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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 130, janvier-février 2020 > La grève de 2019-2020 > Les grévistes en action

Un conducteur de bus nous écrit

D’une sortie de taupinière

21 janvier 2020 Convergences Politique

« 45 jours de grève,

45 jours de grève, et me voilà à la gare de Lyon, au milieu des manifestants ayant répondu à l’appel national des Gilets jaunes pour leur 62e acte. Nous avons réussi une marche épique de plus de six heures, jalonnée d’embûches, de changements de parcours, et de violence aussi… Encouragé par les camarades manifestants, galvanisé par les chants rythmés par les tambours, réchauffé chaque fois par l’amour fraternel, presque familial, créé si naturellement au fil des manifestations qui ponctuèrent ce sulfureux hiver 2019-2020, jamais ne me vint à l’esprit de fuir les gaz lacrymogènes ou, intimidé par la brutalité de la milice capitaliste, de renoncer à notre destination.

Et pourtant,

Et pourtant le 5 décembre, au début de la grève, rien ne laissait présager un mouvement d’une telle durée, rien n’aurait pu me préparer à toutes les montagnes russes émotionnelles, à toutes les sublimes rencontres, et à toutes les supercheries qui me surprirent alors que je me pensais déjà éprouvé… Comment choisir entre tous les faits qui m’ont marqué depuis le 5 décembre, depuis le début de la grève contre cette immonde réforme des retraites, nouvelle attaque bourgeoise ?

D’ailleurs, la grève a-t-elle réellement commencé le 5 décembre ? Plus d’un an que les plus précaires des travailleurs se révoltent courageusement contre l’inique et l’injuste. Plus d’un an que le pays voyait la colère bien légitime des plus humbles s’amplifier et cristalliser toutes les aigreurs populaires sourdes. Comment ne pas être atteint par les érosions de cette acidité, moi qui suis à la RATP, moi qui suis conducteur de bus, au service du public… un public toujours plus malmené par les puissants, les cyniques ? Moi qui vois mes conditions objectives d’existence se dégrader à grande allure au niveau de celles des plus modestes, moi qui suis réduit à la servitude moderne, aux comédies sociales du respect hiérarchique, aux humiliations de l’obéissance faussement consentie, aux terreurs nocturnes de perdre mon emploi, cauchemar contemporain du prolétariat jetable…

Cette grève, cette convergence des luttes, cette synthèse des colères dévoilèrent enfin toute la mécanique de notre exploitation, la politique prédatrice de nos supérieurs hiérarchiques pleinement complices des escroqueries et maquignonnages réformistes, des abandons et manipulations syndicaux, des mensonges et matraquages médiatiques, et enfin de la réalité de notre force à nous, de la force des grévistes organisés par eux-mêmes, notre efficacité et notre réactivité.

Mes yeux éblouis par la vérité retrouvent déjà leur acuité au sortir de cette sombre et tortueuse taupinière. Bien creusé, vieille taupe ! Bien creusé, écrivit le poète… Ne lâchons rien ! Continuons le combat ! Manu, conducteur de bus. »

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