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Dans notre courrier

À propos du revenu universel et du salaire à vie

6 juin 2020 Article Politique

Un de nos camarades, Jean Liévin, nous a adressé un courrier revenant sur les questions de revenu universel et de salaire à vie abordées dans l’article : « Revenu universel... ou assurance anti-émeute ? »

« [...] J’ai l’impression que l’idée de revenu universel est uniquement abordée sous l’angle institutionnel. Son instauration entraînerait – selon les exemples cités – la disparition des autres prestations sociales, voire ferait faire des économies aux capitalistes. Enfin on nous explique que le concept est lié à l’idée que le travail salarié va disparaître du fait de l’informatique, de la robotisation des tâches etc. (ce qui est, bien évidemment, une ânerie). [...]

Cette approche a, à mon avis, deux défauts. Le premier est de rester au niveau de Benoît Hamon ou de Bernard Friot pour critiquer ce concept. Là il est facile de montrer que sans renversement du capitalisme (que ne veulent ni l’un, ni l’autre), l’instauration d’un véritable revenu universel permettant de vivre dignement ou d’un salaire à vie décent est complètement utopique. Ce qui est tout à fait juste… mais n’épuise pas la question. Le second est d’opposer « revenu universel  » et « partage du travail entre tous et toutes  ». Ce qui est, à mon sens, une façon non militante d’aborder la question.

Avec la crise qui vient il y aura peut-être demain plusieurs dizaines de millions de personnes qui seront sans activité, et beaucoup sans ressources. Que pouvons-nous leur dire ? Des revendications comme « Partager le travail entre tous et toutes » ou « contrôler la production » ont un sens pour le salarié de Renault qui voit 5 000 de ses camarades jetés sur le carreau. Dans l’entreprise réduire le temps de travail – par exemple à 30 heures par semaine sans perte de salaire – permettrait de faire travailler tout le monde. En cela, cette revendication est parfaitement juste et justifiée.

Mais que peut-elle signifier pour la couturière à domicile qui n’arrive plus à joindre les deux bouts ? Pour l’ouvrier peintre licencié par un artisan qui employait trois personnes ? Pour le serveur et la serveuse de café ou de restaurant qui se retrouvent sans travail ? Pour le petit paysan qui a vu ses marchés traditionnels se fermer et que l’on asphyxie peu à peu ? Pour l’aide-soignante à domicile dont on réduit les heures de travail ? Pour elles et eux « partager le travail entre tous et toutes  » n’a pas grand sens. Comme pour la plupart des anciens Gilets jaunes d’ailleurs.

[...]

Là je crois que l’idée d’un revenu universel (ou d’un salaire à vie, dans la pratique la différence est minime) financé par un impôt sur les hauts revenus, les profits du capital et les gros patrimoines pourrait être comprise par tout le monde. On pourrait dire « Personne ne doit vivre avec moins que le salaire mensuel médian, c’est à dire 1 800 euros par mois ». Alors bien sûr cela ne pourrait être obtenu que par des mobilisations ouvrières et populaires. Et si ces mobilisations cessaient ce « revenu universel » redeviendrait un simple revenu de solidarité active (RSA) qui est à l’heure actuelle, rappelons-le, d’environ 560 euros mensuels pour une personne seule et 786 euros pour un couple sans enfant.

Mais c’est aussi vrai pour nos autres revendications. En l’absence de mobilisation des travailleurs et des travailleuses le « contrôle ouvrier » se transforme en «  cogestion » à l’allemande [...] ; «  l’échelle mobile des salaires  » peut devenir une discussion sans fin entre « experts » syndicaux, patronaux et gouvernementaux [...]

Quant à dire que ce « revenu universel » pourrait devenir « une assurance anti-émeute  », on peut affirmer la même chose des 10 minima sociaux existants, des allocations familiales et de toutes les prestations sociales. Ce qui ne nous empêche nullement de revendiquer une augmentation de 300 euros pour tous les salaires, pensions et retraites, en ajoutant que la même chose doit s’appliquer aussi aux minima sociaux. »


Tu pointes un problème réel et, en fait, nous sommes d’accord avec l’essentiel de ce que tu écris. Dans le dernier article publié sur notre site, celui de notre camarade Andres Moran, cet aspect est évoqué, mais sans être développé. Il n’est évidemment pas question pour nous de contester le fait que, dans des sociétés capables de prouesses technologiques et aussi riches que sont les nôtres, chacun devrait bénéficier d’un minimum permettant de vivre dans la dignité : « Notons tout de même que le revenu universel envisagé par ces bonnes âmes est surtout universellement... mesquin ! Ils ne vont pas jusqu’à envisager qu’il soit de 2 000 euros par mois, c’est-à-dire de quoi vivre décemment, ou même 3 000, histoire d’introduire un peu de confort ! », relève l’article.

En réalité, notre article portait sur deux aspects.

Le premier est ce qui guide les promoteurs actuels du revenu minimum – ce que nous avons brocardé dans le titre en ramenant leurs intentions à une « assurance-anti-émeute ». Ainsi que les arguments « théoriques » sur lesquels un Benoît Hamon prétend fonder ses propositions – la fin du travail humain et les « revenus » nouveaux qui seraient dégagés par l’emploi généralisé des intelligences artificielles. Comme tu le relèves, il s’agit d’« âneries » !

Le second est le fait que les partisans du « revenu universel », mais aussi, comme Bernard Friot du « salaire à vie » occultent un « détail » : comment cela pourrait-il être possible sans renverser préalablement la bourgeoisie, et cela pas seulement en France, mais partout ?

Cela dit, dans une société de transition, où les travailleurs exerceraient le pouvoir, les conceptions d’un Bernard Friot d’une sorte de sécurité sociale universelle pourraient, en effet, être à la base des modes de calcul de la redistribution des richesses collectivement produites. Car l’économie de la période de transition nécessitera des instruments comptables tant au niveau de la production et des échanges que cette dernière suppose, que de sa redistribution. En réalité, la plupart des instruments permettant de bâtir une tout autre société existent. L’obstacle à leur mise en œuvre est social : c’est la bourgeoisie qui détient les leviers de commande et maintient un système de production et de distribution – le marché – anachronique, inadapté à l’essor des forces productives, à toute nouvelle relation humaine, bref à ce que pourrait être… « un futur proche de l’Humanité ».

Mais nous n’en sommes pas là. Le fait que, aujourd’hui, personne (salariés mais aussi, migrants, chômeurs, précaires, travailleurs à temps partiel, retraités, parents isolés, étudiants pauvres, petits paysans ou artisans, etc.) ne devrait vivre avec moins de 1 800 euros par mois correspond tout à fait à ce que nous pensons. Mais baptiser cela « revenu universel » tendrait à mettre en avant l’aspect purement institutionnel ou administratif de la question plutôt que le fond, c’est-à-dire les luttes qu’il faudrait mener pour satisfaire une telle revendication.

Enfin, tu mets à juste titre le doigt sur le fait que les revendications que nous mettons le plus souvent en avant sont tournées vers les travailleurs des grandes entreprises, pas forcément vers tous ceux qui, de plus en plus, travaillent (parfois pour la grande industrie) en étant isolés dans des conditions d’exploitation qui relèvent davantage du travail «  à domicile  ». Mais l’article avait choisi de mettre le curseur sur d’autres aspects, essentiels quand nous discutons avec des militants de la FI ou du PCF, qui oublient tout simplement… le programme de luttes.

Mais merci à toi pour les précisions que tu as apportées.

Le 4 juin 2020, Convergences révolutionnaires

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