Des élections municipales en Rhénanie-du-Nord-Westphalie : sans enjeu !
(Un texte de nos camarades du RSO [1] d’Allemagne, du 6 septembre 2020)
Illustration : affiche officielle, accompagnée du slogan « Facile d’aller voter ».
Des élections locales auront lieu ce dimanche 13 septembre pour la désignation des conseillers municipaux, des maires et de conseillers de ce Land le plus peuplé d’Allemagne (plus de 17 millions d’habitants). La consultation électorale, comme elle est la première dans le pays depuis le confinement, est également considérée comme un test national, portant sur la politique fédérale.
Ce qui pourrait réellement changer la vie des classes populaires sous le capitalisme ne se décidera certainement pas à ce niveau local. Ni en matière d’emplois en quantité et qualité, ni en matière de taille des classes dans les écoles… De nombreuses municipalités ne gèrent que la pénurie et se trouvent en redressement judiciaire. Les villes du bassin de la Ruhr en particulier, doivent assumer des coûts élevés d’aide sociale. Hormis l’augmentation d’impôts sur les commerces et la population, elles n’ont aucune possibilité de trouver des fonds propres. Et des villes comme Duisbourg ou Oberhausen, qui ont des taux d’imposition d’activités professionnelles parmi les plus élevés d’Allemagne, sont pourtant en situation de faillite. De nombreuses écoles pourrissent littéralement, des infrastructures publiques ou des parcs sont délabrés. Selon des sondages, les électeurs populaires souhaitent en premier lieu des transports de qualité, en second lieu et juste après, des loyers abordables.
Photo : la droite s’adresse aux automobilistes en
leur promettant des villes où ils pourront circuler : la voiture d’abord !
L‘extrême droite peut-elle profiter des élections ?
Ces élections sont aussi le thermomètre de ce qui se discute en milieu ouvrier. Des gains électoraux pour l’AfD [2] ou d’autres partis d’extrême droite comme les « Proteststimmen » [3] contre « ceux d’en haut », s’opposent frontalement aux intérêts des travailleurs. Dans leur hystérie anti-migrants, anti-réfugiés, anti-parents célibataires, anti-LGTBQ, ces courants divisent et détournent volontairement des problèmes des classes populaires. À Düsseldorf, l’AfD et les REP [4] ne leur proposent rien, ne militent qu’en faveur d’une meilleure place pour « les classes moyennes » – les chefs ! – et veulent couper les vivres aux personnes sans passeport allemand. Ils exigent des « peines sévères » pour les auteurs d’actes de violence, mais présentent au poste de maire un candidat condamné en 2019 (avec grande indulgence) pour avoir détruit à la machette la tente d’un sans-abri et découpé à la hache des fourrés d’un parc – lieu de rencontre d’homosexuels. Quelles seraient les réactions de l’AfD, si des musulmans avaient commis ces violences ? Pour le moment l’AfD est en nette perte dans les sondages, dans les grandes villes du moins, et nulle part elle ne dépasse les 10 %.
Les Verts ou la promesse illusoire d’une protection du climat et de l’antifascisme
Les Verts pourraient être les grands gagnants des élections et peuvent espérer décrocher des postes de maires. Pour bien des gens, ce sont les plus nettement favorables à une société « colorée » et « anti-droite ». Si c’était vrai ! À Düsseldorf, contre des institutions racistes et des agressions policières, les Verts ne proposent pourtant qu’un « bureau anti-discrimination », consultatif. Et les maires verts de Tübingen ou de Stuttgart ne sont pas allés bien loin non plus dans le « coloré » et l’« antifascisme », affichant sans équivoque un désintérêt pour les problèmes des travailleurs. Leur exigence fondamentale de « protection de l’environnement et du climat » est tout entière subordonnée aux intérêts des entreprises, ainsi qu’à leurs propres calculs d’alliance avec la CDU.
Photo : Affiche des Verts. Ainsi les
manifestations en faveur du climat devraient-elles être transformées en
sièges dans les conseils municipaux...
Absence de perspectives à gauche
Le Parti de gauche [5] n’a pas grand-chose à proposer en propre. Bien qu’il insiste dans de nombreuses villes sur l’urgence d’une politique « pour le peuple »… rien de concret n’est avancé. Dans la plupart des villes, rien d’autre qu’un pâle discours social-démocrate teinté de vert, et des banalités sur le réalisme imposé par la situation – qui ne font ni chaud ni froid. L’exception est Cologne, où le Parti de gauche avance quelques revendications plus concrètes – et l’affirmation qu’un changement ne pourrait survenir qu’en cas de lutte d’ensemble de celles et ceux qui « s’opposent à la société capitaliste ».

