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Accueil > Les articles du site > Meeting vidéo du 26 avril 2020 : ce virus qui ébranle le monde (...)

Turquie : Des mesures de libération pour les prisonniers de droit commun… mais pas pour les prisonniers politiques

Mis en ligne le 29 avril 2020 Article Monde

(Photo : Des membres du groupe de musique contestataire Yorum, au premier plan Mustafa Koçak et Helin Bölek, décédés ce mois d’avril 2020.)

Les prisons en Turquie sont surpeuplées : 300 000 prisonniers pour 240 000 places

Depuis le coup d’État manqué de 2016, qui lui a servi de prétexte, Erdoğan n’a cessé d’emprisonner tous ses opposants, accusés de terrorisme ; pas seulement les partisans de son ennemi personnel, Fetullah Gülen, ancien membre du même parti islamiste que lui, l’AKP, mais aussi et surtout les militants, avocats, journalistes gênants et les partisans du parti pro-kurde HDP.

Pour vider les prisons, un tiers des prisonniers, soit environ 90 000 personnes ont bénéficié de mesures de libération anticipée. Mais pas les opposants politiques.

Pour donner une idée de la sévérité de la justice, des conditions dans les prisons pour les opposants, on peut évoquer l’exemple d’Helin Bölek et Mustafa Koçak, deux musiciens du groupe Yorum, aux chansons contestataires. Ces musiciens sont morts, Helin le 3 avril et Mustafa vendredi dernier, après 300 jours de grève de la faim. Ils avaient été arrêtés comme tous les musiciens du groupe en 2016, accusés de terrorisme. Leur crime était en fait de faire des chansons contestataires, dans lesquelles ils dénoncent les injustices sociales et les violences contre les minorités. Ils n’ont pas été libérés, un troisième membre du groupe continue une grève de la faim.

À l’inverse, le gouvernement a décidé de libérer des criminels de droit commun comme Alaatin Çakiki, un leader du groupe d’extrême droite nationaliste « les loups gris ». II est tenu responsable de 41 meurtres. Sa libération a entraîné de nombreux témoignages de soutien sur les réseaux sociaux, de loups gris qui postent que « maintenant que le loup est sorti, les traîtres doivent se cacher ».

Erdoğan profite de l’épidémie, qui a fait jusqu’à ce jour 2 240 morts, pour continuer sa guerre contre tous qui critiquent les choix du gouvernement

« Ceux qui critiquent les précautions contre la pandémie mènent une guerre contre leur propre pays. […] Ces organisations terroristes, les médias, les organisations politiques qui tentent de démoraliser notre nation, seront noyés dans la haine de notre nation », dit-il.

Et il intensifie la répression. Il a par exemple ouvert deux enquêtes contre les maires d’Istanbul et d’Ankara, les deux capitales du pays dont le parti d’Erdoğan vient de perdre les mairies. Leur crime : avoir lancé des campagnes de charité dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Ils sont accusés de vouloir « former un État parallèle ».

En même temps, il tente de regagner en popularité en vantant la politique volontariste du gouvernement avec la construction de trois hôpitaux, la distribution gratuite de cinq masques par habitant et par semaine (mieux qu’en France, c’est sûr !).

Mais il est loin d’être évident que ces mesures suffisent à calmer le mécontentement de la population. Mécontentement de plus en plus important à cause de la situation économique. Depuis plusieurs années, la dévaluation de la livre turque a entraîné une flambée des prix et une chute du niveau de vie ; et cette situation risque d’empirer avec la crise du coronavirus.

La répression n’empêche pas la contestation de s’exprimer. Par exemple, dans la ville d’Izmit, une ville industrielle à l’est d’Istanbul, le maire a décidé d’interdire toutes les manifestations et arrêts de travail (débrayages et droit de retrait) pendant la pandémie. Mais il a dû reculer sur ce point face à l’ampleur de la contestation.

Quant au confinement il n’est que partiel pour ne pas pénaliser les grandes entreprises

Depuis le 11 avril, le gouvernement a décrété un confinement total pour les plus de 65 ans, les moins de 20 ans et les malades chroniques ; 33 millions de personnes sont concernées (moins de la population).

Mais pour tous les autres, qui ont l’âge de travailler, le confinement est obligatoire seulement les week-ends. En semaine, les gens sont invités à « se mettre volontairement en quarantaine ».

Cette décision a été prise contre l’avis des scientifiques, pour que l’économie continue de tourner.

À noter d’ailleurs que les membres de l’association des médecins de Turquie qui regroupent 70 % des médecins du pays n’ont pas été admis dans le groupe d’experts scientifiques qui conseillent le gouvernement.

De nombreux travailleurs continuent d’aller bosser, et mettent leur vie en danger. Une association, Occupational Health and Safety Assembly, a déjà recensé, à partir des articles de presse, au moins 52 travailleurs décédés après avoir été infectés par le Covid-19 sur leur lieu de travail. Le nombre est sûrement bien supérieur.

Zoé Liazo

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