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Royaume-Uni : calamité sanitaire et attaques patronales à venir

6 mai 2020 Article Monde

Avec plus de 30 000 décès à ce jour, le Royaume-Uni vient de dépasser le triste bilan de l’Italie en terme de morts du covid-19. Comme ailleurs, ce sont les choix politiques qui sont les principaux responsables de ce bilan macabre. Le service public de santé d’outre-Manche, le NHS, qui offre une couverture médicale gratuite pour tous, fait l’objet depuis des années de politiques d’austérité brutales visant à pousser les patients vers les cliniques privées. Politiques encore renforcées depuis la crise de 2008. Tous les partis ont beau promettre de sauver le NHS à chaque campagne électorale (la réorientation du budget européen vers le NHS était d’ailleurs la principale promesse du parti d’extrême droite UKIP pour faire voter pour le Brexit… reniée dès le lendemain du vote), les budgets restent largement insuffisants. Les services sont saturés en permanence, faute de personnel suffisant. Le parti conservateur au pouvoir reconnaissait lui-même en décembre dernier qu’il manquait 50 000 infirmiers. Le Royaume-Uni est l’un des pays dits avancés qui comptent le moins de lits de soins aigus, un tiers de moins que la France, qui est déjà en dessous de la moyenne. Pas de quoi affronter la crise sanitaire.

Les applaudissements aux soignants, ça ne mange pas de pain ! En prenant le pari de l’immunité dite « de groupe » au début de la pandémie, le gouvernement de Boris Johnson n’a en rien arrangé les choses. Cette politique devait permettre d’éviter un confinement pour continuer à faire tourner l’économie et surtout les profits, sans égard pour le nombre de morts. C’est devant une situation devenue ingérable avec les premières centaines de décès et face à une opinion publique de plus en plus inquiète que le gouvernement est revenu en arrière et s’est résolu au confinement le 23 mars. Beaucoup de Britanniques avaient d’ailleurs anticipé et commençaient déjà à rester chez eux avant cette annonce. Ironie du sort et de cette politique criminelle, Boris Johnson lui-même en a fait les frais, lui qui s’était tapageusement signalé en prétendant qu’on pouvait continuer à serrer les mains tendues : il s’est fait contaminer et s’est retrouvé en soins intensifs. Il s’en est remis et, de retour aux affaires, n’a pas manqué – des larmes aux yeux – de remercier le personnel soignant : « Je leur dois la vie » ! Un épisode tragi-comique qui a fait le tour de la planète.

Mais les belles paroles et appels à applaudissements, ça ne mange pas de pain et ça ne remplace pas les moyens nécessaires. Les premiers exposés face à l’épidémie, dans le milieu des soignants, n’étaient même pas fournis en équipements de protection : près de la moitié des médecins devaient amener leurs propres protections à cause du manque criant de moyens. Et les cadeaux du gouvernement n’ont pas été pour l’hôpital, uniquement pour les capitalistes, pour ne pas changer.

Pour le patronat, de l’oseille !

Le pouvoir s’est porté garant de prêts pour les entreprises pour un total de 330 milliards de livres (362 milliards d’euros). Du coup, des capitalistes ont sauté sur l’occasion, aux premiers rangs desquels le groupe hôtelier Intercontinental ou la compagnie aérienne EasyJet, qui ont obtenu des prêts de 600 millions chacun. EasyJet a d’ailleurs permis à ses actionnaires de fêter ça en leur versant 171 millions de livres de dividendes.

En plus des allègements fiscaux, le gouvernement a instauré, comme un peu partout en Europe, un système de chômage partiel : les salariés peuvent être mis en « congé » d’office, pour une durée minimum de trois semaines, avec 80 % du salaire (et un maximum de 2 500 livres) pris en charge par l’État. Mais alors que 6,3 millions de travailleurs ont ainsi été mis au chômage partiel, le gouvernement estime que le dispositif, prévu jusqu’au 30 juin, coûte trop cher. Il réfléchit à réduire sa contribution à 60 % du salaire, aux employeurs de compléter selon leur bon vouloir. En revanche, il n’a pas hésité à doubler le montant des « aides à l’économie », comprendre aides aux patrons, la semaine dernière. Elles sont passées à 60 milliards de livres, tandis que le NHS doit se contenter de 4 milliards.

Le gouvernement a également volé au secours des compagnies agricoles en organisant la venue de centaines de saisonniers, majoritairement d’Europe de l’Est. Ceux-là même que Boris Johnson promettait de renvoyer chez eux lors de sa campagne à forts relents xénophobes pour le Brexit et qui se montrent finalement bien indispensables pour sauver les profits.

Ces bouées de sauvetage lancées aux patrons sont autant de feux verts qui leur sont donnés pour pousser au maximum l’exploitation de la classe ouvrière. On peut imaginer les scénarios selon lesquels gouvernement et patronat peuvent chercher à faire payer aux travailleurs l’explosion du déficit public – pressions sur les salaires et dégradation plus poussée encore des services publics, pression sur les impôts, inflation… Économies sur l’emploi aussi : les patrons n’attendent même pas la fin du confinement pour annoncer la couleur : Rolls-Royce prévoit déjà la suppression de 8 000 emplois et British Airways, de 12 000.

God save the nation ? Ou aux travailleurs de se sauver eux-mêmes ?

« L’union nationale » est également ressortie outre-Manche, derrière la Reine et le gouvernement, pour vaincre le virus ! Le parti travailliste garde une posture de parti « d’opposition très fidèle de sa majesté » (selon la formule consacrée) tout en prenant garde à ne pas effriter « l’union nationale ». Keir Starmer, le nouveau leader du parti travailliste depuis début avril, propose ainsi de travailler de manière « constructive » avec le gouvernement, avançant son propre plan de déconfinement censé garantir la bonne santé des salariés… et des entreprises. Il s’agit surtout d’une « stratégie de sortie », telle qu’il en réclame au gouvernement depuis des semaines, à l’unisson avec le patronat, consistant à annoncer quelques mesures de protection pour calmer les inquiétudes des salariés et les renvoyer au travail. « Le parti travailliste ne doit pas se cacher d’être patriote » après tout.

Les syndicats sont sur cette même ligne. Les directions demandent des protections pour les travailleurs. Les plus à gauche, comme le syndicat des transports RMT, vont jusqu’à s’opposer à un déconfinement trop tôt. Mais il ne faut pas y voir une ombre au tableau de l’unité nationale. Pour citer la secrétaire du Trade Union Congress, principale centrale syndicale du royaume, Frances O’Grady : « Protéger la sécurité des travailleurs et relancer l’économie doivent aller main dans la main. » L’enjeu, c’est la reprise de l’activité et les directions syndicales y réfléchissent avec le gouvernement. Aux travailleurs, ils ne proposent que des minutes de silence pour commémorer les morts dues au Covid. Respect pour les 120 soignants du NHS morts à ce jour lors de la crise !

Tandis qu’apparemment, comme partout en Europe et malgré les conditions de confinement, de nombreuses discussions traversent les classes populaires, des remises en cause et contestation d’un système capitaliste qui malmène les vies au bénéfice des profits, les bureaucraties syndicales traditionnelles sont dans leur bonne vieille léthargie… collaborationniste. Fort heureusement, bien des syndicalistes combatifs et des travailleurs en colère, notamment dans les hôpitaux mais aussi dans les transports face à un déconfinement trop rapide et imprudent, ne sont pas tombés dans le panneau de la commémoration de « l’union nationale » et ont pointé du doigt la responsabilité du gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire.

La semaine dernière, une grève des postiers du Royal Mail contre une restructuration et la suppression de 20 000 emplois a fait l’actualité. Sa victoire pourrait inspirer d’autres travailleurs, des combats pourraient éclater en résistance aux attaques patronales renforcées ou pour exiger des mesures de protection.

Comme partout, le terrain permet aux révolutionnaires de discuter et de proposer leur programme de revendications d’urgence pour les travailleurs, et leurs perspectives révolutionnaires.

Étienne Gosselin

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