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Sur un piquet de Transdev, le 21 octobre 2021

23 octobre 2021 Article Entreprises

Semaine 7, J4

Mercredi soir, les énièmes négociations pour le dépôt de Vaux-le-Pénil ont encore été infructueuses (pour être poli). À Vulaines non plus, aucun accord n’a été trouvé. Saint-Gratien est toujours en grève, et la STBC à Chelles s’y remet vendredi. Dans tous ces cas, le face-à-face avec la direction revient à parler à un mur.

Mais les grévistes aussi ont un moral de béton. Pourtant, si au lieu de s’organiser séparément, les dépôts en grève marchaient ensemble, aucun mur ne leur résisterait !

Moubarak, faux costaud

À Vulaines, mardi, c’était Moubarak [1]-show. Alors qu’il était attendu pour des négociations, et qu’il avait promis d’apporter du concret, il est arrivé les mains dans les poches en demandant aux grévistes s’ils avaient changé d’avis, et en précisant que lui ne proposerait rien de neuf. Devant cette provocation, les délégués ont préféré quitter la salle, pour aller informer leurs collègues que ce n’était plus possible de discuter avec de tels individus.

Mais la provocation ne s’est pas arrêtée là. Comme à son habitude, Moubarak est allé se mêler aux grévistes, qu’il savait particulièrement remontés. Il s’est bien sûr fait enguirlander par les conducteurs. Mais pourquoi s’exposer ainsi au feu ? En fait, les grévistes ont rapidement remarqué qu’un huissier s’était positionné pour filmer toute la scène. Moubarak a joué la surenchère, en commençant même à pousser certains salariés. Il cherchait l’incident, pour pouvoir mettre à nouveau les grévistes en procès et casser la grève ! Mais le piège a été déjoué, et Moubarak s’est fait reconduire à travers une haie de déshonneur jusqu’à sa voiture.

Les grévistes n’ont rien à attendre de ces larbins des grands groupes, qui sont payés pour encaisser la pression de la grève. « Ils sont nés dans la grève », résumait l’un d’entre eux, ce sont des experts de la carotte et du bâton. Mais les grévistes ne sont pas des ânes. C’est plutôt en direction de leurs autres collègues en grève qu’ils devraient se tourner.

Des oreilles, mais seulement pour l’oseille

Un gréviste qui a participé aux réunions de négociation analyse. « Moi je vais te dire ce que j’ai compris : la direction, ils comprennent nos problèmes quand on les expose, et ils sont mêmes d’accord. Normal, ça va dans le sens d’une meilleure qualité de service et de meilleures conditions de travail. Pourtant, ils disent non. Tu sais pourquoi  ? C’est pour l’oseille. Il n’y a vraiment que ça qui les motive. J’ai compris ça hier, c’est fou. – Mais c’est exactement ça. Tu fais du ton travail correctement, ils s’en foutent de toi, ils peuvent te virer. – Si on ajoutait des services, ça allègerait tout. Mais ils ne voudront jamais à cause de l’oseille. »

« Hier les négociations ont fini à 19 heures 30, mais ils les ont bâclées. Ils ont passé les points en disant ‘‘on ne sait pas faire’’ ou ‘‘on ne peut pas’’. – Mais c’est à eux d’organiser en fonction de l’enveloppe qu’ils ont reçue. Ils auraient dû anticiper avant de proposer une somme pour avoir le marché. Ce n’est pas à nous d’être la variable ! »

La grève pas qu’à Transdev ?

« Ce matin j’écoutais BFM. Le débat c’était : ‘‘Puisque l’essence augmente, et le gaz, etc., faut-il aussi augmenter les salaires ?’’ Il y en a un qui a répondu, je ne sais pas qui c’était mais il n’était pas de notre côté. Il a dit : ‘‘si vous augmentez les salaires, vous augmentez le coût du travail, donc le chômage’’. Mais c’est n’importe quoi. Ne pas augmenter les salaires, c’est surtout pour que les profits des entreprises continuent d’augmenter. Mais c’est les salaires qu’il faut augmenter, là c’est plus possible ! Les salariés doivent aller dans la rue le demander. On a le pouvoir de le faire. »

« En fait cette grève, on ne la fait pas pour rien. Au début, on l’a fait en étant poussés par l’appel d’offres, sans voir ce qu’il y avait derrière. Mais il y a tout ça, tout qui augmente, mais pas les salaires. En fait, cette grève est doublement légitime : t’as tout qui augmente, donc on pourrait faire grève là-dessus, mais en plus ils veulent nous descendre ! – Et t’as vu ? Les intérimaires ne savaient pas qu’ils auraient du TI. Mais ils ont vu sur la paie, de 2 400 € à 1 800 € ! »

La discussion continue. « Il y a ces débats dans les médias, mais la plupart du temps ils ne parlent que de Zemmour. Transdev ils n’en ont parlé que quand ils ont gagné la ligne de train vers Marseille. Mais notre grève non ? Alors que c’est sur la question des salaires aussi. – Il faudrait qu’on organise une manifestation en bas de la tour de TF1. – Ah ouais : ‘‘TF1, on a faim ! TF1, c’est la fin !’’ » L’idée d’une manifestation, déjà souvent évoquée, refait son chemin parmi les grévistes. L’un d’entre eux se saisit d’une feuille et d’un stylo, et fait signer tout ceux qui sont pour l’idée. Il obtient une bonne trentaine d’autographes.

Une AG, ça doit organiser

Depuis le matin, une AG est prévue, pour débriefer les négociations de la veille. Un délégué commence par rappeler les acquis de la grève. « Au 6 septembre, on avait sept minutes de TTE sur les battements, le TI à 50 %, beaucoup de doubles vacations des de services à 38 ou 39 heures. Aujourd’hui on a quinze minutes pour le TTE, et le TI à 100 %. Le problème, c’est que si on dépasse les quinze minutes, tout redevient du TI. Donc on a demandé à verrouiller ces quinze minutes, et ils refusent. Mais on ne lèvera pas le piquet sans ça, ou sans qu’ils nous donnent à la place 20 minutes de TTE pour les battements. » Il continue à parler une bonne dizaine de minutes, puis demande si un salarié veut prendre la parole. Un gréviste s’avance : « Les gars, ça fait notre septième semaine. Il faut élever notre stratégie. Il faut se réunir avec les autres dépôts, et faire une action commune, sur Melun ou ailleurs. Voilà ce que j’avais à dire. – On organisera une action la semaine prochaine. L’important c’est de tenir. Tous les autres dépôts ont repris. Mais nous à Vaux-le-Pénil on a lancé le message que c’est un dépôt compliqué. Enfin il y a Vulaines aussi. » On pourrait quand même ajouter Saint-Gratien qui est toujours en grève, et Cesson, Combs-la-Ville et Lieusaint qui ont fait six semaines de grève. Là-bas, ceux qui ont repris le travail, loin d’être satisfaits de leurs conditions, réfléchissent fortement à des perspectives. Et Chelles demain ? Et il faudrait savoir l’ambiance à Lagny et Bailly : une grève n’est jamais vraiment finie quand elle s’arrête.

L’AG se poursuit encore, puis se conclut. « Là il va y avoir les vacances scolaires, donc on peut imaginer que la direction va laisser pourrir pendant deux semaines.Bon, bah on tiendra encore deux semaines alors ! » L’assemblée se disperse, mais quelques grévistes restent concentrés. Un nouveau groupe WhatsApp est lancé, d’abord appelé « Pas contents ! », puis plus explicitement « Manif 22/10 13h G. de Melun ». Dessus et jusqu’à tard dans la nuit, les participants discutent de la meilleure manière d’organiser l’événement qui a été lancé pour le lendemain. Certains appellent les médias, d’autres leurs collègues pour les motiver, et d’autres encore les collègues d’autres dépôts. Après sept semaines de grève, il faut se montrer. Le pari est lancé d’une manifestation sauvage, de la veille pour le lendemain.

C’est un peu de la triche, car on est déjà le lendemain, mais on peut le dire : pari réussi.

Simon Vries


[1C’est un DRH Île-de-France de Transdev qui se déplace de dépôt en dépôt pour négocier avec les grévistes depuis le début de la grève.

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