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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 118, mars-avril 2018 > Chômage

L’enfumage de la réforme Macron

Assurance-chômage ou assurance de rester au chômage ?

À en croire la com’ gouvernementale, la réforme de l’assurance-chômage annoncée le 2 mars par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, ferait partie du volet « sécurité » d’une « flexisécurité » chère à Macron. Après la flexibilité pour les patrons, apportée par les ordonnances de l’automne et la loi travail, ce serait au tour des salariés, chômeurs et indépendants de recevoir de « nouveaux droits » pour « sécuriser les parcours ». Sauf que les seuls parcours sécurisés par cette réforme… sont ceux qui mènent au chômage !

Le gouvernement reprend presque telles quelles les propositions de l’accord national interprofessionnel (ANI), signé le 22 février dernier par les organisations patronales et certains syndicats (CFDT, FO, CFTC et CGC). Il faut dire que cet accord ressemble à s’y méprendre aux promesses électorales de Macron. Rien d’étonnant puisque celui-ci était déjà le programme du Medef. Mais c’est à se demander ce que les syndicats signataires ont bien pu « négocier ». Alors ils parlent d’un accord « a minima », tant il est vrai que l’on n’y trouve pas grand-chose pour améliorer le sort des chômeurs. La CGT, elle, a préféré s’abstenir de signer et de soutenir une telle mascarade. Mais qu’à cela ne tienne, le gouvernement peut mener sa campagne sur ces prétendus « nouveaux droits », tout en renforçant le contrôle sur les chômeurs, histoire de montrer qu’il n’est pas « laxiste » non plus en s’en prenant aux plus pauvres.

De nouveaux droits pour pas grand monde

Le premier des « nouveaux droits », c’est l’indemnisation des salariés démissionnaires. Mais attention, ce ne sera pas pour n’importe qui ! Il faudra avoir cotisé sans interruption pendant cinq ans (l’accord prévoyait sept, Macron est plus généreux que la CFDT !) et avoir un « projet d’évolution professionnelle » qui soit reconnu sérieux et qui corresponde aux « besoins du marché du travail »… c’est-à-dire des patrons. Le gouvernement table sur 20 à 30 000 bénéficiaires par an, une goutte d’eau dans la mer des chômeurs. Il n’est nullement question de permettre aux salariés qui ne supportent plus leurs conditions de travail dégradées d’envoyer paître leur patron et de toucher des indemnités chômage. Les vrais bénéficiaires seront surtout les gros patrons qui, comme PSA ou La Poste, proposent déjà des primes de départ volontaire pour les salariés ayant un vague projet de reconversion. Tout ce que l’assurance-chômage mettra sur la table, ce sera autant d’économisé par ces employeurs pour inciter les salariés à partir. Cette mesure va bien dans le sens des précédentes attaques pour faciliter les plans de licenciements, déguisés en « départs volontaires », comme avec les ruptures collectives conventionnelles.

Les indépendants en faillite mis au RSA

Le deuxième des « nouveaux droits », c’est l’indemnisation des indépendants qui déposent le bilan. Il est vrai que la situation des « indépendants » n’est pas rose, tant pour les anciens secteurs de la petite bourgeoisie – paysans, artisans, commerçants – de plus en plus durement concurrencés par les grands groupes et dont les effectifs ne cessent de fondre, que pour les anciens salariés que l’on a poussés à monter leur « petite entreprise » pour sortir des chiffres du chômage et dont la majorité se retrouve sur le carreau et endettée trois à cinq ans plus tard. Mais ce qui est proposé par la réforme frise l’indécence : 800 euros par mois pendant six mois… soit le montant du RSA pour un couple sans enfant et certainement pas de quoi vivre, sans même parler de « sécuriser son parcours ».

De la « poudre de perlimpinpin » contre les contrats précaires

Enfin, l’accord validé par le gouvernement prétend vouloir « modérer » le recours aux contrats courts. Une grande ambition… mais rien de très précis. Les propositions concrètes sont renvoyées aux négociations de branche, qui devront aboutir d’ici fin décembre, sinon le gouvernement proposera un système (encore bien vague) de « bonus-malus ». On peut déjà anticiper que ce qui en sortira ne changera rien. La réduction du nombre de CDD était d’ailleurs déjà un objectif affiché du précédent ANI, en 2013, lorsque les accords compétitivité-emploi avaient été mis en place. Depuis, les CDD n’ont fait que se développer et représentent désormais neufs nouveaux contrats sur dix.

Encore la rengaine sur les prétendues fraudes à débusquer…

Derrière ces mesurettes qui concerneront très peu de travailleurs, il s’agit surtout d’une campagne d’enfumage pour donner du grain à moudre aux organisations syndicales complaisantes qui ont accepté toutes les attaques précédentes en prétendant obtenir, un jour, des contreparties.

Au passage, Muriel Pénicaud se permet de stigmatiser un peu plus les chômeurs en annonçant le triplement des équipes de contrôle (passant à 600, soit presque autant que d’inspecteurs du travail !), manière de laisser entendre que nombre de chômeurs sont des fraudeurs à débusquer. Pourtant, les quelques millions d’euros de prétendue fraude aux prestations sociales ne pèsent rien face aux 20 milliards d’euros de cotisations non versées par les patrons selon la Cour des comptes ou encore aux 60 à 80 milliards d’euros d’impôts qui s’évadent par les paradis fiscaux. De leur côté, les conseillers de Pôle emploi, qui sont censés aider les chômeurs à trouver un boulot, sont dépassés tant les chômeurs dont ils doivent s’occuper sont nombreux et tant le nombre d’emplois à proposer est réduit. Pas question ici d’augmenter les effectifs, alors que les agents sont sous pression. Bien au contraire, les effectifs fondent et la hiérarchie inspecte minutieusement que les agents vérifient bien systématiquement les recherches d’emploi des chômeurs. Les conseillers en sont réduits au rôle de gendarme.

Le chômage reste une plaie de la société capitaliste, avec aujourd’hui « officiellement » 3,5 millions de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi, mais il faut y ajouter 2,2 millions d’autres qui n’ont pas plus de boulot à la fin du mois, mais ont travaillé quelques jours, voire quelques heures, en CDD ou mission d’intérim, et sont donc comptés à part. Il faut aussi ajouter les 550 000 chômeurs qui n’ont pas fait « d’acte positif de recherche d’emploi », souvent par découragement, et sont donc sortis des chiffres. Cela fait 6,2 millions de chômeurs au total. Et combien qui ne sont même pas inscrits à Pôle emploi ? Tous des fainéants ?

Les travailleurs n’ont pas besoin de « dialogue social », ni d’accord a minima dont l’objectif est de permettre aux patrons de mettre à la porte les salariés à moindre coût, et encore moins de flicage des chômeurs. Mais il leur faut engager une véritable lutte pour imposer l’interdiction des licenciements et le partage du travail entre tous.

10 mars 2018, Maurice SPIRZ

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