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Sur un piquet de Transdev, lundi 11 octobre 2021

12 octobre 2021 Article Entreprises

Semaine 6, J1 : la grève continue !

Au début de sa sixième semaine, la grève est toujours largement majoritaire à Vaux-le-Pénil. Si quelques usagers s’attardent vainement sous les abribus de la gare, d’autres melunais ont adopté le vélo. « En temps normal le tour de France ne passe pas à Melun, mais là c’est tous les jours ! »

Cessent-ils à Cesson ?

L’événement du week-end a bien sûr été la signature d’un protocole de fin de conflit par deux des trois organisations syndicales qui avaient posé un préavis à Lieusaint, Cesson, et Combs-la-Ville. « Moi j’étais en soirée samedi, et on commence à recevoir des notifications comme quoi ça signait à Lieusaint. Le téléphone n’arrêtait pas de vibrer ! J’étais avec un pote qui bosse là-bas, il a voulu y aller directement, je l’ai accompagné. Jusqu’à minuit il y avait du monde sur le dépôt ! » Ce matin à Vaux-le-Pénil, personne ne sait exactement ce qui s’est passé. Quelques grévistes affirment : « Lieusaint a signé », mais d’autres se souviennent de l’assemblée générale de jeudi dernier, qui avait voté la poursuite de la grève. Comment les organisations syndicales ont-elles fait leur choix ? Est-ce que cela implique la fin de la grève à Lieusaint – même s’il reste encore un syndicat qui n’a pas signé ? Quel est l’état d’esprit là-bas ? Il faudra attendre la fin de l’après-midi pour qu’un tract arrive à Vaux-le-Pénil, d’abord par les réseaux puis sous forme papier, et réponde à ces questions.

Tract de grévistes (pour lire le tract, cliquer sur l’image)

« La grève, c’est à nous de la décider »

Dès ce matin à Cesson, un groupe de grévistes s’est réuni pour informer leurs collègues que la grève pouvait continuer. Leur simple présence montrait que la grève continuait ! Beaucoup de conducteurs ont été agréablement surpris, puisque la direction les avait appelés individuellement pour leur annoncer la reprise du travail. Parmi eux, beaucoup avaient l’impression de s’être fait voler leur grève ! Mais les grévistes en ont décidé le départ, c’est aussi à eux d’en dire la fin, et à quelles conditions. Or pour certains, les conditions sont loin d’être remplies. Un préavis court toujours, et chaque gréviste a le droit de décider s’il reste ou non dans la grève. Armés de toutes ces informations, quelques conducteurs remplissent immédiatement une nouvelle feuille d’intention pour se déclarer grévistes de nouveau.

L’équipe de grévistes toujours mobilisés avait aussi affiché le protocole de fin de conflit aux yeux de tous, et se tenait prête à l’expliquer, pour montrer sous les quelques avancées les pièges qui restaient. En premier lieu, le protocole ne s’applique pas pour les nouveaux embauchés. Non seulement c’est dégueulasse du point de vue de la solidarité avec les collègues, mais en plus c’est un moyen que le patron se donne pour créer de la division entre les conducteurs. Et si, à même métier, certains gagnent un peu moins, devinez sur qui le patron va mettre la pression ? C’est ce qui s’est passé à Chelles, où la direction a pratiqué du harcèlement moral pour faire partir les anciens et alléger la masse salariale.

Enfin, et ce n’est pas le moins important, les grévistes de Lieusaint ont décidé de s’organiser démocratiquement. Une assemblée générale fait le point des problèmes et permet à tous les grévistes de s’exprimer. Elle élit un comité de grève qui se charge d’organiser la vie de la grève, en commençant par écrire ce tract, dont il fait une lecture dans la salle de pause et qu’il diffuse sur les réseaux avant de le tirer. Et surtout, l’AG vote la reconduction au lendemain de la grève, en appelant à une nouvelle AG, 10 heures à Cesson.

Le mouvement de grève, que les conducteurs de Lieusaint ont été les premiers à rejoindre, est toujours fort et en extension. Des grévistes de Lieusaint le sentent bien, et c’est pourquoi ils ont décidé de s’organiser collectivement, sous la forme d’assemblées générales et d’un comité de grève pour pouvoir poursuivre la grande bataille contre Transdev et les patrons des transports.

« On se fait plaisir quand on est grévistes : on se fait des restaus, on visite des dépôts… »

Alors qu’à Vaux-le-Pénil on s’interroge encore, une cinquantaine de grévistes se dirige vers le kebab juste à côté du dépôt : c’est le CE qui régale. « On se fait plaisir quand on est grévistes : on se fait des restaus, on visite des dépôts… » Ce matin, une équipe est allée voir celui de Vulaines-sur-Seine. Depuis trois semaines, les grévistes de là-bas, qui ne sont pas encore touchés par les appels d’offres, contribuent au mouvement pour arracher à leur direction la promesse écrite du maintien de leurs acquis. L’accueil est chaleureux, les grévistes du piquet semblent déterminés à ne rien lâcher. La visite donne de la force, des deux côtés.

Les grévistes pourraient même faire du tourisme plus exotique, puisqu’une autre entreprise, Bergams, est en grève longue durée comme eux. Ces salariés qui fabriquent des sandwichs et plats préparés, entre autres pour Air France, ont répondu jusqu’ici par cinq semaines de grève à un « accord de performance collective » (APC). « Ils disent performance collective, mais je suppose que c’est un collectif limité à ceux d’en haut », devine un gréviste. De fait, il n’y a pas d’intérêt commun entre les patrons et les salariés. Ces APC offerts par l’équipe de Macron permettent aux patrons de littéralement faire la loi dans leur entreprise. Des cadences augmentées, 200 à 300 euros par mois en moins, des heures supplémentaires annualisables… c’est la même logique qu’à Transdev. « C’est la reprise après le Covid ça ! – Tu parles, le Covid a bon dos ! En fait les patrons accélèrent les cadences. Mais ils auraient dû laisser les choses comme avant ! – Mais si c’était resté comme avant, on n’aurait pas pu manger ce grec ! » Blague à part, un gréviste ajoute : « Si tous les travailleurs s’unissaient quels que soient les corps de métier, ça arrangerait les choses. » Grigny et Melun ne sont pas si loin, pourquoi ne pas commencer par là ?

« Je te le dis on n’est pas près de signer. On n’est pas pressés ! »

Presque quatre-vingts grévistes se retrouvent dans l’enceinte du dépôt pour attendre les résultats de la session de négociation, qui doit porter sur le TI. Tout le monde espère des avancées. « Mais ça ferait bizarre de reprendre. – Il faudrait refaire une formation, après tout ce temps on a oublié les lignes ! » « Moi je n’arrêterai pas tant qu’ils ne paient pas les jours de grève. C’est à cause de leurs conneries qu’on a dû se mettre en grève, c’est de leur faute ! Il faut qu’ils paient. »

Après deux heures, un délégué descend et prend la parole. « Ils nous ont présenté une nouvelle production. Comme ils nous payent le TI à 100 %, ils ont cru qu’ils pouvaient l’augmenter. On est passés à 104 services avec 1 heure 12 de TI par jour ! On n’est pas d’accord ! Il n’y a pas d’offre intéressante, c’est même pire qu’avant. – Ils nous prennent pour des teubés ou quoi ? – En plus ils n’ont pas sorti de roulements. Donc on ne sait même pas comment on va travailler. Pour l’instant il n’y a rien. » « Je te le dis on n’est pas près de signer. On n’est pas pressés ! »

Le délégué reprend la parole : « On est bien d’accord : tant qu’ils ne nous mettent pas 7 heures de TTE par jour, pour éviter les insuffisances horaires, on continue la grève ? Est-ce que vous êtes prêts à vous battre pour ça ? » L’assemblée vote par un grand cri d’acclamation. Un gréviste prend un plot de chantier et l’utilise comme mégaphone, en direction des fenêtres de la direction : « On ne lâche rien ! » Un autre ajoute : « On va gréver jusqu’à la fin de l’année ! » Tout le monde rigole, parce que tout le monde est gonflé à bloc par la détermination qui est ressortie de cette assemblée. « Six heures demain les gars ! » Le rendez-vous est pris pour le lendemain.

L’union fait la force

Comme pour ponctuer cette décision, le tract écrit par le comité de grève de Lieusaint arrive. Des grévistes le lisent attentivement, et le commentent. « T’as vu ! Ils continuent à faire grève ! – Ça ne m’étonne pas que certains continuent. En plus leur accord prévoit qu’ils reprennent jusqu’en janvier la production qui les a mis en grève. Tu crois qu’ils vont tenir comme ça ? » Peut-être qu’ils vont plutôt revenir dans la grève ! Pour les motiver, des grévistes de Vaux-le-Pénil décident de se rendre ensemble à l’assemblée générale qui est appelée pour le lendemain. L’union fait la force !

Simon Vries

Dépôts Transdev engagés dans le mouvement de grève

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