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Allemagne : 500 euros en plus, ou rien !

22 novembre 2022 Article Monde

Gouvernement et entreprises sont unanimes : les bénéfices doivent continuer de couler à flots, et le coût de l’inflation et de la crise énergétique être assumé par les salariés. Et ils peuvent même compter sur le conseil de quelques directions syndicales. L’offre du gouvernement d’exonérer d’impôts jusqu’à 3 000 euros de prime (ou « paiement unique », comme ils l’appellent) est censée prévenir toute revendication salariale élevée. Le but ? Éviter d’augmenter durablement les salaires lors des « rounds » de négociation et calmer la colère des travailleurs. Pourtant une chose est claire : les prix élevés sont partis pour durer !

Autre effet de cette proposition empoisonnée de l’État aux syndicats : elle accroît leur division. Cette fracture traverse également les syndicats regroupés sous l’égide de la Confédération allemande des syndicats (Deutsches Gewerkschaftsbund, DGB).

Toujours un secteur après l’autre ?

Le syndicat de la chimie IG BCE a très vite accepté « l’offre » de paiement unique. Il a convenu pour la période allant jusqu’à fin 2024, outre deux paiements uniques de 1500 euros chacun, d’une seule augmentation de salaire de 6,5 %, en deux étapes. Malgré les énormes bénéfices engrangés par le patronat de ce secteur pendant de nombreuses années, ils sont parvenus à leurs fins : réussir à abaisser les salaires (réels) avec l’inflation très au-dessus de leur pseudo-hausse ! Puisque les travailleurs vont négocier gentiment leur salaire les uns à la suite des autres, cet accord pourrait bien être utilisé contre les métallurgistes. Car l’association des employeurs de la métallurgie et de l’électrotechnique, pleine d’audace, voudrait rouler les salariés : elle leur propose un versement unique de 3 000 euros inclus dans une convention collective d’une durée exceptionnellement longue de 30 mois [pendant laquelle de nouvelles négociations salariales sont impossibles, selon le droit allemand. NdT], pour mieux procéder en contrepartie à des coupes dans les primes spéciales, comme celle de Noël. Les premières « grèves d’avertissement » ont eu lieu dans toute l’Allemagne pour revendiquer 8 % d’augmentation de salaire. Jusqu’à présent, IG Metall a abordé le conflit social en freinant des quatre fers et n’a appelé que peu de salariés à participer à de courtes grèves d’avertissement. On y entend souvent les collègues dire que les 8 % revendiqués sont vraiment le minimum. De véritables grèves sont manifestement nécessaires. Les collègues du service public, au niveau fédéral et communal, se préparent également au prochain round de négociation salariale de la convention collective du service public (TVöD). Ils revendiquent une augmentation de salaire de 10,5 %, avec un plancher à 500 euros minimum d’augmentation. Quand même.

Mais ce ne sont pas seulement les frontières sectorielles qui divisent les travailleurs. Ainsi, diverses conventions collectives sont en vigueur à la Deutsche Bahn. Le groupe est fragmenté en environ 500 filiales. Chez Lufthansa, il existe des conventions collectives pour les pilotes, pour le personnel au sol et d’autres pour le personnel de bord. Cet éclatement est le résultat de la politique de sous-traitance et de privatisation menée par les dirigeants du groupe au cours des dernières décennies. Souvent « accompagnée » par les responsables syndicaux.

L’exemple des hôpitaux publics

Les médecins relèvent de la convention collective du Marburger Bund [association professionnelle de médecins d’Allemagne, 131 000 membres. NdT]. Pour les autres employés, c’est en général la convention collective des Länder (TV-L) ou la convention collective du service public (TVöD) qui s’applique. Et cela n’est pas sans conséquences : les négociations salariales dans le domaine du TVöD commenceront en janvier 2023, celles du TV-L en octobre 2023 seulement.

À Berlin, les collègues des hôpitaux Vivantes et Charité veulent également obtenir une augmentation de salaire d’au moins 500 euros et 10,5 % conjointement avec le service de nettoyage de la ville de Berlin BSR, entre autres. Lors du mouvement des hôpitaux berlinois en 2021, ils ont fait grève et gagné ensemble des réglementations visant à alléger la charge de travail du personnel soignant. Ils exigeaient une augmentation de salaire de 19 %, avec un minimum de 500 euros, soit pour une durée de validité d’un an, soit l’indexation permanente des augmentations de salaire au niveau de l’inflation. Mais, là encore, la division du personnel est organisée. En effet, les filiales de Vivantes sont soumises à des conventions collectives internes, arrimées au TVöD. Cela signifie que les employés des filiales peuvent certes se joindre au conflit social avec les autres employés de la clinique, mais qu’ils ne pourront profiter des augmentations obtenues qu’un an plus tard.

Que nous reste-t-il dans une telle situation ?

Il faut s’opposer résolument à toute externalisation et on doit discuter de la réinternalisation des entreprises déjà externalisées comme revendication centrale. À la division dans le labyrinthe des conventions collectives, on peut s’opposer en se coordonnant, en renforçant nos liens par en bas. Pourquoi ne pas se saisir, dans tous les secteurs, de la revendication des 500 euros d’augmentation avec compensation totale de l’inflation, lors des négociations salariales à venir ?

Article traduit du site des camarades du RSO

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