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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 105, avril-mai 2016 > De nuit et de jour : travailleurs, debout !

De nuit et de jour : travailleurs, debout !

Appareils syndicaux : En un combat douteux

Mis en ligne le 21 avril 2016 Convergences Politique

Sans les pétitions en ligne et les appels sur les réseaux sociaux, la première manifestation contre la loi Travail aurait eu lieu le... 31 mars, et non le 9 mars ! La détermination sans faille affichée par la CGT, FO, la FSU et Solidaires mérite donc d’être relativisée...

Une intersyndicale peu pressée

Le projet de loi Travail a été connu dès la mi-février et devait être présenté au Conseil des ministres le 9 mars. Dès le départ, donc, ce qui était alors l’intersyndicale – CGT, FO, FSU, Solidaires mais aussi, à ce moment-là, CFDT et CGC – avait laissé « en blanc » une période suffisamment longue pour permettre le « dialogue social ». Un dialogue pourtant malmené : non seulement certaines organisations syndicales ont découvert la teneur du projet par la presse mais la ministre El-Khomri avait imprudemment dévoilé que Valls était prêt à passer en force sans débat grâce à l’article 49-3 de la Constitution.

Une pétition en ligne réclamant le retrait pur et simple du projet a recueilli sur Internet des signatures au rythme de 5 000 à l’heure. Parallèlement, un « événement » sur les réseaux sociaux appelant à une manifestation le 9 mars faisait un tabac en même temps que les organisations étudiantes et lycéennes se mettaient de la partie. C’est à partir de là que le gouvernement a vite préféré se donner du champ, niant toute velléité de recours au 49-3 et repoussant la présentation du projet en Conseil au 24 mars.

Aussitôt, le « front » syndical s’est fissuré selon une ligne de fracture complètement prévisible : la CFDT, la CFTC, la CGC et l’UNSA d’un côté, la CGT, FO, la FSU et Solidaires de l’autre. Les premiers obtenant, par le « dialogue » des aménagements tandis que les autres campaient sur une position d’autant plus ferme qu’il était hors de question de laisser la contestation se développer en dehors d’eux.

Une CGT qui suit la mobilisation plus qu’elle ne l’organise

Depuis lors, la CGT – puisque, organisation la plus puissante comme le prouvent les forêts de drapeaux CGT dans les manifestations, c’est elle qui entend montrer qu’elle mène le bal – ne s’est pas départie d’une attitude simple : se rallier à une date de mobilisation, même décidée en dehors d’elle, dont tout indique qu’elle sera un succès ; en revanche, si le succès n’est pas certain, se garder d’y contribuer par une caution trop visible. C’est ainsi que, pour le 9 mars, la CGT appelait à tout hasard à un rassemblement à 12 h 30 au siège du Medef tandis que les réseaux sociaux appelaient à 14 heures à la République. Ayant acquis la certitude du succès de ce dernier appel, la CGT a choisi de provoquer la fusion des deux rassemblements. Tant mieux pour le mouvement, bien sûr. Mais il aura fallu attendre la dernière minute ! Si, le 17 mars, la CGT a un peu fait le travail pour ne pas risquer d’être « débarquée », le 24 mars, elle s’est mise en mode minimal, se contentant d’une présence symbolique au rassemblement appelé par les étudiants. Le 24 mars était pourtant, pour des organisations réclamant le retrait du projet de loi, une date hautement symbolique puisque c’est là que le projet a été présenté au Conseil des ministres. En clair, l’attitude de la CGT est de se faire tout petit quand ça ne pousse pas et de se porter en tête quand ça pousse.

Là où ça pousse le plus, la CGT freine

Une telle attitude n’est pas réellement perceptible par tous au stade actuel du mouvement. Difficile d’expliquer à un salarié qui a participé à sa première manifestation le 31 mars suite à un appel de la CGT que cette dernière ne fait pas tout pour obtenir le retrait du projet de loi ! Mais cette attitude pèse lourd sur le mouvement et dicte aux révolutionnaires la nécessité de ne pas manquer les occasions de mettre en place des formes d’auto-organisation de travailleurs en lutte, là où le pied que la CGT met sur le frein est visible de tous ceux qui veulent se battre. C’est en particulier le cas chez les cheminots où la CGT a freiné ouvertement le mouvement qui se dessinait lors de la préparation de la grève du 9 mars contre le décret-socle, déclinaison cheminote de la loi Travail et que, contre toute logique, la CGT présente comme amendable et dont elle ne réclame pas le retrait !

Tout faire pour que les travailleurs en lutte contrôlent eux-mêmes leur mouvement

S’il est relativement simple de décrypter l’attitude de la CGT, ses raisons sont, en revanche, plus obscures. Car les lois et décrets que son attitude contribue à laisser passer (décret-socle chez les cheminots, plan Hirsch dans les hôpitaux, loi Travail demain si le mouvement qui est né en dehors des appareils syndicaux ne l’emporte pas) fragilisent peu à peu sa propre existence en tant qu’appareil. Mais la méfiance instinctive des appareils vis-à-vis de leur propre base et leurs liens multiples avec les institutions étatiques sont apparemment plus forts que leurs réflexes de survie... Tout particulièrement quand la gauche est au gouvernement, même une gauche qui les rabroue comme le fait l’actuel gouvernement avec la CGT et la FSU, privilégiant ouvertement ses relations avec la CFDT et l’UNSA.

Pour l’instant, l’intersyndicale dirigée par la CGT continue à peser très lourd sur le rythme des grandes mobilisations. Mais, aiguillonnée par un mouvement qui lui échappe en partie, elle a déjà été contrainte de se rallier à d’autres dates. Et, alors qu’elle espace de plus en plus les rendez-vous, le mouvement des Nuit Debout contribue à entretenir la flamme.

Personne ne sait si un secteur est susceptible de partir en lutte ou non. Si cela devait se produire, il est tout à fait possible que cela entraîne en cascade de très nombreux travailleurs. Il est d’autant plus important pour les révolutionnaires de se donner les moyens, dès que la possibilité apparaît, de créer des formes d’organisations directement contrôlées par les travailleurs en lutte, qu’elles s’appellent comités de grève, coordinations ou quoi que ce soit que le mouvement mettra en avant.

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