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Allemagne : l’extrême droite aussi se déconfine

16 mai 2020 Article Monde

En Allemagne, le déconfinement ne va pas sans quelques doutes : le taux de contamination aurait dépassé à nouveau le seuil critique de « 1 », le nombre de cas parmi les travailleurs des abattoirs inquiète, et la reprise symbolique et à huis clos de la Bundesliga n’a pas consolé de la mise en quarantaine du foot national. Du côté économique, l’annonce par la chaîne de centres commerciaux Galeria Kaufhof (28 000 salariés) de la fermeture de la moitié de ses filiales confirme les alertes aux plans sociaux liés à la pandémie – le chômage partiel était une solution d’attente, vers quoi ? Par ailleurs, quelques mobilisations qui ont eu lieu surtout le week-end des 9 et 10 mai défraient la chronique.

Des « manifestations corona », pas de la meilleure couleur

Alors que le déconfinement a commencé dans certaines régions il y a deux semaines, des rassemblements anti-confinement ont marqué l’actualité. D’un côté, de nombreux travailleurs restent en arrêt maladie et expriment leur mécontentement face à une reprise du travail dans des conditions qu’ils jugent dangereuses. D’un autre côté, notamment dans les régions peu touchées par le virus, certains pensent que le gouvernement a exagéré le danger pour restreindre les libertés individuelles et/ou pour justifier les attaques patronales sur le temps de travail et les emplois (dérogations qui, en Allemagne comme en France, permettent d’augmenter le temps de travail journalier et hebdomadaire). Craintes face aux risques sanitaires toujours existants, inquiétudes face aux menaces de perdre son emploi et ses moyens de vivre : c’est sur ces inquiétudes que surfent des conspirationnistes – pour l’essentiel de la mouvance d’extrême droite. Ils s’étaient déjà manifestés en avril dans les rues de Berlin et Stuttgart. Ces derniers jours, leurs rassemblements se sont multipliés et ont pris quelque ampleur. Le 10 mai, trois nouveaux rassemblements, allant de quelques dizaines à 1200 personnes, ont eu lieu à Berlin. La veille, environ 300 personnes avaient manifesté à Düsseldorf. À Gera, Leipzig, Cologne, Francfort, quelques centaines sont descendues dans la rue, de l’ordre de quelques milliers à Stuttgart et Munich.

Ces manifestations n’avaient généralement pas été déclarées, ou pour un nombre bien inférieur de personnes. Les « mesures barrières » y étaient ouvertement ignorées, voire portées en dérision. À Berlin, sur l’Alexanderplatz, le rassemblement a tourné à l’affrontement avec la police, d’où 86 gardes à vue, de manifestants ensuite relâchés. À noter que la police avait été plus ferme avec des rassemblements du 1er mai ne respectant pas les gestes barrières.

Des médias bourgeois ont montré du doigt un front allant de l’extrême gauche à l’extrême droite. Le couplet sur les « extrêmes qui se rejoignent » est récurrent dans les milieux bien-pensants du pays ! Autant qu’on puisse en juger – car nous n’avons pas participé à ces manifestations – elles n’étaient pas monocolores ; elles exprimaient l’anxiété d’une partie (certes ultra-minoritaire) de « gens d’en bas » face à la situation sociale ; étaient marquées par la présence large de milieux anti-vaccins, mais aussi par des groupes bien visibles de militants de « l’ultra droite » et de représentants de l’extrême droite plus institutionnelle, autour de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne qui, depuis quelques années, fait des scores non négligeables aux élections). Des slogans, voire des discours, dénonçaient la dictature instaurée par Angela Merkel, ou la prétendue infiltration de l’OMS par Bill Gates (la Fondation Gates aurait inventé le virus pour écouler des vaccins…). D’autres pourfendaient le « capitalisme financier », au nom de la défense des libertés démocratiques… Bref, l’extrême droite dominante dans ces rassemblements avait mis au second plan et pour la circonstance sa démagogie anti-migrants et anti-musulmans, pour cibler sur les préoccupations du moment, du moins traduites à sa sauce.

Contrer une possible montée de l’extrême droite

Pour le moment, ces rassemblements – inquiétants certes – restent pour le moins modestes, et très calculés et circonstanciels de la part de leurs initiateurs.

L’Allemagne n’est évidemment pas le seul pays où une partie de l’extrême droite tente, de manière plus ou moins hâtive et brouillonne, de mobiliser essentiellement autour de fadaises complotistes. Généralement, ces tentatives sont restées en deçà des réactions ouvrières qui ont imposé des mesures sanitaires au patronat. Mais les manifestations de ces derniers jours peuvent néanmoins apparaître comme la seule voix déterminée d’opposition au gouvernement et à sa politique contre les classes populaires. Des sondages leur accordent quelque popularité. Dans un contexte où, pour un petit virus, c’est une énorme facture que patrons et gouvernement vont présenter au monde du travail, ce dernier et en son sein les révolutionnaires ne doivent évidemment pas laisser l’extrême droite se présenter pour ce qu’elle n’est pas, une opposition radicale et de classe au système.

Dima Rüger

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