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Accueil > Les articles du site > L’émancipation des femmes, un combat révolutionnaire…

Sociétés déstabilisées et femmes à l’offensive dans le monde entier

Mis en ligne le 11 mars 2021 Article Monde

Les luttes féministes ont une histoire liée à celle des luttes d’autres couches opprimées de la société. Depuis les crises de 2008-2009 et l’explosion de la misère et des inégalités qui s’en est suivie, certaines ont pris un caractère de masse, proches de mouvements de révolte et de contestations politiques et sociales. Dans le même temps, le renforcement des droites dures a radicalisé la contestation féminine (et féministe).

Les femmes dans les révoltes

Au cours de la vague de confrontations sociales et politiques, les femmes ont pu être à l’avant-garde, dans des émeutes de la faim ou dans d’autres formes de révoltes auxquelles elles participent parfois en tant que telles. Les femmes sont à la pointe des mobilisations paysannes qui durent depuis plusieurs années en Inde, à tel point que le 11 janvier dernier, un arrêt de la Cour suprême indienne tentait d’interdire aux femmes de participer aux manifestations dans la capitale du pays. Elles sont aussi en pointe dans de nombreux pays, comme en Biélorussie, où, depuis le mois d’août dernier, les manifestations ne s’arrêtent pas quoiqu’elles aient diminué en taille, notamment en raison de la répression.

Les travailleuses ont particulièrement marqué les contestations en tant qu’ouvrières surexploitées. Il semblerait que cela soit le cas aujourd’hui en Birmanie où, depuis quelques semaines, le nouvel eldorado de l’industrie textile est devenu un lieu de grèves massives, relayant les manifestations de rue qui s’opposent au pouvoir militaire. Une femme de dix-neuf ans, tuée d’une balle dans la tête par les militaires en ce tout début mars, incarne la révolte. Déjà, durant les révolutions russes d’il y a plus d’un siècle, les grèves d’ouvrières donnent le signal des soulèvements politiques. Toutefois la gigantesque industrialisation du monde de ces dernières décennies a multiplié le nombre des ouvrières et leur impact. Tout particulièrement dans les pays d’Asie : Vietnam, Indonésie, Thaïlande ou Bengladesh.

En Égypte, les grèves dans le textile (secteur majoritairement féminin) ont précédé de quelques années le renversement d’Hosni Mubarak en 2011 – en particulier de grandes grèves en 2006, 2007, 2008 à Mahalla, ville symbole de la classe ouvrière du pays. Les ouvrières égyptiennes étaient parmi les plus mal payées du monde, gagnant l’équivalent de 60 % du salaire des ouvrières indiennes. Depuis 2011, des grèves éclatent à intervalles réguliers. Cependant, le 8 mars 2011, moins d’un mois après que Mubarak a été « dégagé » et alors que les manifestations de tous ordres marquent le pays, des violences contre des femmes occupant la place Tahrir faisaient l’actualité. Leur présence sur la scène politique était contestée, elles étaient traitées d’agents de l’étranger et invitées à retourner dans leur cuisine par d’autres occupants de la place Tahrir et des Frères musulmans.

De même, après la révolution tunisienne, dans laquelle des femmes s’étaient engagées et engouffrées pour revendiquer l’abolition ou la réforme du code personnel de la famille (stipulant, entre autres, leur « complémentarité » avec les hommes et non leur « égalité » et les désavantageant sur des questions d’héritage), la situation des femmes s’est dégradée dans le pays en raison de pressions et politiques islamistes.

Les femmes face aux réactionnaires

De fait la période est marquée par une très forte réaction, il y a eu une orgie contre-révolutionnaire dans tout le Moyen-Orient. Des courants et leaders nationalistes et réactionnaires triomphent entre autres en Turquie, en Inde, au Brésil ou aux États-Unis. Cette montée en puissance de l’extrême droite est confrontée à des révoltes populaires jamais éteintes, dont les femmes sont à l’avant-garde en menant des luttes de différents ordres.

Des confrontations directes avec le pouvoir, notamment au Brésil, où l’arrivée à la présidence de Bolsonaro, militaire d’extrême droite particulièrement misogyne, a rencontré immédiatement des oppositions de masse de femmes dans les rues. Depuis, il est directement et systématiquement ciblé dans les manifestations. Autre misogyne fait homme :Trump. Son arrivée au pouvoir en 2017 a été accueillie aux États-Unis par plus de 150 manifestations, marches géantes de femmes : 250 000 personnes à Chicago, plusieurs centaines de milliers à Washington, et des manifestations dans tous les pays du monde ou presque, avec notamment une manifestation d’au moins 5 000 personnes à Paris.

Quelques mois plus tard, en octobre 2017, c’est le #metoo. Derrière la dénonciation des viols, le procès d’une société sexiste se cristallise, car dans bien des pays du monde, des codes de la famille ou équivalents continuent d’assigner aux femmes des statuts inférieurs. Quand des législations plutôt libérales existent, des difficultés et obstacles persistent à leur application. En Irak, un coup d’État par des militaires se voulant progressistes en 1958 avait abouti à interdire le mariage des filles de moins de 18 ans. Aujourd’hui, 20 ans après le début de l’invasion américaine et la quasi-destruction du pays, la condition des femmes s’est largement dégradée : 25 % des Irakiennes sont mariées avant 18 ans et des islamistes veulent à intervalle régulier amender la loi pour que les fillettes puissent être mariées dès neuf ans.

Dans un registre différent, des luttes d’envergure sont actuellement menées pour l’accès à la contraception et à l’avortement. L’Argentine et la Pologne ont récemment fait l’actualité. En Pologne, pays d’Europe sous l’emprise de l’Église catholique et où une droite dure est au pouvoir, une réforme visant à restreindre au maximum l’accès à l’avortement a été votée à l’automne ; en pleine épidémie, des manifestations massives et nombreuses se sont déroulées contre cette réforme et contre le pouvoir. Les femmes de Pologne ne l’ont pas emporté, ou pas encore, mais la mobilisation – même si elle a diminué d’ampleur –, ne renonce pas. En Argentine, après plusieurs décennies de lutte pour le droit à l’avortement, les mobilisations se sont massifiées ces dernières années et le droit à l’IVG a été arraché il y a deux mois. Là encore les femmes se sont confrontées aux institutions religieuses et aux régimes politiques en place.

Sur ces questions, le front a été extrêmement mouvant. Il y a toujours de gros points de fixation : Amérique du Sud, Afrique, Asie du Sud, régions les plus pauvres de la planète. Mais depuis 2018, l’avortement est légal en Irlande. En Nouvelle-Zélande, l’avortement a été dépénalisé en mars 2020. En Australie, certains États fédérés viennent juste de dépénaliser. En Corée du Sud, l’interdiction de l’avortement a été levée en 2019 et il y a depuis des bagarres autour de la légalisation de l’avortement, qui n’est pour le moment ni illégal ni autorisé. En Thaïlande, dans le cadre de mouvements de jeunesse contestant la monarchie, on note une participation des femmes, et l’avortement a été légalisé dans le pays depuis quelques semaines…

Pour des millions de femmes, il s’agit de questions vitales, de décider de leur propre vie, de choisir elles-mêmes si elles veulent des enfants ou pas, et quand. En Inde, 80 % des avortements se font en dehors de tout cadre médical conséquent. En Indonésie, la loi religieuse condamne l’avortement, mais dans les immenses zones industrielles du pays, les patrons tentent d’abreuver les jeunes ouvrières de contraceptifs et de les forcer à avorter pour les exploiter plus efficacement.

Il y a évidemment des questions sociales et économiques derrière ces différents problèmes. Entre autres les inégalités d’accès aux revenus et particulièrement les luttes pour l’égalité salariale, qui s’accompagnent souvent aussi d’une remise en cause de la répartition des tâches domestiques au sein des foyers. Il y a notamment eu une grève nationale et massive en Suisse en juin 2019. C’était une grève contre une législation dépénalisant les discriminations salariales entre femmes et hommes. Trente ans plus tôt, en juin 1991, la Suisse avait connu un mouvement de masse de femmes pour l’égalité salariale. 1991 ou 2019, plus exactement la même ambiance mais le même problème de discrimination au travail dans ce pays où l’avortement est légal depuis 2002 seulement, et où, dans un canton, les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1990.

Plus généralement, autour des questions de l’égalité salariale, le 8 mars pourrait redevenir ce qu’il était à l’origine, une journée de grève. C’est ce que souhaitent nombre de militantes qui s’appuient sur l’exemple des arrêts de travail en Espagne le 8 mars 2019. Dans ce pays, plus de six millions de travailleurs et travailleuses avaient fait grève durant au moins deux heures le 8 mars 2019, selon l’UGT (le syndicat lié au Parti socialiste espagnol au pouvoir). Des grèves qui se sont prolongées en 2020, même si le 8 mars tombait un dimanche, et en 2021… En France elles sont aujourd’hui limitées, notamment du fait des faibles moyens que se donnent les directions syndicales pour mobiliser autrement que par des communiqués.

(Crédit photo : Myanmar Labour News)

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