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Change ton monde, de Cédric Hérou

Les Liens qui libèrent (LLL), 2020, 267 p., 19 €

25 janvier 2021 Article Culture

Préface de J.-M. G. Le Clézio


Cédric Hérou a acquis une petite célébrité ces dernières d’années dans les médias du fait de ses nombreuses démêlées avec les autorités. Entre août 2016 et juillet 2020, il a été interpellé, convoqué par la justice, voire mis en examen, pas moins d’une trentaine de fois.

À chaque fois, le « crime », ou plutôt le « délit », qu’on lui reprochait était d’avoir aidé et hébergé bénévolement dans sa ferme des migrants qui tentaient de passer d’Italie en France. La plupart du temps, il a été relaxé par les tribunaux qui ne pouvaient sanctionner un geste de solidarité élémentaire. Ce qui n’a pas empêché la police, la gendarmerie, voire certains magistrats de vouloir le faire tomber pour « proxénétisme », « rébellion », « pédophilie », « travail au noir », « violences sur mineur », « séquestration » etc., et de tenter de lui faire endosser le rôle d’un passeur sans scrupule exploitant les migrants.

Mais, si toutes ces tentatives ont échoué, elles ont coûté des centaines de milliers d’euros aux contribuables et pourri pendant des années la vie de cet agriculteur bio, plutôt du genre anarchiste individualiste, qui s’est retrouvé, un peu malgré lui, au cœur du drame de ces centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui tentent de gagner l’Europe pour fuir la misère, les guerres et les dictatures d’Afrique et du Moyen Orient.

Originaire d’un quartier populaire de Nice, aujourd’hui âgé d’une quarantaine d’années, ayant comme seul diplôme un CAP de réparation automobile, Cédric a accumulé les petits boulots et bourlingué sur les routes africaines avant de se fixer dans la vallée de la Roya, au-dessus de Nice. Là, en pleine montagne, il a acheté un terrain en friche pour y planter des oliviers et y élever des poules. Il réalisait enfin son rêve : vivre en toute tranquillité en pleine nature, loin des grandes villes et d’une société dont l’égoïsme et la logique marchande le révulsent.

Mais la vallée qu’il a choisie est enclavée entre la France et l’Italie et était devenue un des lieux de passage de milliers de migrants qui se voyaient interdire par la PAF, les CRS et la gendarmerie de passer par la route ou le rail de Vintimille, en Italie – là même où débouche la vallée de la Roya –, à Nice, en France. Au fil des mois, il a commencé à venir en aide aux migrants et à les accueillir dans sa ferme, malgré les diatribes et les menaces du préfet des Alpes Maritimes, Georges-François Leclerc, et des deux chantres de la droite locale, Eric Ciotti et son compère et rival, Christian Estrosi.

Aujourd’hui, tout en poursuivant son action en faveur des migrants, Cédric a collaboré avec le réseau Emmaüs à l’ouverture dans la Roya d’une « micro-ferme », le Bol d’Air, ouverte au public, qui accueillera des ateliers agricoles et hébergera une dizaine de compagnons. Il veut en faire une « alternative à ce monde que je fuis depuis ma plus tendre enfance ».

En fait, Cédric ne croit pas, et n’a jamais cru, à l’action politique. Il place son espoir dans ces « milliers d’hommes et de femmes à travers le pays [qui] œuvrent en silence, parfois en cachette […] organisés en associations et en collectifs […] Sans le savoir, ni le vouloir, ils lavent l’honneur de la République.  » C’est une vision qui n’est pas la nôtre. Il n’empêche que son livre – souvent poignant par les témoignages qu’il donne de ces damnés de la terre que l’on appelle les migrants – est un plaidoyer en faveur de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, non pas celles inscrites sur les frontispices des bâtiments publics mais celles qui se vivent chaque jour dans la lutte des opprimés.

Notons enfin que, en 2018, le cinéaste Michel Toesca a consacré au combat de Cédric Hérou un documentaire (qui dure 1 h 40) intitulé Libre.

Jean Liévin

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