luttes agitée comme un hochet par le chef de la CGT, Martinez !

Sur le terrain, une lutte pourtant opiniâtre

La grève reste largement suivie. Le pays compte probablement 50 000 cheminots grévistes, dont 8 000 roulants, ce qui est énorme. Mais la complication du calendrier – qui la saupoudre à l’extrême – la rend difficile à suivre. À « perlée », « perlée à demi », et certains grévistes font même leur propre calendrier de lutte. Et ce dont souffrent les plus déterminés, conséquence de cet émiettement dans le temps des jours de grève, c’est que les assemblées générales qui se réunissent chaque jour dans toutes les gares et chantiers du pays, ne sont pas fréquentées à hauteur de la détermination. C’est étudié pour de la part de fédérations syndicales qui voudraient garder l’entier contrôle du conflit : décider d’en haut quand il commence, comment il se mène et quand il finit. À raison de 2 jours sur 5, décidés une fois pour toutes et pour plusieurs mois, que reste-t-il à décider ? Les plus cyniques – ou honnêtes ? – des bureaucrates syndicaux disent crûment qu’il faut « occuper » les grévistes. Alors, des actions sont menées, des rassemblements, des barbecues, des diffusions de tracts aux usagers. Beaucoup de choses, ce qui est aussi l’expression et la condition d’une grève acharnée et vivante, mais rien où les grévistes puissent se poser et discuter, se rassembler et décider, à tous les niveaux, de leur propre mouvement.

Un piège, ces 2/5 !

À ce jour, seule une minorité s’exprime pour combattre cette situation et tenter de rompre cette routine fabriquée. Avec quelque difficulté car c’est la grève reconductible, chaque jour, décidée dans des assemblées générales démocratiques, qui pourrait imprimer un autre style, un autre allant et probablement l’issue la meilleure. Car c’est la grève reconductible qui donne les moyens de décider de jour en jour ; elle qui donne le temps de militer pour la grève en permanence. À plein temps et pas à temps partiel deux jours sur cinq. Bref de faire grève à plein et vraiment. Pour gagner. Mais la bureaucratie syndicale, à qui on ne peut pas contester un savoir-faire de décennies de pratiques et combines antidémocratiques, a prévu le coup... pour épargner aux patrons et au gouvernement la riposte générale qui est leur cauchemar, dans le contexte. D’où le calendrier prétendument « innovant » qui, de plus en plus, en même temps qu’il ne prouve pas son efficacité, amène quelques confrontations entre grévistes. Parce que ceux qui veulent la reconductible, une vraie grève qui n’échapperait pas à ceux qui la mènent, semblent s’opposer aux grévistes qui suivent le calendrier. La bureaucratie syndicale peut donc les montrer du doigt comme « diviseurs », ou tenter de le faire.

Rien n’est joué...

La tâche des cheminots qui veulent gagner, et s’en donner les moyens y compris par un encouragement à une reconductible – qui donnerait un signal non seulement aux cheminots mais à tous les travailleurs du pays conscients de devoir les rallier –, est difficile. Être avec tous les autres grévistes mais pourtant s’en distinguer. Parler de la vraie grève mais surtout tenter de grossir les AG, les comités de mobilisation pour une reconductible qui existent ici ou là, voire tenter des rassemblements à une plus large échelle. Les grandes gares parisiennes sont parfois à quelques centaines de mètres, au pire à deux ou trois kilomètres les unes des autres, et il n’y aurait jamais le moyen de se voir et d’échanger ? Il y a pourtant eu, dans la région parisienne, plusieurs tentatives d’« Intergares », dont la dernière en date a été un relatif succès. Près de 150 cheminotes et cheminots, réunis le lundi 23 avril à la gare du Nord pour faire le bilan de la grève sur leurs différents chantiers et parler de perspectives. C’était juste une étape, mais bonne pour le moral.

Tous ensemble, ouais, mais peut-être déjà les cheminots entre eux, non seulement dans la grève mais dans ce qui serait une coordination de leur lutte, au niveau local et pourquoi pas national. Ce serait une nécessité, même si les directions syndicales non seulement ne sont pas pour mais s’y opposent. Elles ont concocté un système pour prévenir toute discussion et coordination et, depuis plusieurs semaines que la grève existe, elles tentent de contrer, sur le terrain, toutes les formes d’organisation des grévistes eux-mêmes, syndiqués et non syndiqués. Leur succès n’est heureusement pas assuré ! 

30 avril 2018

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