Rendre aux patrons la monnaie de leur pièce
7 janvier 2002 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Des pièces neuves, des billets pastel, ça devrait, disent nos gouvernants, nous rendre Eu…ros !
Satisfaits, les Chirac, Jospin, Fabius ou leurs homologues espagnols, italiens ou allemands le sont, qui se flattent que le changement de monnaie se soit « bien passé ». Mais c’est pour nous les queues aux bureaux de poste ou aux banques, parce qu’ils n’ont pas embauché le personnel nécessaire.
Une même monnaie dans plusieurs pays, une frontière de moins, ce n’est évidemment pas plus mal.
Mais ce n’est pas pour notre commodité que les gouvernants ont fini par se mettre d’accord sur une monnaie unique, après des années de marchandage et seulement dans une partie des pays européens. C’est parce qu’ils escomptent que cela facilitera pour les patrons le commerce et aidera les trusts européens à étendre leurs activités et à se concentrer un peu plus, pour le plus grand profit des actionnaires, pas des emplois.
Ce n’est pas tellement notre affaire : les trusts européens vont déjà bien, Renault termine l’année 2001 en annonçant une augmentation de ses ventes de 2,2 % par rapport à l’année précédente, et Peugeot de 11,3 %. Le chômage n’a pas diminué pour autant. Au contraire il a recommencé à grimper : 27 000 chômeurs de plus en octobre, 33 000 en novembre. Plus de 1 000 chômeurs supplémentaires par jour. Les vagues de licenciements se succèdent depuis des mois, dans des entreprises souvent largement bénéficiaires et qui licencient simultanément dans plusieurs usines en Europe ou dans le monde.
Pour nous, les travailleurs, l’euro ne change pas grand chose. Si ce n’est quelques hausses de prix, les arrondis se faisant souvent plus vers le haut que vers le bas. Sans parler des prix qui, pour ne pas être augmentés au premier janvier l’ont été à l’avance : l’Etat lui-même a donné l’exemple, l’été dernier, avec les transports en commun.
Par contre, lorsqu’il s’est agi d’accorder une prime de Noël aux chômeurs, Jospin l’a fixée à 152,45 euros. Pas un cent de plus, alors que les associations de chômeurs demandaient au moins 500 euros. Pour les patrons des cliniques privées le gouvernement avait lâché récemment près de 500 millions d’euros !
Quant à nos salaires, en francs ou en euros, ils sont pratiquement bloqués depuis des années, et les patrons s’attaquent aux garanties sociales et aux retraites, ici comme dans les pays voisins d’Europe. Lutter ensemble pour arracher l’interdiction des licenciements et 300 euros d’augmentation pour tous, ce serait rendre aux patrons européens la monnaie de leur pièce.

