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Livre

1000 ans de joies et de peines, d’Ai Weiwei

Buchet-Chastel, 2022, 415 p., 24 €

4 août 2022 Article Culture

Né en 1957 à Pékin, Ai Weiwei est un artiste mondialement reconnu qui a touché un peu à tout : au dessin, à la peinture, à la poésie, à la sculpture, à la photographie, à l’architecture… Il se veut résolument contestataire et se place dans la lignée de mouvements artistiques comme le dadaïsme et le surréalisme.

Poésie, brimades et biographie

À travers cet ouvrage, il nous raconte la vie de sa famille, la sienne et celle de son père, le poète Ai Quing, exilé lors de la « Campagne des 100 fleurs » en 1956 puis en butte tout au long de sa vie aux brimades du pouvoir, bien qu’il se soit rallié à Mao Zedong avant même la proclamation de la République populaire. Ai Weiwei, enfant, partagea d’ailleurs une bonne partie de cette vie d’exilé d’abord en Chine même, dans un endroit appelé « la petite Sibérie », et ensuite à l’étranger.

Il nous décrit par le menu les brimades quasi-quotidiennes que subit son père, les corvées dégradantes, les séances d’autocritique, etc. Et si la Révolution culturelle (1966-1976), au cours de laquelle plusieurs dizaines de milliers d’intellectuels perdirent la vie, fut la période culminante de ces persécutions, elle fut loin d’être la seule.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre de l’ouvrage, l’auteur ne passe pas en revue un millénaire de l’histoire de l’empire du Milieu. Il s’en tient plus modestement au XXe siècle et au début du XXIe racontés à travers la saga familiale. 1000 ans de joies et de peines est un vers tiré d’un poème d’Ai Quing qui se termine ainsi : « Hommes qui vivez, profitez de la vie/N’espérez pas que la terre en gardera le souvenir. » Bref, une version chinoise du fameux « carpe diem » d’Horace : « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain. »

Contestation politique

Cette maxime, Ai Weiwei la met en œuvre au quotidien. Par son art, volontiers provocateur, mais aussi par ses déclarations aux correspondants de la presse étrangère, les messages qu’il poste sur son compte Twitter ou sur les réseaux sociaux. Ce qui lui vaut maints problèmes avec les autorités, allant de l’emprisonnement pur et simple à l’assignation à résidence ou aux procès qu’on lui intente pour fraude fiscale, pornographie, bigamie ou atteinte à la sûreté de l’État, à la confiscation de son passeport, au blocage d’Internet, etc. Il ne renonce jamais et arrive toujours à se faire entendre, même dans les pires conditions.

Ses dénonciations du régime de Pékin sont nombreuses, depuis l’absence de liberté et de droits démocratiques jusqu’à la corruption, le népotisme, le nationalisme exacerbé, la persécution des minorités, etc. Malgré la chape de plomb qu’impose le régime, il est remarquable de constater que les opposants arrivent malgré tout à faire entendre leurs faibles voix, à garder le contact entre eux et à faire sortir des informations du pays.

Finalement Ai Weiwei, accompagné de sa femme et de son fils, a été contraint de choisir l’exil en 2015 pour l’Allemagne, puis la Grande-Bretagne et finalement le Portugal.

Intellectuel engagé et dérangeant, il continue à défendre ses convictions. Mais il le fait en tant qu’artiste qui considère le combat contre le régime comme un enjeu essentiellement personnel, un « mano a mano » qu’à la longue il ne peut pas gagner. Ce qui ne l’empêche pas de se battre avec un courage qu’il faut saluer.

Jean Liévin

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