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Éditorial des bulletins d’entreprise du RSO (Allemagne), du 12 janvier 2022

Ainsi commence l’année !

16 janvier 2022 Article Monde

(Photo : Angela Merkel et Kassym-Jomart Tokaïev, en 2019)

C’est quelque part entre la Russie, la Chine et la Turquie qu’est situé le grand pays du Kazakhstan où la colère de la population a explosé voici dix jours, colère devenue en une semaine un vaste mouvement de protestation. Au début, cela concernait le carburant qui avait doublé de prix à la pompe le premier janvier. Puis le mouvement a gagné l’ensemble du pays.

Le Kazakhstan, pays riche en pétrole et cher aux investisseurs étrangers, est ce qu’on appelle un « régime présidentiel ». Depuis 1990, il n’a connu que deux présidents : Noursoultan Nazarbaïev, et depuis 2019 Kassym-Jomart Tokaïev. Droits de l’homme et droits syndicaux ne sont pas vraiment la tasse de thé de ces deux-là.

Le gaz liquéfié (GPL) est le principal carburant du pays. Au début de cette nouvelle année, le gouvernement avait supprimé le plafonnement de son prix, ce qui l’a fait exploser. C’est le 2 janvier que le mouvement de protestation a démarré à l’ouest du pays. Après quatre jours d’affrontements, les autorités ont essayé de calmer la situation en annonçant une baisse du prix du carburant, en le faisant passer de 120 à 50 tenge (0,10 euro) le litre. Mais les protestations de masse se sont répandues dans tout le pays, car il n’était plus seulement question de prix du carburant : on protestait contre la corruption, contre l’insolente richesse des petites cliques au pouvoir, contre les prix élevés, les bas salaires et la misère…

Le mouvement de protestation a gagné Almaty, la métropole économique où les manifestants ont pris d’assaut le siège principal du gouvernement et l’aéroport, et se sont opposés à la police. Les travailleurs ont réussi à perturber brièvement la production du gisement pétrolifère de Tengiz.

La réaction du président-dictateur Tokaïev a consisté à dissoudre l’ancien gouvernement et à décréter l’état de siège. Les travailleurs ont été taxés de « terroristes » manipulés de l’étranger. C’est le vocabulaire habituel des dictateurs qui voient leur trône ébranlé. En bloquant l’accès à Internet, le gouvernement essaie de faire le black-out sur les protestations de masse et de cacher les violences de la police et de l’armée. Finalement le gouvernement a donné l’ordre de tirer. Selon lui, plus de 10 000 personnes auraient été arrêtées, des milliers blessées et 163 tuées, mais la réalité est probablement pire. Face à la détermination de la population, le gouvernement a opté pour la force brutale.

La grosse galette de la dictature

La Russie a ensuite envoyé 2 000 soldats à la demande du dictateur kazakhstanais. Qu’est-ce qu’il faudrait « sécuriser » ainsi ? Ce n’est sûrement pas la paix. Le Kazakhstan est situé sur ce qu’on appelle « les nouvelles routes de la soie » grâce auxquelles la Chine cherche à étendre son réseau de voies commerciales vers l’Europe ; non seulement les intérêts économiques de la Chine sont concernés, mais aussi ceux de la Russie et surtout de l’Europe : un tiers des exportations kazakhstanaises – principalement des matières premières comme le pétrole et les minerais – est destiné à l’Union européenne. Depuis les privatisations des années 1990, ce pays est un eldorado pour les investisseurs occidentaux. On trouve en premier Exxon-Mobil, Chevron et Total, mais des trusts allemands comme Siemens-Energy y font des affaires (pour l’exploitation des gisements de gaz naturel, ses turbines à gaz sont les plus demandées dans le monde) ou Heidelberg-Cement. Toutes ces multinationales s’en mettent plein les poches pendant que l’élite kazakhe bâillonne la classe ouvrière.

Merkel a reçu chaleureusement l’autocrate Tokaïev à Berlin en mars 2019 en soulignant les bonnes relations économiques. On peut donc facilement comprendre pourquoi les critiques du gouvernement allemand à son endroit se font si modérées. Quelques rappels à la démocratie, rien de plus. Surtout pas de mots trop durs à l’adresse du gouvernement du Kazakhstan et de la Russie : chaque parole est pesée diplomatiquement à l’aune de ce qui correspond le mieux aux intérêts économiques de l’Allemagne. Le gouvernement allemand n’a-t-il pas fini par annoncer qu’il ne livrerait plus d’armes au Kazakhstan… provisoirement ! Mais combien d’armes l’Allemagne a-t-elle déjà envoyé dans ce pays ?

Le ciel bleu après l’orage ?

Nous sommes bien sûr solidaires de la population du Kazakhstan. Même si la situation « se calme » – elle est encore loin d’être réglée – de quelle paix pourrait-il s’agir après une répression aussi brutale ? Et quel effet a le courage de la population insurgée sur d’autres pays ? En Russie même, ou en Turquie, le mécontentement grandit aussi face à la hausse des prix. En 2021 nous avons assisté à de nombreux mouvements de protestation à travers le monde. Massifs. Courageux, et certains couronnés de succès. 2022 pourrait bien être une année de lutte.

(Retrouver ici l’éditorial du RSO en allemand)

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